‹ Contribution à l'Étude du Sarcome MélaniqueChapitre 35 sur 41 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

‘(Observation résumée. /n thèse Peulevée, Paris, 1866.) Sarcome mélanique genéralisé

La nommée B..., âgée de trente-six ans, femme de ménage, entre à l'hôpital Lariboisière dans le service de M. Cusco le 14 novembre 1864. La santé habituelle de cette femme est bonne ; réglée à dix-huit ans, mariée depuis dix ans, elle n'accuse comme antécédents aucune maladie grave, sinon la syphilis qu'elle aurait contractée il y a douze ans (chancre, adénites, alopécie) et pour laquelle elle a suivi un traitement mercuriel. Elle paraît avoir eu il y a cinq ans une angine ulcéreuse ayant amené la chute de ia luette dont on ne retrouve plus de traces aujourd'hui.

Il y a trois ans, elle observa sur la plante du pied droit une petite tumeur d'aspect noirâtre occupant le côté externe de la région. A peine de la dimension, d’un petit pois d'abord, cette tumeur augmenta lentement en devenant de plus en plus noire et finit par s’ulcérer. Il ÿ a quinze mois elle avait la largeur d’une pièce de 5 francs ; c'est alors qu'un médecin en fit l’ablation et cautérisa la plaie au fer rouge. La cicatrisation se fit.

Il y a six mois, apparition à la partie interne de la plante du même pied d’une autre tumeur qui s’accroît rapidement et s’est ulcérée il y a un mois. Depuis trois semaines une autre

tumeur noire s’est montrée au bord interne du pied, deux

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autres à la face interne de la cuisse. La tumeur ulcérée est recouverte d’une lamelle cornée qui, soulevée, laisse voir une surface granuleuse noirâtre, à reflets brillants, à suintement minime. Les auires tumeurs font une saillie légère, acuminée à la surface de la peau et ont le volume d’un pois Leur couleur est ardoisée, noirâtre au sommet : elles ont la consistance dure et élastique du fibro-cartilage.

Elles sont mobiles avec la peau, douloureuses seulement à la pression. 1l existe dans le triangle de Scarpa une volumineuse adénopathie, bosselée de consistance ligneuse, adhérente aux plans profonds et laissant libre la peau. La santé générale est bonne sauf un peu d'amaigrissement, Les divers appareils semblent sains et fonctionnent bien. Une biopsie pratiquée le 29 novembre occasionne un érysipèle limité ou membre inférieur droit, semblant arrêté par les ganglions inguinaux engorgés. Vers la fin de février, le nombre des dépôts noirs a considérablement augmenté, surtout à la jambe gauche et à la cuisse. |

Il existe des douleurs lancinantes dans la colonne vertébrale. La santé générale s'altère rapidement. Une tumeur intra-abdominale est apparue et la malade rend dans ses crachats des dépôts noirs. Elle meurt dans le marasme le 16 mai 1865.

Autopsie. — Les poumons offrent un aspect noir, parsemé de quelques taches rosées qui sont tout ce qui reste de l’organe sain. À la coupe, on trouve une foule de noyaux disposés dans le parenchyme de l'organe, noyaux dont la forme est très variable et qui forme çà et là des chapelets. Le tissu cependant, n’est pas remplacé par le dépôt : il est infiltré

pour ainsi dire. En beaucoup d’endroits des dépôts sont

ramollis au centre. Les plèvres ne sont pas indemnes : on trouve çà et là à leur surface de petites nodosités mélaniques grosses comme des lentilles, Le cœur présente également des dépôts très rares, mais réels dans l'épaisseur des ventricules ; ils existent plus abondants sur les oreillettes.

L'exameñ de l'abdomen donne des résultats plus frappants. Au niveau du tube digestif, on trouve quelques dépôts dans l'épaisseur des tuniques intestinales. Dans l’estomac surtout, ces dépôts sont larges et épais. Mais c'est principalement sur les ganglions mésentériques qu'on les observe. Ils ont envahi toute l'épaisseur de ces ganglions, auxquels ils se sont substitués presque complètement. Leur consistance est dure, sauf au centre où elle est moins résistante. Les annexes du tube digestif ne sont pas épargnés,

Le foie offre 12 à 15 de ces dépôts. Aucun n’est encore ramolli. Les uns occupent le centre même de l'organe, ils se rapprochent de la forme sphérique ; les autres au contraire, atteignent la surface du foie, et la, remarquable analogie, avec le squirrhe du foie ils forment des surfaces dont le centre est évidé : véritables cupules tout à fait semblables aux cupules squirrheuses ; néanmoins les conduits hépatiques sont libres.

La rate est convertie en un véritable kyste contenant une bouillie composée de pulpe splénique ramollie, mélangée intimement et d’une façon à peu près homogène de matière mélanique ramollie. |

Le pancréas, à la coupe, est d’une teinte bistrée, il est ramolli ; ses conduits les plus petits sont obstrués ; le canal central est, au contraire, parfaitement libre et tra-

verse la masse pancréatique infiltrée de mélanose,

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L'appareil génito-urinaire offre des particularités intéressantes. De chaque côté de l'utérus, les ovaires forment une masse du volume du poing, masse bosselée, fluctuante et complètement noire. On peut reconnaître que c'est comme un agglomérat de kystes ovariques de la grosseur d'œufs de pigeon. À la coupe, il s’en écoule un liquide complètement noir, boueux et de teinte bistrée. Tous les kystes communiquent ensemble et l’on peut faire circuler la boue mélanique de l’un à l’autre. Les trompes, les ligaments ronds sont sains et normaux.

Quant à l'utérus, il présente à sa surface externe 7 ou 8 corps fibreux dont le plus gros a les dimensions d’un œuf de pigeon. L'un de ces corps fibreux, demi-pédiculé du côté du péritoine, présente à sa surface et dans son épaisseur un dépôt de matière mélanique dur et gros comme une aveline : curieuse dégénérescence d’un produit déjà morbide par lui-même, La surface interne de l'utérus est saine, ainsi que le vagin.

Les reins ne présentent d'autres altérations que deux dépôts : l’un de la grosseur d’une aveline, placé dans la couche corticale ; l'autre dansla substance tubulaire. La eapsule surrénale droite est saine. Il n’en est pas de même de celle du côté gauche : celle-ci présente un kyste de la grosseur d'une aveline : kyste rempli d'une matière mélanique en voie de ramollissement ; la partie périphérique de cette masse est crue sur les limites extérieures, demi-molle sur les limites internes et le centre du kyste complètement ramolli, laisse écouler la matière à la coupe. Les uretères : sont libres.

A la surface interne de la vessie, on voit sept ou huit

points de la grosseur d’un pois. Ces dépôts se trouvent placés dans la couche la plus superficielle de la muqueuse ; on les soulève facilement et en les énucléant, on voit qu'ils n’affectent aucun rapport, sinon celui de superposition, avec la couche musculaire.

Si l’on passe à l'examen du cerveau, on voit dans les hémisphères de chaque côté cinq ou six amas dont les dimensions varient d'un pois à une noisette, amas de formes indéterminées et qui pourraient être comparés à des truffes, L'un d'eux occupe une partie du corps strié du côté droit, Rien n’a fait soupçonner leur'existence pendant la vie.

Dans les méninges, on trouve également de ces dépôts sous forme de plaques.

En passant maintenant à l'examen de la peau, on trouve d’abord les dépôts de récidive dans l'épaisseur de la peau de la plante du pied. Toute la peau des membres inférieurs, surtout à droite, en présente : ici sous forme d’amas, là sous forme de dépôt lenticulaire. La peau a perdu tout son lustre ; elle est écailleuse, squameuse. Le système lymphatique présente, surtout à l’aine droite, un envahissement complet de la masse ganglionnaire. Les ganglions ont décuplé de volume, se sont agglomérés et forment une masse de la grosseur d’un œuf de poule. Néanmoins chacun d'eux à la coupe est séparable ; on reconnaît la coque fibreuse renfermant la matière mélanique à l’état de crudité.

Les muscles de la vie de relation sont généralement sains, très amaigris. Quant au système osseux il est complètement envahi. Toutes les vertèbres sans exception présentent à la

coupe un aspect noir : leur tissu est raréfié, ramolli, friable.

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