‹ Contribution à l'Étude du ScorbutChapitre 6 sur 19 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Définilion. — Nous définirons le scorbut : Une maladie générale, apyrétique, non contagieuse, très souvent épidémique, caractérisée par un affaiblissement physiqué et moral, par des hémorrhagies multiples, spontanées, et par une altération des gencives, presque constante, plus ou moins prononcée.

Etymologie. — En latin scorbutus — viendrait du danois schorbect ou de l'hollandais scorbeck; ces deux mots veulent dire, l'un et l’autre, ulcère de la bouche.

Historique. — Si, toutefois, dans cette question historique, nous n’apportons rien de nouveau, nous avons au moins fait preuve d'un travail consciencieux, en essayant de ne rien omettre. C’est un des chapitres qui nous a donné le plus de peine. Nous avons retracé l'histoire du scorbut, afin de prouver qu'autrefois il était un fléau redoutable, entraînant de très nombreux décès.

Il n’est pas certain que le scorbut ait été connu des médecins de l'antiquité. Cependant, parmi les œuvres attribuées à Hippocrate, on trouve décrite, sous le nom de or peyxs, une affection assez analogue au scorbut.

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La maladie, désignée par Pline, sous le nom de stomace, qui affligea l’armée de Britannicus, et qui guérissait par l'usage de l'Herba britannica, paraît biea être le scorbut. Il fut, du reste, peu étudié; parce que c’est une maladie rare dans ces doux climats de Grèce et d'Italie. La première relation assez exacte du scorbut date de 1260; il exerça de grands ravages dans l’armée de saint Louis, campée devant Damiette. Tous ces renseignements nous viennent de l'historien Joinville.

« La maladie estoit tele, dit le sire de Joinville, que la » char de nos jambes séchait toute, et le cuir de nos jambes » devenait tavelé (tachseté de noir et de terre), ainsi qu'une » vielz heuse (botte); et nous qui avions tele maladie, venoit » char pourrie ès gencives, ne nulz ne eschapoït de cette » maladie que mourir ne l’en convenist. » (Jomvizze. Edit. BeMichel#1867p90#Paris):

Le xm° siècle ne nous a presque rien laissé sur le scorbut. Il nous faut attendre les grands voyages sur mer de Vasco «le (rama pour voir signaler le scorbut qui sévit sur les équipages de ses navires.

En 1535, nouvelle épidémie sur les navires de J. Cartier.

Au xv® siècle, il est bien difficile de lire les descriptions fournies par les auteurs. Ayant vu des symptômes très variés se manifester dans le scorbut, quelques-uns si effrayants, qu'on crut voir du scorbut dans toutes les maladies.

« Les aspects sous lesquels elle se présente sont si divers, qu'il est presque aussi difficile de les énumérer que de compter le sable de la mer. » (Séverin Eucarenus. De morbo scorbutico, 1604).

Un homme mourait-il de vieillesse, c'était du scorbut.

..« Omnes qui ex senio moriuntur, moriuntur ex scorbuto. »

C'est Lip qui a, en réalité, écrit la première histoire scienüfique sur le scorbut.

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Le scorbut faisait à cette époque d'énormes ravages. Pierre Hawkins compte environ 10.000 marins de sa nation, enlevés par cette maladie.

Plus près de nous, en 1830, ila été très fréquent à Londres; de 1846 à 1848, de véritables épidémies sont signalées en Angleterre. En 1853-54, scorbut de l’armée de Crimée. En 1870-71, scorbut du siège de Paris.

Etiologie. — Comme nous l'avons dit dans notre introduction, nous n'indiquerons parmi les causes du scorbut, que celles que nous avons vues durant nos vingt ans d'exercice. Ce sont, en général, celles du scorbut de terre. Nous n'avons pas la prétention d'exposer tout au long les causes de cette maladie.

1° Humidité. — Dans toutes nos observations, même dans celles qui nous ont été remises par M. Bouvet, nous trouvons cette cause. Du reste, nous savons que Lip a dit: « L’humidité de l'air en est la principale cause prédisposante. »

Or, la Vendée et surtout larégion du N. O. est très humide, tant à cause du voisinage de la mer, que des marais et des pluies très fréquentes.

2° Le froid. — J'apporte encore ici le témoignage de Lino: « Cette combinaison du froid et de l'humidité est la cause prédisposante la plus efficace.» Nous avons, du reste, observé que les cas les plus fréquents de scorbut dans la région N. O. de la Vendée, étaient en hiver et au printemps.

Hirsca donne la statistique suivante, sur 68 épidémies de scorbut :

Printemps 37; hiver 21 ; été 8; automne 2.

3° Le mauvais éclairage, l'air corrompu. — Les malades vendéens atteints du scorbut, habitent presque tous des bourines, demeures construites en terre, mal éclairées, froides et humides ; l'air y est corrompu, car, pour toute la famille,

il n'y a qu'une seule pièce. Nous croyons que ces deux causes, mauvais éclairage et air corrompu, doivent être invoquées pour expliquer la fréquencerelative du scorbut des bagnes et des casernes.

4° Paludisme. — Dans nos Observations III, IV, V, les scorbutiques sont également des paludéens, et chez eux, le scorbut dure plus longtemps (Obs. V).

Il est évident que le paludisme agit en affaiblissant ceux qui en sont atteints.

5° Le travail excessif agit également par affaiblissement. C’est encore le cas de nos pêcheurs vendéens.

60 Chagrin, tristesse. découragement.

Nous en avons recueilli deux cas (Obs. I'et Il), dans chacun desquels le scorbut se déclare chez une même personne, une première fois après la mort de son père, une deuxième fois après la mort de son enfant.

T° Conditions sociales. — Dans toutes les observations que nous fournissons, il s’agit de malades appartenant à la classe pauvre.

Témoignage Hirsce : « Toujours et partout où le scorbut s'est montré, c'est la population la plus misérable, celle qui est le plus mal nourrie, qui a été presque exclusivement frappée. »

H. Rey, rapporte la citation de Le Roy De Méricourr: « Dans la marine, comme dans l’armée, le scorbut s'arrête devant l'épaulette et le galon. »

80 Alimentation :

a) Qualité ;

b) Manque de variété ;

c) Absence d'un élément qui serait utile à l'organisme.

Nous ne parlerons pas de la quantité, car nous croyons que chez les malades cités, elle était suffisante.

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La question de qualité est en rapport avec la condition sociale, les aliments de mauvaise qualité sont meilleur marché.

Le manque de variété de la nourriture existe chez les Vendéens de ce marais et surtout cette cause est vraie pour les pêcheurs de sardines.

La classe pauvre se nourrit de pommes de terre et de poissons passés (altérés). Nous savons qu'un régime identique entraine de la RASE d'où appauvrissement de l'organisme.

Nous n'invoquerons pas Pen de végétaux frais, car nous ne l'avons jamais observée ; c'est le cas des marins, des pêcheurs de Terre-Neuve, du scorbut de Crimée

SYMPTOMES DU SCORBUT (forme grave)

Avant de décrire le type atténué que nous avons constaté, nous donnons un résumé abrégé des symptômes du scorbut (forme grave) décrit dans la plupart des traités.

Nous décrirons ensuite le scorbut tel que nous l'avons vu dans notre pratique de vingt ans.

DESCRIPTION DU SCORBUT GRAVE. — Nous empruntons les détails de la description à Lip, Rey er Jaccoup (Trois périodes).

Première période. — La santé s’altère, il y a une lassitude extrème, morosité, le teint devient livide, constipation opiniâtre ; le malade éprouve des douleurs dans les genoux, les épaules, ‘des douleurs en ceinture très violentes. « Rien ne peut rendre l’angoisse du malheureux scorbutique qui souffre. » (Perrin) A la fin de cette première période survient le piqueté scorbutique sous forme d’une éruption papuleuse.

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Trois ou quatre jours après le début les gencives commencent à s’altérer; elles sont tuméfiées, molles, rouges, saignantes; il se forme des plaques d’ulcération qui les détruisent; les dents sont ébranlées. Sur le voile du palais et sur . ses piliers on peut également voir des taches ecchymotiques.

D'Ornay a désigné sous le nom de siomatite scorbutique ces altérauons.

Deuxième période. — C'est la période des ecchymoses et des indurations.

Les ecchymoses peuvent gagner presque tout un membre et commencent généralement par les membres inférieurs. Elles sont surtout fréquentes sur la face antéro-interne de la cuisse, au creux poplité et autour des malléoles.

Les indurations scorbutiques d'une dureté ligneuse ont les mêmes sièges de prédilection que les ecchymoses, elles sont dues à des épanchements sanguins intermusculaires.

Ces indurations sont parfois atrocement douloureuses.

Sur les membres œdématiés se développent avec une extrême facilité, à l'occasion de la moindre petite blessure, des ulcères très difficiles à faire disparaitre.

Troisième période. — « Peu de maladies se présentent « sous un aspect plus déplorable que le scorbut arrivé à sa « dernière période. » (H. Rey.)

Gencives, nez, estomac, intestins, hémorrhoïdes, poumons, vessie, sont parfois le siège d'hémorrhagies.

Une diarrhée tenace achève d'épuiser le malade.

C’est la période de syncopes parfois suivies de mort. Toutes les séreuses de l'organisme peuvent être infiltrées par un épanchement séreux ou hémorrhagique ; le maxillaire se nécrose, la gangrène s'étend au plancher de la bouche ; telle est la cachexie scorbutique. « Tout croule. » (H. Rev.)

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