LE GANGLION SOUS-0ESOPHAGIEN
Le ganglion sous-æsophagien, chez le Rhizotrogus, présente une situation intéressante, que nous signalerons en passant, parce qu'elle’est importante à connaître pour les expériences de vivisec-
tion. Ge ganglion n’est point situé dans la région céphalique, comme chez le Hanneton et la grande majorité des Coléoptères; il est situé beaucoup plus en arrière, dans le thorax, et s’unit au premier ganglion thoracique par des connectifs assez courts : c'est ce que montre la coupe longitudinale 37 (pl. IN). Gette disposition anatomique présente, pour les expériences de vivisection, un intérêt pratique; si l'on tranche d’un coup de ciseau la tête du Rhizotrogus, en ayant le soin de donner un mouvement brusque et de ne pas exercer de tiraillement sur la chaîne, la section, faite au niveau du cou, sépare les cérébroïdes et le ganglion sous-œsophagien; celui-ci reste dans le thorax, adhérant aux ganglions de la chaîne sous-intestinale. Le corps de l'animal, quoique privé de tête, n’est point privé du sous-œæsophagien. Au contraire, la même opération, quand on la pratique exactement dans les mêmes conditions sur un Hanneton et sur maint autre Coléoptère, produit un résultat tout différent; le corps privé de la tête est en même temps privé du sous-æsophagien.
Les expériences, déjà anciennes, de Faivre sur les fonctions des différents ganglions de la chaîne méritent d’être rappelées à ce propos, car les dispositions anatomiques que nous venons d'indiquer pourraient leur servir de vérification cruciale. Faivre à montré, au moyen de vivisections sur le Dytique, que le ganglion sous-æsophagien est le centre coordinateur des mouvements de la marche; le centre moteur de chaque patte réside — nous en sommes pour notre part bien convaincu — dans le ganglion particulier à cette patte, et plus précisément dans le lobe crural correspondant; c’est ce lobe qui innerve la patte et qui lui fait exécuter les mouvements complexes de flexion et d'extension qui constituent le pas; le ganglion sous-æsophagien intervient pour régler les mouvements de ces six pattes, pour les coordonner entre eux, et pour leur donner cet ordre de soulèvement qui constitue la marche hexapode. Tel est le fait important qui semble résulter des expériences de Faivre, bien que celui-ci n'ait point décrit sous cette forme le résultat de ses vivisections, et n'ait pas établi, peut-être, avec une clarté suffisante, la distinction qu'il faut faire entre le mouvement isolé de chaque patte et la coordination des mouvements des six pattes. Quoi qu'il en soit, il nous semble qu'une expérience comparée sur le Melolontha et sur le Rhizotrogqus pourrait servir à démontrer dans quelle mesure le sous-æsophagien possède réelle-
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Frans ment une influence coordinatrice sur la marche; il faudrait rechercher si un Hanneton décapité, étant privé non seulement des cérébroïdes, mais du sous-œsophagien, ne peut plus exécuter que des mouvements incoordonnés, et si un Rhizotrogus décapité, qui conserve son sous-@sophagien, peut encore accomplir des mouvements de marche bien coordonnés.
J'ai entrepris cette expérience, mais je n’ai pas pu la faire dans de bonnes conditions, les animaux qui me servaient de sujets étant un peu affaiblis par la captivité; c'est une expérience à reprendre au printemps, à la campagne.
Après ces préliminaires, essayons de décrire l’organisation interne du ganglion sous-æsophagien.
Les études de grosse anatomie ont montré que le ganglion sousœsophagien innerve trois paires de pièces buccales : les mandibules, les mâchoires et la lèvre inférieure; ces trois sortes d'appendices appartiennent à des zoonites distincts, qui se sont intimement soudés les uns aux autres; il en résulte que le sous-œsophagien ne représente point un ganglion unique, comparable au ganglion du prothorax ou du mésothorax ; il représente trois ganglions rapprochés les uns des autres et soudés ensemble, comme les zoonites qui sont sous sa dépendance. Cette coalescence n’est point un fait particulier à la masse sous-æsophagienne ; nous l'avons déjà rencontrée chez le Rluzotrogus adulte dans la portion terminale de son système nerveux, c'est-à-dire dans la masse abdominale; nous avons vu que cette masse est enveloppée d'une membrane conjonctive commune, qui ne marque point, par des étranglements successifs, l’individualité de chaque ganglion.
Seulement — et cette différence est peut-être importante — dans la larve, chaque ganglion de la chaîne abdominale est bien distinct des autres, et leur fusion en une seule masse se produit ultérieurement, pendant la nymphose; c'est ce que montre bien une comparaison entre les figures 10 bis et 41, pl. IT, qui représentent l’état de la chaine abdominale chez le Ver blanc et chez le Hanneton adulte. Au contraire, les trois ganglions dont se compose la masse sousœsophagienne sont confondus même chez la larve du Ver blanc; ils ne sont représentés que par un seul ganglion.
Get état de coalescence larvaire ne se retrouve, chez le Hanneton et le Rhizotrogus, que dans les parties les plus antérieures de leur système nerveux, c'est-à-dire dans les cérébroïdes. On sait que les