OBSERVATION VII
(D'après Queyrat, Société de Biologie, 1898.
Mélano-sarcome généralisé. — Début par le gland
Inoculation positive à deux singes
L'auteur rapporte l'observation d’un malade de trentedeux ans, qui se présenta à l'hôpital Ricord, se croyant
atteint d’une maladie vénérienne et qui avait en réalité une
mélanose généralisée. Début par le gland il y a quatre mois, sous la forme d'un petit point noir. Celui-ci s’élargissant et devenant saillant, le malade de sa propre impulsion l’incise avec des ciseaux et le cautérise au nitrate d'argent. Repullulation locale très rapide; peu après généralisation de tumeurs mélanique$ (prostate, aine droite, région mammaire et aisselle du côté gauche, dos, bras droit, avant-bras gauche, région sous-maxillaire gauche, poumons, foie, pancréas, reins, etc.). Les tumeurs périphériques sont d’un noir violacé, et varient du volume d'un pois à celui d’un œuf. Anémie profonde (seulement 1.271.000 hématies). Mort par congestion pulmonaire double quatre mois et huit jours après le début de la mélanose.
M. Queyrat inocula à deux singes (dans le péritoine de l’un et sous la peau de l’autre) des fragments de ces tumeurs, qui étaient des mélano-sarcomes. Les inoculations furent positives et les animaux succombèrent respectivement au
bout de deux mois et deux mois et demi.
OBSERVATION VIII (Résumée) par L. Duncan-Bulkley.
(Boston medical and surgical journal, 4 mars 1830.)
Cas de mélano-sarcomes multiples de la peau
Jeune homme de vingt-deux ans, au moment de sa première visite à l’auteur. Rien du côté de Fhérédité, comme maladies antérieures : convulsions dans l'enfance et grenouillette opérée sans résultat notable. A l’âge de seize ans,
un éclat de matière indéterminée le frappe à l'œil droit et
lui fait une contusion (x) à la partie externe de la sclérotique. Des moyens très simples viennent d’abord à bout de inflammation ; mais peu à peu apparaît en ce point une petite tumeur noire qui fait saillie et a atteint la dimension d'un gros pois. Trois ans et demi après, commence une généralisation cutanée d’une intensité extraordinaire.
A la fin de 1874, toute la surface de la peau est couverte, des pieds à la tête, de tumeurs plus ou moins saillantes, dont quelques-unes n'ont pas altéré la coloration de la peau, tandis que d’autres présentent des nuances variées (2), depuis
le brun grisâtre jusqu’au bleu noir foncé. Les tumeurs sont innombrables ; leur forme est en général arrondie, leur généralisation s'est surtout accentuée depuis neuf mois, à tel point que la teinte générale de la peau en est obscurcie et rappelle celle qu'on observe dans la maladie d'Addison ou après une absorption prolongée de nitrate d'argent. Quelques-unes de ces tumeurs ont subi un processus de régression très singulier : arrivées à une certaine dimension, elles ont pris une teinte pourpre quiest devenue de plus en plus foncée et pendant ce temps ont paru se flétrir pour s’affaisser et se décolorer peu à peu et enfin ne laisser de leurs traces qu'une teinte analogue à celle du nitrate d'argent. Au moment où la disparition s'accentuait, on voyait se former autour de la tumeur un anneau bleuâtre. induré dans quelques cas et persistant, anneau qu'on retrouve aussi dans S
quelques tumeurs qui n'ont pas subi la phase de régression.
1. Nous tenons à rappeler ici au lecteur que dans notre cas personnel (obs. D), il y a eu aussi contusion de l'œil droit. 2. Mêmes caractères dans notre observation 1.
Toutes les fois que ces phénomènes ont eu lieu, ils se sont accompagnés d'hémorragies spontanées ou provoquées par la pression à la surface des néoplasmes.
Les organes thoraciques sont sains ; le foie est hypertrophié, sans phénomènes accusés par le sujet.
Les urines, noir de café, contiennent un abondant sédiment formé par du pigment, par des urates et par des oxalates.
L'état général du malade est resté bon très longtemps et ne s’est réellement altéré que trois mois environ avant la mort, survenue le 16 mai 1855. Plusieurs abcès se formèrent alors au niveau des tumeurs ; les membres inférieurs s’œdématièrent, la fièvre s’alluma et la mort survint au milieu du délire.
Autopsie. — Outre les tumeurs cutanées innombrables, de dimensions variant entre un pois et un œuf de poule, on a trouvé des dépôts pigmentaires dans le foie, dans les ganglions bronchiques, mésentériques et cervicaux ainsi qu'un
noyau dans la dure-mère.
Remarque. — Quelques détails anatomiques plus explicites auraient ajouté beaucoup à la valeur du fait en question ; il n’est pas fait mention dans l’autopsie de l'examen microscopique des organes. Tout ce que l'on sait de la nature histologique de ces tumeurs nous est fourni par l’examen des deux petiles tumeurs enlevées en 1874 et étudiées par Sherwell (de Brooklyn) ; il x’ y a constaté qu’une grande quantité de matière pigmentaire et beaucoup de grandes cellules à deux ou trois noyaux que l’addition d'acide acétique rendait plus distinctes. Il s’agit donc d’un sarcome mélunique. |
OBSERVATION IX (Résumée)
(Cas relaté par Lagrange au Congrès
d’ophtalmologie, 1891.)
Sarcome mélaniqne de la paupière supérieure
Un homme de soixante ans, bien portant et sans antécédents héréditaires ou personnels fâchcux, se présenta le 29 septembre 1890 à la clinique ophtalmologique de l'hôpital Saint-André pour se faire débarrasser d’une tumeur du volume d’une petite noix siégeant dans la paupière supérieure gauche. L'histoire de cette tumeur remonte au mois de juin précédent. A cette époque le malade reçut sur la région palpébrale un vigoureux coup de bâton qui s’accompagna immédiatement d’un gonflement très accusé et d’une ecchymose abondante. L'ecchymose se résorba incomplètement. Un mois après il restait dans le tissu cellulaire lâche de la paupière un noyau dur, indolore, qui paraissait résulter de l’'épanchement sanguin. Après des traitements variés, le patient constata que la grosseur palpébrale restait la même ; peut-être même dans les derniers temps avait-elle un peu grossi. Inquiété par sa présence et par ses progrès, il vient consulter Lagrange qui constate l'état suivant : La tumeur siège dans l'épaisseur même de la paupière ; la peau glisse aisément, au-dessous la conjonctive est libre.Le bord ciliaire estintact. Atravers la demi-transparence du voile cutané, son
tissu paraît un peu noirâtre : elle est un peu bosselée, régu-
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lièrement dure et tout à fait exempte de douleurs soit spontanées, soit provoquées. Il n’y a pas de ganglions engorgés 3 l'état général est très bon. Lagrange crut avoir affaire à une thrombose enkystée et enleva la tumeur simplement par énucléation. , i
Or l’étude histologique démontra qu'il s’agissait d’un sarcome mélanique à cellules fusiformes avec pigment intra et extra-cellulaire. Lagrange a ensuite obtenu par une macération prolongée de la coupe histologique dans un milieu très acide, une préparation typique de mélanine.
Quant à la provenance du pigment, Lagrange ajoute qu'il lui paraît certain que l’origine primitive du pigment a été dans l'hématine extravasée au moment de l’ecchymose.
Lagrange n'a pu se procurer le fait de Gibson ; celui de Richet a été très sommairement rapporté en 1879. Enfin chez celui de Jallenga le mal avait commencé par le cartilage tarse ; il y avait une tumeur principale et deux secondaires, toutes-les trois enkystées ; la marche avait été assez rapide, mais les lésions étaient encore bien localisées à la paupière quand l'intervention heureuse, au moins immédiatement, fut
pratiquée.
OBSERVATION X (Résumée) (In thèse Perrin, 1886.)
Mélanose généralisée. — Tumeurs multiples du tissu cellulaire sous-cutané. — Disparition de deux de ces tumeurs ; par de Beurmann.
B..., vingt et un an, entré à Saint-Louis le 4 septembre
Début en avril 1874. Développement rapide d’une grosseur très douloureuse sur la partie latérale gauche du cou, accompagnée de douleurs violentes, s’irradiant vers la tête. Ulcération de la tumeur quinze jours après son apparition. Ecoulement d’une matière noir bleuâtre à demi solide, ressemblant à de la poudre détrempée. Huit jours après, affaissement de la tumeur, mais bientôt elle se reforme et redevient de la grosseur d’une noix et aussi dure qu’au début. Etat stationnaire pendant deux mois, puis marche progressive ; en janvier 1875, volume des deux poings. Incision de la tumeur par un médecin ; la plaie se ferme. Mais rapidement formation d’une nouvelle tumeur au même point. Apparition d’autres tumeurs : |
1° À la région pectorale droite un peu au-dessus et en dehors du sein ;
20 Deux autres au niveau des fausses côtes, disposées presque symétriquement de chaque côté de l’'appendice xiphoïde ;
3° Une au niveau du deltoïde, sur le moignon de l'épaule droite ;
4° Une autre au-devant du biceps ;
5° Une dernière en arrière, au niveau de l’angle inférieur de l’omoplate du même côté.
Ablation de la tumeur du creux sus-claviculaire par Dolbeau le 11 mars 1875, à cause de l'augmentation rapide de volume et de douleurs incessantes. |
Entrée du malade à l'hôpital Saint-Louis en septembre 1875. Au niveau de la tumeur enlevée, cicatrice linéaire violacée, saillante, de la largeur du petit doigt. Constatation : de la tumeur située en dehors du sein droit, sous-cutanée,
ovoïde, résistante, indolente, adhérente à la peau et mobile
sur le plan du grand pectoral ; de la tumeur située dans la région cervicale droite au niveau du bord antérieur du trapèze, non adhérente à la peau ; dans la région dorsale droite, vers la pointe de l'omoplate, tumeur un peu adhérente à la peau.
Deux autres tumeurs sur la poitrine. Une sixième au niveau du fascia lata. Les ganglions sont partout normaux sauf au sommet de l'aisselle gauche (grosseur du volume d’une noisette). A la face, tache sur le côté gauche, bleuitre, à bords diffus, large comme une pièce de 20 centimes. Disparition spontanée des deux tumeurs, situées l’une sur le bras, l’autre sur l'épaule à droite et mentionnées par Bergeron. (France médicale, 13 novembre 1875).
15 septembre 1895. — Ablation de la tumeur du sein droit ; à la coupe : kyste cloisonné contenant 20 grammes de liquide séreux,couleur café noir; tout le reste de la masse est formé d’une matière homogène, friable à la périphérie, ramollie au centre, noire dans toute son étendue.
Examen histologique. — Type de mélano-sarcome.
Apparition d’une nouvelle tumeur à la partie inférieure de
l'orbite, augmentation rapide avec phénomènes douloureux.