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ORGANISATION D'UN GANGLION ABDOMIMAL

Les ganglions abdominaux, chez le Rhizotrogus adulte, paraissent fusionnés en une masse unique; nous avons dit déjà que celte fusion des ganglions n’est qu'une apparence; bien que les divers ganglions de la chaine ne soient pas rendus distincts par la forme de l'enveloppe conjonctive qui les entoure, ils sont cependant réellement distincts; nous voulons dire par là que chacun d’eux possède la même organisation interne que s’il était isolé des autres. Pour peu que l'on connaisse cette organisation interne, on arrive à reconnaitre que la substance ponctuée de la masse abdominale renferme plusieurs ganglions, et on peut même les compter.

Cette distinction peut se faire indifféremment sur les coupes orientées dans les trois sens; elle est plus complète peut-être et plus sûre pour une série de coupes transversales, comme il est facile de s’en rendre compte en jetant un coup d'œil sur les figures de 24 à 28, planche IL. La première à été faite à peu près exactement entre deux ganglions successifs, ce que l’on reconnait à la présence d’une traînée de cellules et de fibres conjonctives qui partagent verticalement la substance ponctuée en deux masses !.

La coupe suivante à passé à travers la région antérieure du ganglion que nous cherchons à individualiser; elle a rencontré la colonne ventrale, dont les deux parties symétriques sont ici largement unies l'une à l’autre par la commissure ventrale antérieure ; au-dessus de la colonne et un peu latéralement, on distingue la coupe des connectifs dorsaux inférieurs. La fig. 26 passe en arrière de la commissure, elle montre les deux colonnes ventrales distinctes; sur la fig. 27 il se produit un changement important au-dessous d'elles, l'apparition du lobule ventral inférieur, qui va de l’une à l'autre, et qui émet entre elles quelques fibres à

1. Sur des coupes bien orientées, on rencontre parfois à ce niveau un canal de lumière très étroite, dont la paroi est formée par du tissu conjonctif.

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fibres à direction ascendante. Une coupe postérieure, la dernière que nous ayons figurée, nous montre la commissure ventrale postérieure, avec la forme en arc que nous lui connaissons.

Si, continuant cet examen, on étudie les coupes suivantes, que nous avons cru inutile de figurer, on trouve d'abord une figure analogue, à peu de chose près, à la figure 24, puis une autre ana-

ogue à la figure 2, et ainsi de suile; en d’autres termes, la même série de structures se répète régulièrement dans toute la série des sections abdominales; et il est clair que le nombre de ces répétitions marque le nombre des ganglions abdominaux.

Sur les coupes longitudinales, qui ont l’avantage de laisser embrasser toute la chaîne abdominale d'un seul coup d'œil, les structures caractéristiques qui permettent de compter les ganglions ne manquent pas; la plus commode nous paraît être fournie par le lobule ventral inférieur, qui, vu de profil, forme une sorte de coude à la face inférieure de la colonne ventrale; ces diverses proéminences se répètent régulièrement à chaque ganglion.

Enfin, pour les coupes horizontales, les plus explicites au point de vue qui nous occupe en ce moment nous paraissent être celles que l’on a pratiquées dans la région ventrale et qui intéressent par exemple la colonne ventrale et ses commissures antérieures. La figure 10 bis, planche IT, contient une telle coupe, qui appartient au Hanneton adulte; la masse abdominale se trouve divisée par une succession régulière de commissures transverses qui ne sont autre chose que les commissures ventrales antérieures.

Ces quelques détails suffiront à montrer que les ganglions de la chaîne abdominale sont bien distincts les uns des autres, quoique la membrane conjonctive qui les entoure ne marque pas leur indépendance par des caractères extérieurs et grossiers, comme cela à lieu par exemple chez la larve.

Ce fait fondamental étant bien établi, il est nécessaire de déterminer par quels caractères l’organisation d’un ganglion abdominal diffère de celle d’un ganglion thoracique.

Un ganglion abdominal représente, à notre avis, un ganglion type, réduit à ses structures fondamentales; c’est d’ailleurs ce que nous enseigne la physiologie nerveuse de l’abdomen des Insectes, car cette physiologie est relativement assez simple. Si l’on met à part les ganglions terminaux de la chaîne, qui fournissent des

nerfs à l'armure génitale, les autres fournissent simplement des

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nerfs aux parois de l'abdomen, des nerfs sensitifs et des nerfs moteurs; ces derniers sont chargés de provoquer ces mouvements respiratoires complexes, si bien décrits par Plateau, que l’abdomen des Insectes exécute. Les ganglions abdominaux, dont le même auteur à étudié les fonctions, sont principalement des ganglions respiratoires. L'abdomen étant dépourvu d'appendices, et notamment de pattes, représente une série de zooniles réduits à leur maximum de simplicité, ne se composant que des parties essentielles. Cette même simplicité doit se retrouver dans l'organisation d’un ganglion abdominal.

L'étude des ganglions abdominaux nous fournit en quelque sorte l’a b c de la substance fibrillaire ; et en nous reportant ensuite aux autres ganglions, plus complexes et plus spécialisés, nous pourrons voir quelles sont les structures surajoutées au plan fondamental et aussi, ce point estun peu plus délicat, dans quelle mesure les structures fondamentales elles-mêmes sé trouvent modifiées.

On peut comparer le ganglion abdominal à un ganglion mésothoracique; qui serait privé de ses lobes ruraux; celte comparaison est celle que suggère naturellement une coupe d'ensemble ; voir fig. 11, planche Il; au premier coup d'œil, les ganglions abdominaux diffèrent des thoraciques par un développement moindre dans le sens transversal, et cette différence lient à l'absence des lobules cruraux; ceci confirme, soit dit en passant, le rôle physiologique que nous avons assigné à ces lobules.

En meltant à part ces lobules latéraux, l’analogie des ganglions thoraciques et abdominaux se montre dans presque tous les détails de leur structure interne. La colonne ventrale, d’abord, se montre disposée de la même façon; elle est formée de deux portions symétriques, qui, d'abord séparées l’une de l’autre, s’unissent ensuite par une large commissure transversale (comparez fig. 14 à fig. 25), c'est la commissure ventrale antérieure; puis les deux colonnes redeviennent distinctes (comparez fig. 43 à fig. 26), et elles se trouvent solidarisées par l’apparition, au-dessous d'elles, du lobule ventral inférieur (comparez fig. 16 à fig. 27). Quelques Coupes plus loin, les deux colonnes sont encore distinctes, le lobule ventral inférieur a disparu, et la commissure ventrale postérieure, en arc, apparait (comparez fig. 19 à fig. 28). Ces analogies sont si frappantes que nous avons cru inutile de les confirmer par les dessins d’autres coupes.

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Le lobe dorsal présente, dans le ganglion abdominal, la même structure lâche que dans le ganglion mésothoracique; et si les connectifs qui le traversent sont un peu plus difficiles à reconnaitre, cela tient évidemment à ce que leur importance diminue à mesure qu'ils s’avancent vers l'extrémité postérieure du système nerveux.

Il semble permis de conclure de ces rapprochements que le ganglion mésothoracique, pas plus qu'un ganglion abdominal, ne présente de structures différenciées, en rapport par exemple avec une fonction de sensibilité spéciale. Cette conclusion peut être étendue au ganglion métathoracique.

Les descriptions précédentes s'appliquent sans grand changement aux espèces dont les ganglions abdominaux ne sont pas fusionnés en une seule masse. Il est à remarquer que chez tous les Coléoptères que nous avons étudiés le premier ganglion abdominal est soudé au dernier ganglion thoracique.

Chaque ganglion abdominal n'émet chez le Rhizotrogus qu'une seule paire de nerfs; le nerf abdominal (». «b.), qui est assez grêle, et qu'on ne voit bien que sur des coupes très minces, pénètre dans le ganglion à l'union des faces latérales et de la face supérieure; son origine extérieure est donc à peu près la même que celle du nerf alaire chez le Rhisotrogus (fig. 25, pl. IT). Aussitôt après sa pénétration dans la couche de cellules ganglionnaires, le nerf se divise en deux racines : l’une de ces racines se rend dans les régions supérieures du lobe dorsal; elle est accompagnée de trachées nombreuses; elle est grêle; l’autre, plus importante, se subdivise en deux racines qui divergent légèrement; elles sont toutes deux ventrales par leur trajet; mais elles sont situées en arrière l’une de l’autre, l’antérieure se rend directement dans la colonne ventrale du ganglion, et elle y pénètre à peu près au niveau de la commissure ventrale antérieure; la racine postérieure se rend dans le lobule ventral inférieur; une coupe horizontale un peu oblique permet de voir simultanément les deux racines ! (fig. 29, pl. ID).

Il est utile de comparer le nerf abdominal au nerf cerural et au nerf alaire des ganglions thoraciques ; cette comparaison révèle des

1. Ajoutons que chez d'autres types d’Insectes, chez le Dytique par exemple, chez la larve de Stratiomys, ete., on peut voir une branche du nerf abdominal traverser

d'arrière en avant le ganglion pour se rendre dans les ganglions antérieurs. La méthode d'Ehrlich met le fait hors de doute chez tous les Insectes que nous avons examinés.

= 74 — différences et aussi des analogies, qui nous serviront plus tard de guide dans l'interprétation de quelques faits anatomiques intéressants.

Comme le nerf crural, le nerf abdominal fournit des racines à la colonne ventrale et au lobule ventral inférieur; seulement il en diffère profondément par l'absence d’un lobule spécial qui lui serait annexé; ce qui caractérise avant tout le nerf crural, c’est le lobule crural, véritable organe de perfectionnement qui atteste la variété et la complexité des mouvements exécutés par la patte; le nerf abdominal ne se rend dans aucun lobule de ce genre.

Par là, il se rapproche du nerf des ailes et du nerf des élytres, qui, eux aussi, ne paraissent posséder aucun lobule en propre; et cette analogie — l'absence de lobule spécifique — paraît s'expliquer par cette considération embryogénique que l'aile etl’élytre ne constituent point des appendices, dans le sens propre du mot, mais sont simplement des modifications des parois des zoonites, et que par conséquent leurs nerfs doivent être considérés, jusqu’à un certain point, comme des nerfs pariétaux modifiés.

Le nerf abdominal et le nerf alaire ont deux racines analogues, la racine dorsale supérieure et la racine ventrale; il est bon d'ajouter, en ce qui concerne la racine ventrale, que celle du nerf alaire présente des dimensions beaucoup plus considérables que celle du nerf abdominal.

La principale différence entre ces deux nerfs tient à cette racine dorsale inférieure, à trajet si curieux, qui manque absolument au nerf abdominal, et qui existe dans le nerf alaire. Cette racine dorsale inférieure nous paraît donc caractéristique du nerf alaire, elle lui appartient en propre; et on pourrait presque dire, passant sur les légères différences que nous avons signalées dans les autres racines, que le nerf alaire est un nerf abdominal auquel on ajouterait une racine dorsale inférieure.

Nous allons montrer, dans le chapitre suivant, l'intérêt de ces rapprochements.

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