MORTE
Fig, 21. — Schéma de la direction suivie par l'Insecte, quand le mouvement de manège n'est pas produit par la destruction des deux cérébroïdes, el que l'un des deux cérébroïdes reste intact et peut exercer son action sur les ganglions thoraciques.,
toujours à proprement parler une ligne spirale; il peut avancer pendant quelques centimètres en ligne droite; puis, à un certain moment, il subit une déviation à gauche; dès qu'il a commencé ce mouvement de manège, il est obligé de le continuer. Ainsi l'animal peut lutter contre celte tendance tout le long de la ligne a b (voir fig. 21); mais s’il commence à décrire l'arc b €, il ne peut plus s’arrêter, il est obligé de décrire le cercle entier. Son allure subit alors une modification intéressante, il marchait lentement pendant son trajet en ligne droite; au contraire, il décrit le cercle en courant, comme s'il était pressé d'en finir. L’inconvénient de cette course, surtout quand elle est très rapide, c'est qué l'animal, en rencontrant la ligne droite «& b, la dépasse, et décrit un nouvel arc de cerele qu'il est obligé d'achever avant de reprendre sa marche en ligne droite. Si son allure est moins rapide, il ne dépasse point la ligne & b, et peut ne décrire qu'un seul cercle.
La description précédente, hâtons-nous de le dire, est loin de convenir à tous les Insectes qui combinent un mouvement volontaire avec un mouvement de manège. Sans entrer dans d'inutiles descriptions, nous indiquerons que chez un Dytique opéré et tour-
nant la marche vers la lumière se fait ainsi : l'animal se dirige en décrivant un arc de cercle de grand diamètre, qui l’éloigne peu de la direction qu'il veut suivre, et par conséquent de la lumière; arrivé au bout de son arc, il décrit un second arc, très petit qui le fait revenir à sa ligne droite, et il se remet à marcher vers la lumière.
Il résulte de ce qui précède que la marche en manège n'est point, comme Faivre l'a pensé, une marche volontaire. Quelques autres faits pourraient être ajoutés aux précédents pour achever la démons- * tration. Nous empruntons le suivant à un auteur suisse, Yersin, qui a fait quelques bonnes expériences sur le Grillon champêtre. IL s’agit d’un Grillon auquel on a fait la section du pédoncule cérébral droit et qui a le mouvement de manège à gauche; « quoique l'animal opéré paraisse manger avec plaisir les aliments qu'on lui présente, il ne demeure pas longtemps auprès d’une brise de pain à laquelle il semble manger avec avidité. Peu à peu il se déplace latéralement à gauche, et l'aliment se trouve hors de sa portée. Si on rapproche le pain de la bouche du grillon, il recommence à manger, puis s'éloigne encore, et de nouveau attaque le pain toutes les fois qu'on le lui présente; mais il semble être dans l’impossibilité de s’en approcher volontairement ‘. » Cette observation, qui paraît avoir été répétée sur six Grillons, montre bien que le mouvement de manège est un acte involontaire.
Enfin, il est à noter que lorsqu'on effraye avec le doigt un animal qui marche en manège, il précipite sa course pour fuir le doigt, mais il n’est pas moins obligé de décrire un cercle qui parfois le ramène précisément à son point de départ.
V. — Deux mots sur l'influence que des excitations périphériques peuvent exercer dans certains cas sur le tournoiement.
J'ai observé une chenille, d'une espèce indéterminée, qui rampait en cercle; il est probable qu'elle avait été piquée par un Hyménoptère ou qu’elle contenait des parasites. Le mouvement de manège était constant dans le même sens et très rapide; dans l’espace de vingt-cinq minutes, la chenille décrivit sous mes yeux deux cent cinquante cercles, sur un espace de 4 centimètres carrés. Si on plaçait l'animal sur un plan vertical, il y dessinait son cercle, mais
4. Bulletin de la Soc, vaudoise d'histoire naturelle, 1856-1857, L. V, p. 297.