CHAPITRE III
Pharmacologie. — Matière médicale.
Les préparations de strophantus employées en thérapeutique sont l'extrait alcoolique ou teinture, l'extrait aqueux, la strophantine et les pilules d’extrait de stro phantus. Nous allons indiquer succinctement comment l’on obtient ces différentes préparations :
Io Préparation de l'extrait alcoolique ou teinture. — Les semences de strophantus sont broyées au pilon sous lequel elles s’agglutinent à cause des matières srasses qu'elles renferment en grande quantité; elles forment ainsi une poudre grossière ressemblant à la farine de lin et tachant rapidement le papier. L’opérateur en les contusant ressent au nez et à la gorge une irritation persistante accompagnée d’amertume ; ensuite, selon que l’on épuise par déplacement cette poudre, à l’aide de l’alcool à 60, 70 ou 80 degrés, on obtient une teinture jaune ou verdâtre.
Avec l'alcool à 60 degrés, la teinture est d’un jaune plus foncé, par l’évaporation elle laisse 4 pour 100 d'extrait sec, ce qui correspond à 20 grammes d'extrait sec pour 100 de semences.
Avec l'alcool à 70 degrés, la teinture est verte et au cours de Pévaporation, elle laisse surnager une matière grasse d'un vert foncé, celle-ci séparée et l’opération
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terminée, cette teinture verte fournit une quantité d’extrait sec correspondant à 15 pour 100 de semences.
Avec l'alcool à SO degrés, la teinture est également verte, mais la graisse est plus abondante et l'extrait sec correspond à 10 pour 100 de semences.
On pourrait de ces faits conclure déjà, a ‘priori, que ces trois extraits doivent avoir des activités différentes.
En soumettant les semences de strophantus à l’action successive des dissolvants : éther, alcool à divers decrés, eau distillée, Catillon à obtenu les résultats suivants :
Matières grasses solubles dans l’éther et l’al-
COL M ME US 6 PS ns OU Das 32 Extrait sec soluble dans l’alcool à 70 degrés . 15 Matières gommeuses et albumineuses. . . . LI ST A on D CE Pa en 2 ER OR 34 DUITOR DR TARA a ee PR Or Pere tel 2e D
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Mais comme les matières gommeuses et albumineuses sont, selon toute vraisemblance, sans action, Catillon s’est efforcé de s’en débarrasser, ainsi que des graisses, pour obtenir son extrait pur qui est un des plus répandus.
Pour arriver à ce résultat, il opère de la façon suivante :
Les semences pulvérisées sont épuisées par l’éther dans un appareil à digestion continue. L’éther une fois évaporé, la poudre bien divisée est épuisée dans lappareil par l'alcool à 70 degrés qui ne dissout pas les ma-
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tières gommeuses et albumineuses. La teinture ainsi obtenue fournit par évaporation 15 pour 100 de la graine en extrait Sec.
Ce traitement des graines par l’éther a l’avantage d'éliminer la matière grasse, mais le danger d'incendie auquel expose la vapeur d’éther se double ici d’un second inconvénient résultant de l'extrême activité de la substance ; on sait déjà que la pulvérisation des graines provoque une irritation des muqueuses pharyngienne et oculaire, or la grande quantité de graisse contenue dans les semences et qui les agglutine sous le pilon s'oppose, en général, à la dispersion des poussières. Cet avantage ne subsiste plus lorsque ces matières grasses ont été enlevées par l’éther,
L'extrait alcoolique se délaie rapidement et complètement dans l’eau en donnant une dissolution laiteuse,
.mais cette dissolution devient limpide dans une eau légèrement acidulée ou additionnée de glycérine, d'où son emploi plus avantageux pour les injections hypodermiques.
Le dosage de cet extrait alcoolique ressort de la comparaison des chiffres suivants : Le professeur Fraser conseille 2 à 4 gouttes de teinture au &, ou 5 à 10 gouttes de teinture au 20°; or, 46 gouttes de teinture de strophantus au 20° pèsent 1 gramme et correspondent à 0,05 gr. de semences, à 0,009 gr. d'extrait mou, à 0,0075 gr. d'extrait sec; donc 5 gouttes correspondent sensiblement à 1 milligramme d'extrait préparé comme ci-dessus.
D’après Catillon, les teintures au 8° et au 20° n’existeraient pas dans la pharmacopée française ; de plus les teintures actives à ce point sont difficiles et dangereuses
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à manier, activité difficile à régler par suite de l’altération, de l'épuisement, de la sophistication et enfin du genre de la plante empioyée ; pour lui l'extrait est d’un dosage plus facile et il préfère pratiquement les granules. Ces notions sur la teinture alcoolique sont nécessaires pour permettre de comparer les recherches des médecins français à celles des médecins anglais, autrichiens et autres qui ont jusqu'ici employé le strophantus
2° Préparation de l'extrait aqueux. — 100 grammes de semences de strophantus pulvérisées et épuisées par l’eau distillée froide, donnent 23 grammes d'extrait sec. L'eau ne redissout pas la matière grasse, mais elle en entraine des traces ; par contre, elle dissout les matières gommeuses et albumineuses. En reprenant l’extrait aqueux par l'alcool à 70 degrés, on élimine celles-ci et on évite ainsi le traitement assez dangereux par l’éther, toutefois l'opération par ce moyen détourné est plus lente et moins régulière.
3 Préparation de l'extrait sec. — Traitant les semences par décoction, Catillon a obtenu 26.2 pour 100 d'extrait sec; par infusion 26.5 pour 100. D’après lui lPextrait par macération à froid serait encore plus actif que les deux autres à en juger par l'impression ressentie par la membrane pituitaire. Ces extraits secs sont dangereux à manier, aussi faut-il s’arrêter à la consistance pilulaire. « En grattant une capsule dans laquelle j'avais fait sécher 1 gramme à peine d'extrait préparé par une décoction de strophantus dans l'eau acidulée, j'ai été pris d’éternûments violents et répétés comme ceux que provoque la vératrine. L’extrait par macéra-
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tion dans l’eau froide est aussi sternutoire. Les conditions dans lesquelles se trouve la semence dans ces deux cas pourrait provoquer un dédoublement du glucoside. »
4 Préparation de l'extrait cristallisé ow strophantine. — En soumettant à l’évaporation dans le vide une solution d'extrait alcoolique de semences de strophantus, on obtient un produit cristallisé, appelé par les différents expérimentateurs sfrophantine. Ces cristaux sont blancs, opaques et composés de faisceaux d’aiguilles microscopiques groupés en choux-fleurs. D’après les expériences photomicrographiques de M. Lecerf, ces faisceaux d’aiguilles ressemblent aux faisceaux de poils soyeux qui constituent l’aigrette de la semence. En voie: de formation et à l’état humide, ces cristaux sont transparents.
Caractères chimiques. — La solution de ces cristaux est neutre au papier tournesol et ne précipite pas par les réactifs les plus sensibles des alcaloïdes comme l'iodure de potassium ioduré, l’acide phospho-molybdique, l'iodure de mercure et de potassium, etc. Elle donne avec le tannin un précipité blanc, abondant, cailleboté, soluble dans un excès de strophantine.
L’acide sulfurique y produit un précipité verdâtre qui devient noir avec le temps ; à froid cette réaction s’obtient moins vite qu'a chaud. Si l’on opère sur un cristal, une goutte d'acide sulfurique développe une belle couleur d’un vert émeraude qui passe au rouge brun, puis au noir. Cette réaction a été signalée. par M. Gérard pour la strophantine amorphe. Comme dans la réaction précédente cette coloration noire redevient verdâtre à l'air humide.
L’acide chlorbydrique sur la strophantine rend verte la solution incolore à froid comme pour la digitaline ; seulement la digitaline ne se colore pas à froid par l'acide sulfurique et par le perchlorure de fer et l’acide sulfurique ; sous l'influence d’une chaleur légère, elle donne une Coloration bleue, tandis que la strophantine donne une coloration verte.
L’acide azotique colore la strophantine en rose tendre
qui devient jaune orangé en chauffant légèrement.
La strophantine est un glucoside, sa solution mousse par l'agitation ; elle ne donne rien par le réactif cupropotassique, mais si préalablement on fait digérer la solution dans l’acide sulfurique ou chlorhydrique à 1/100, elle réduit et décolore la liqueur de Fehling ; 10 centimètres cubes de ce réactif sont décolorés par 0.15 de strophantine ainsi dédoublée. La strophantine est soluble dans treize fois son poids d'alcool absolu à froid et trois à quatre fois son poids d'alcool bouillant, elle cristallise instantanément Jorsqu’on verse cette solution alcoolique chaude dans l’eau froide.
Les cristaux humides se redissolvent facilement dans l’eau, mais il faut environ trente fois leur poids d’eau froide pour redissoudre des cristaux desséchés. La strophantine est insoluble dans l’éther et le chloroforme privés d'alcool, dans la benzine, le pétrole et les huiles. Si l’on évapore la solution alcoolique, la strophantine forme sur les parois de la capsule une couche vitreuse. transparente, se détachant en écailles micacées brillantes. De cet état amorphe la strophantine repasse à l'état cristallin, si on lhumecte avec un peu d’eau suivant un phénomène évident d’hydratation.
Un kilog. de semences de strophantus a fourni à
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Catillon 9 gr. 50 de strophantine cristallisée, c’est-à-dire à peu près 1 pour 100. D’après Bardet le prix de revient du strophantus est de 60 fr. le kilog.
Disons en terminant que la strophantine à pour formule donnée par l’analyse C2 H%% 01 et qu'elle se serait dédoublée en un corps appelé strophantidine (1) ou en un autre glucoside insoluble dans léther et l’alcool et non azoté (2).
(1) British medical Journal, 23 july 1887.
(2) CATILLON, Société de Thérapeutique, novembre 1887.