OBSERVATION I
. Due à l’obligeance de MM. P. Mauriac et F. PrécHaun.
J. M..., 53 ans, entre dans le service de M. le professeur Arnozan, le 12 janvier 1922, pour faiblesse générale, amaigrissement, asphyxie des extrémités.
Rien à signaler dans ses antécédents héréditaires. Née à terme, toujours chétive, la malade fut réglée à 15 ans, contracta la scarlatine à 21 ans et se maria à 22 ans. Elle eut cinq grossesses et un seul enfant vivant. Elle fit deux avortements à trois mois; deux enfants nés à terme moururent de broncho-pneumonie, l’un à six mois, l'autre à trois mois.
À 32 aus, les règles cessèrent brusquement et n’ont pas réapparu. Cette femme a toujours mené une existence de travail et de misère, et les peines morales ne lui furent pas épargnées. Depuis quinze ans, elle ressent un peu d’essoufflement, sans être obligée d'interrompre son travail.
Histoire de la maladie. — 1 y a un an, au moment des grands froids, la malade ressentit au niveau des orteils de chaque pied une sensation de brûlure intense; cette douleur survenait brusquement et cessait brusquement au bout d’une heure environ; elle apparaissait à toute heure et même au milieu du sommeil. Malgré l'intensité des puénomènes douloureux, les pieds ne présentaient aucun trouble local apparent. Quelques semaines après, des sensations semblables furent aperçues au niveau des trois derniers doigts de la main gauche; la malade remarqua que les régions atteintes étaient insensibles au toucher et que la peau devenait pâle au début des crises, prenant ensuite une teinte violelte.
Peu à peu, les douleurs et l’asphyxie gagnent la main droite ; bientôt les mêmes phénomènes se produisent au niveau de l'extrémité du nez. Là, à chaque crise, apparait une cyanose laissant après elle de petites taches rougeûtres persistantes; puis, peu à peu, une croûte se forme. Les crises durent tout l'hiver et elles se reproduisent aussi bien dans la cuisine chauffée ou dans le lit que dehors.
Avec l'été, les crises s’espacent, la croûte du nez tombe, laissant une peau violacée.