CHAPITRE III
OBSERVATION I (Personnelle).
M.-F.S..., ouvrier chaisier, habitant un hameau près Saint-G..., vingt-neuf ans, exerce sa profession depuis l’âge de quinze ans. Il travaille dans une pièce humide et froide, comme la plupart des bâtisses des environs. Il y passe une grande partie de sa journée et, pour augmenter son salaire, une partie de la nuit. d
Aucune tare héréditaire, aucun antécédent personnel.
Sa sobriété est du reste commandée par sa pauvreté; sa nourriture, comme celle des paysans vendéens avoisinant le marais, se compose de poissons (sardines principalement), pommes de terre et beurre.
En décembre 1898, il perd son père; quelques jours après ce malheur qui venait de le frapper il dut cesser son travail, pris d’une lassitude extrême.
(Nous insistons tout particulièrement sur ces trois points : froid, humidité, travail excessif et ajoutons cette peine morale à laquelle à fait suite cette lassitude extrême).
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On remarque également que son teint devenait jaunâtre, terreux. C’est alors qu'il vint me trouver. Tout en effet se bornait à un changement dans le teint, dela faiblesse et de la constipation. Pas de fièvre, pouls normal.
Je prescrivis repos, bonne nourriture et un laxatif.
Quatre jours après, je fus appelé auprès de lui et le trouvais alité. Il se plaint de crachements de sang et de douleurs entre les deux épaules. L’auscultation, des plus attentives, ne révèle rien, ni du côté des poumons, ni du côté du cœur; mais l'examen des gencives me fournit la clef de cette hémoptysie. Les gencives sont gonflées, teintées de sang en plusieurs points et saignent au moindrecontact; la mastication est douloureuse. Enfin, au côté interne du bras droit, le malade est porteur d’une tache violacée qui est une ecchymose légèrement douloureuse, ayant l’étendue de la paume de IA main. Il n’y a pas d'induration, sur le thorax existe une éruption papuleuse, vésicules petites, un peu rouges, et qui ne sont point le siège de prurit; rares sur l'abdomen, on en trouve quelques-unes sur les membres.
Cette lassitude, ce gonflement avec hémorrhagie des gencives, cetteecchymose au bras survenue à l’insu du malade, ce piqueté rouge, cette absence de fièvre, de troubles cardiaques, pulmonaire, cérébral, rénal, tout cet ensemble de symptômes me fit porter le diagnostic de scorbut.
Le malade fut mis au régime suivant : vin de quinquina, légumes verts, jus de citron et oignons, me conformant au traitement de Lind. « Car jamais je n’ai observé que ceux qui en (oignons) faisaient usage fussent attaqués du scorbut (1). »
Deux jours après, il présentait une ecchymose à la face antérieure de la cuisse droite (partie moyenne) et à ce niveau existait une induration d’une dureté extrême, ligneuse. Son étendue était de 4 centimètres de hauteur sur 7 de largeur, elle empiétait sur la face interne de la cuisse. Au niveau de cette induration existait une vive douleur, heureusement diminuée par la flexion de la cuisse sur le bassin.
(1) Lip, traduit par Savary. — Traité du scorbut. Paris, 1756, t. Il
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Quant à l’ecchymose du bras, elle existe toujours, mais au lieu d’être d’un noir vineux, elle est d’un jaune nuancé de vert.
Le piqueté du début a en partie disparu, les gencives sont toujours saignantes, tuméfiées, elles semblent être devenues plus molles. Sur leur face interne, quelques taches bleuâtres et violacées. Les dents ne sont pas ébranlées. Pas d’engorgement de ganglions sous-maxillaires, pas de fièvre, pas d’albumine dans les urines; même traitement que les jours précédents, j'ajoute des applications locales de jus de citron sur les gencives.
Le malade est examiné tous les jours.
Chaque jour les symptômes s’amendent, la tache ecchymotique du bras disparaît la première, après avoir passé par une teinte jaune très claire; puis, disparaît celle de la cuisse; enfin l’induration cesse également, après une durée de six jours.
Le malade peut reprendre son travail.
La durée de la maladie avait été de vingt jours.
Remarques.— Chez notre malade nous ne pouvons invoquer,comme cause duscorbut, que les veilles prolongées, son travail dans un milieu humide et froid; causes auxquelles il faut ajouter la douleur très vive qu’il éprouva à lamort de son père ; c’est du reste quelques jours après cette peine morale que survint le scorbut ; et, coïncidence vraiment remarquable, nous allons voir qu’il à eu une seconde atteinte de scorbut qui survint quelques jours après la mort d’un de ses enfants.
Les symptômes n’ont pas été bruyants: changement dans le teint devenu terreux, lassitude, quelques douleurs passagères, gonflement et hémorrhagies des gencives, deux ecchymoses et une petite induration. Quant au début de l’ecchymose par le bras, nous acceptons comme explication, l’opinion de Jaccoud.
« L'élément mécanique est une cause auxiliaire puissante, eu égard au siège des hémorrhagies cutanées et sous-cutanées, le plus souvent, elles sont au maximum sur les membres inférieurs et dans les régions déclives, mais chez les individus qui font de grands efforts avec les
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