LE RÉSEAU DE BORREL-MASSON
On trouve enfin au niveau de la peau des formations très intéressantes. En 1914, Borrel a décrit au-dessous du tissu malpighien un plan pigmentaire très nettement visible chez les tétards d’alytes, chez l'embryon du cobaye, chez la sangsue. Ce plan pigmentaire reçoit des capillaires sanguins et lymphatiques diverses substances nutritives et colorantes. En circulant dans sa trame, ces produits sont véhiculés de cellule à cellule, jusqu’à lépiderme et les glandes cutanées. Borrel signale que les éléments de ce plan pigmentaire sont chromophiles et fixent les colorants vitaux. Ses travaux tendent surtout à démontrer que la couche de Malpighi ne fabrique pas de pigment. Ce dernier lui est fourni par les cellules conjonctives sous-jacentes du plan pigmentaire. Pour étudier ces cellules chez l’homme, Masson a fait des imprégnations de sels d’argent. Il a pu voir, dans des cas pathologiques la localisation de colorants divers, de pigments, de graisses dans ce réseau. II a vu les colorants cheminer de cellules à cellules de la profondeur de la peau vers l’épiderme, réalisant ainsi une véritable fixation vitale spontanée. Les cellules chargées d'assurer la communication entre le réseau trophique et l’épiderme répondent aux cellules de Langerhans. Le courant en sens inverse, de la peau vers la profondeur existe également, d’où le nom de cellules amboceptrices que leur a donné Masson. Une confirmation à cette conception de la présence de cellules réticulo-endothéliales dans la
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peau a été fournie par Patrier et Lévy, par l’étude de xanthomes cutanés. Ils ont vu par la coloration des graisses à l’aide du réactif de Scharlach une véritable injection graisseuse allant de l’endothélium vasculaire aux cellules conjonctives souscutanées, aux cellules de Langerhans et jusqu’à certaines cellules épithéliales dégénérées. Ils ont ainsi saisi toutes les étapes du transit effectué par la graisse, depuis la profondeur jusqu'à la périphérie, et mis en évidence le rôle des cellules réticulo-endothéliales interposées dans ce processus d'élimination de la cholestérine en excès. Un phénomène analogue existe dans les lésions eczémateuses ou dans les tophi, où il y a élimination centrifuge de poisons ou d'acide urique. Ce sont également ces cellules réticulo-endothéliales qui permettent le cheminement des grains de tatouage, que l’on retrouve parfois fort loin du point où ils ont été placés. Il est fort probable que ce réseau conjonctif intervient dans la diffusion des substances médicamenteuses appliquées sur la peau en vue d’une action interne, comme les sels de mercure ou d'argent. C’est grâce à lui que la peau peut les « absorber ». Son rôle est enfin à alléguer dans IC processus des défenses périphériques. Si la peau se défend par sa cuirasse cornée, par ses sécrétions et par la sueur, il y a également des phénomènes de phagocytose qui interviennent dans l'arrêt des germes-et des poisons, et qui ont lieu dans cette assise décrite par Borrel et Masson. Le plan pigmentaire est en réalité la barrière défensive la plus externe de l'organisme. Son rôle est très grand
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dans l’immunité naturelle. En présence d’agresseurs virulents, la réaction de ce plan conjonctif peut devenir évidente. Il s’épaissit, prolifère, forme de véritables coques fibreuses qui localisent le mal, et fournit des éléments chargés de phagocyter directement l’envahisseur. C’est ce qui se produit par exemple dans le lupus, dans la tuberculose cutanée. Les cellules géantes, les cellules épithélioïdes proviennent dans ce cas de l'adaptation et de la prolifération des éléments histiocytaires locaux. C’est grâce à cette localisation que les tuberculoses cutanées ne se propagent que lentement vers l’intérieur. Nous pensons que bon nombre de maladies de la peau gagneraient à être étudiées sous ce jour, en particulier les affections métastatiques diffuses qui trouveraient dans la généralité du système histiocytaire un support solide.
LES TUMEURS RÉTICULO-ENDOTHÉLIALES.
Verne pense qu’on peut considérer les xanthomes comme des tumeurs développées aux dépens des histiocytes tissulaires, sous l’influence de causes internes. Mais à côté de ces proliférations qui sont en réalité des lésions d’exclusion, on trouve tout un groupe de tumeurs malignes, encore mal défini, que la notion encore récente de l’existence du SRE semble éclairer. Ce sont les réticulo-endothéliomes, auxquels il faut ajouter les angio-sarcomes, et peut-être les lymphoblastomes, les Iymphocytomes et certains endothéliomes de la plèvre,
du péritoine, des méninges. Ces tumeurs peuvent se développer partout où il y a des cellules réticulo-endothéliales. Leur siège de prédilection est cependant la rate, la mœælle osseuse et les formations lymphoiïdes. Ce sont de vraies tumeurs mésenchymateuses, des sarcomes. Elles s’en distinguent cependant par une affinité spéciale pour les colorants vitaux. Goormaghtigh les a particulièrement étudiées en 1926. Certains auteurs veulent voir dans l'existence de ces tumeurs une preuve de lPautonomie du SRE. Mais, outre le fait qu'il s’agit d’un groupement très mal défini sur lequel l'accord est loin d’être fait, rien ne prouve que les mêmes causes qui ont présidé à la différenciation des cee2llules RE aux dépens du mésenchyme ne soient pas responsables de lapparition de ces tumeurs.