TRAITEMENT
Avant d'aborder le traitement des blessures par arrachement du cuir chevelu, nous devons indiquer les précautions qui nous paraissent propres à éviter dans une certaine mesure ces terribles accidents.
Ces mesures consisteraient, d’après nous, à obliger les ouvrières d'usine à porter soit une résille, soit un petit bonnet emprisonnant leur chevelure. Elle consisterait en second lieu à veiller énergiquement à la stricte application du règlement ordonnant l'arrêt des machines 1/4 d'heure avant la sortie de l’atelier.
Ce règlement est en vigueur dans certaines usines mais est lettre morte dans beaucoup d’autres.
Mais l'accident est produit, que doit-on faire ?
Le médecin se trouve en présence d’une ouvrière scalpée, en état de shock, ou non, sa blessure saignant d'ordinaire fort peu.
Il semble que le médecin doive immédiatement tenter la réapplication du cuir chevelu détaché. En effet dans. un cas signalé par M. Malherbe, cette réapplicalion fut faite et donna, d'après le D' Wiart, un très bon résultat.
Mais, si nous étudions l'observation dans laquelle est
Phone relatée ce cas, nous voyons que le résultat ne fut point aussi brillant, qu'il ne fut que partiel et assez précaire.
Il apparaît, d'après de nombreuses observations où cette réapplication fut tentée, qu’elle est absolument inutile, et tout au plus représente-t-elle, d’après M. le professeur Quenu, un pansement occlusif fait immédiatement après l'accident.
M. le professeur Pierre Delbet, dans une cormunication du 12 octobre 1909 à l'Académie de médecine, sur le traitement du scalp, donne les raisons de cette absence de résultat : « Le cuir chevelu ne reçoit aucune artère profonde, il est vascularisé par les artères venant de la périphérie ; pour rétablir la circulation dans toute son étendue, 1} faudrait suturer les temporales, les auriculaires postérieures, les occipitales. Mais les artères sont trop petites pour que cette entreprise puisse être menée à bien. »
On doit, immédiatement après l'accident, profiter de l’état de stupeur dans lequel se trouve ordinairement la malade, pour désinfecter avec un soin méticuleux toute Ja surface cruentée. On doit procéder au rasage des parties environnant la plaie, à leur savonnage, en un mot à l'aseptisation aussi complète que possible de la plaie que l’on recouvrira d'un très épais pansement destiné à en empêcher linfection.
Ceci fait, il y aura heu de remédier au symptôme immédiat de l’accident, au collapsus, par injection d'huile camphrée et sérum artificiel. Une injection préventive de sérum anlitétanique sera faite.
Nous avons vu que la guérison spontanée des plaies par arrachement du cuir chevelu est rare et qu'en tous cas elle est toujours fort longue. Il y aura done lieu d'employer les méthodes autoplastiques pour la répa-
DA PAR OA ve
ration de celle vaste plaie, eticeHulrAs HE ordi qui le premier réussil à guérir un scalp parla méthode de J. Reverdin. at
Les procédés de. greffe peuvent se diviser en deux classes :
Greffes prises aux animaux ou zoogreffes ;
Greffes humaines se subdivisant en plusieurs variétés.
Les greffes animales ont été faites surtout avec de la peau de grenouille (Obs. VIT), elles permettent d’avoir un large lambeau. Mais d'ordinaire le résultat n'est pas bon, car ces greffes ne s'implantent pas définitivement et se résorbent. a
Les greffes humaines donnent de abs llecte résultats.
. Pour les bords de la solution de continuité, mais pour ces bords seulement, on peut utiliser les greffes par la méthode italienne puisque l’on doit suturer le bord libre d'un lambeau aux téguments avoisinants.
Cette méthode pourra être utilisée lorsqu'on aura à combler des pertes de substances résultant d’une cicatrisalion incomplète. :
Reverdin en 1872 employa et fixa la technique des greffes à petit lambeau. Ces greffes, qui sont des greffes épidermiques de 3 à 4 millimètres de côté, s'emploient en très grand nombre. Pour qu'elles sortent applicables au cuir chevelu, il faut d’une part que la plaie à recouvrir présente des bourgeons charnus et vigoureux, mais cependant qu'ils ne soient pas trop actifs, car ils étoufferaient les greffes.
Il faut d'autre part qu'il n’y ait pas de suppuration et que les bourgeons ne saignent pas.
Si les bourgeons sont trop exubérants, il faut d’abord les toucher au nitrate d’argent ; s'ils sont trop mous,
DÉS AE appliquer un pansement au diachylon età l’onguentstyrax.
Ce mode de greffes a le seul résullat d'activer la cicatrisation. Elles n’amènent pas la guérison immédiate comme les greffes d'Ollier-Tiersch que nous allons étudier.
La breffe à lambeau d’Ollier-Thiersch a l'avantage de pèrmettre de recouvrir en une séance une large surface. Quand elle réussit, la guérison est obtenue d'emblée, mais elle est plus délicate que la greffe de Reverdin, plus difficile, elle nécessite l'anesthésie générale.
Ces greffes peuvent être faites soit sur les surfaces bourgeonnantes, soit directement, immédiatement après . l'accident, sur la table externe du diploé.
Thiersch enlève la couche de bourgeons charnus à la curette tranchante. Il gratte avec soin les bords de la plaie, tamponne la plaie saignante Jusqu'à ce que la surface à recouvrir soit complètement exsangue.
Il est également indispensable que la plaie se trouve en état d'aseptisation absolue.
La prise des greffes se fait sur la face Shtéro. externe d’une des deux cuisses.
« Pour tailler les greffes vous aurez un rasoir très effilé, tenez-le presque parallèle à la surface cutanée et par.des mouvements de scie peu étendus el très répétés faites-le progresser en pleine peau à | mm. à peine de la surface. Pour pouvoir tailler de grands lambeaux il faut que la peau soit bien tendue. |
» Au furet à mesure de Ia section, je aboss se plisse et reste sur lé dos de votre rasoir ; tâchez de tailler une. greffe qui ait la longueur de la plaie à recouvrir. »
La greffe est étalée sur la surface cruentée à l’aide de quelques gouttes d’eau salée. Les bandelettes ont 3 centimètres de large sur 10 à 20 de long.
Se a On recouvrira les lamelles épidermiques de silk prolective ; puis de gaze aseptique et d’ouate. On changera le pansement 8 où 10 jours plus tard.
M. Pierre Delbet vient de perfectionner l'application de celte méthode aux plaies du cuir chevelu. .
D'après lui, les conditions principales du succès sont d'abord : | -
Que les greffes chevauchent l’une sur l’autre, qu'elles s'imbriquent comme les tuiles d'un toit, on ne doit pas laisser entre la plaie d'espaces cruentés.
Le deuxième point est de tailler les greffes aussi longues et larges que possible.
En dernier lieu, la réparation de l'énorme plaie ne doit pas se faire en une séance; d’une part, parce que la longue durée de l'opération ferait courir des risques aux malades; d'autre part, parce que la tête, pendant le sommeil, doit prendre son point d'appui sur une surface non greffée.
Robinson (Obs. V) constate un beau succès dans ce cas, où 1! n'a pas cherché à réapplhiquer le cuir chevelu et où il a d'emblée appliqué les greffes. Il est, d'après lui, préférable de les appliquer nb quand l’état de la blessée le permet, plutôt que d’atteudre, suivant l’ancienne doctrine, l'apparition de bourgvons charnus totalement inutiles, suivant lui, à la nutrition des greffes. [l considère les greffes comprenant la totalité de la peau, greffes cutanées totales ou greffes de Wolfe- Krause, comme supérieures aux minces greffes de Thiersch.
Mais il est bon de se souvenir que le traitement exige une certaine patience et que de petites interventions complémentaires’ seront vraisemblablement nécessaires,