GÉNÉRALITÉS
Dans l’état actuel de la science, on ne possède que des lueurs sur la physiologie normale du SRE, et ce fait relève de causes multiples. En premier lieu, nous savons que les auteurs ne sont pas tous d'accord sur la nature du système : si nous pensons, avec Siegmund principalement, qu’il ne représent que l'appareil métabolique du tissu conjonctif, beaucoup trop de biologistes en sont encore à Jui chercher des limites et à en faire une entité anatomique distincte. Les médecins de leur côté ont été tellement habitués à ne considérer comme essentielles que les maladies viscérales, qu’ils ont trop longtemps relégué au deuxième plan la pathologie du tissu conjonctif, comme le fait judicieusement remarquer R. Leveillé dans sa thèse (1933). Les méthodes de recherche sont enfin primitives. II n’y en a que deux : la splénectomie et Ie blocage. Ce sont là des moyens d'investigation qui offrent le flanc à de nombreuses critiques parmi lesquelles la principale est qu’on ignore le plus souvent dans quel sens et dans quelle mesure on fait varier le
facteur réticulo-endothélial en les ‘utilisant. Ce manque d'accord sur la conception du système RE, cette pauvreté en moyens de recherches expliquent en partie les divergences d’opinions des auteurs sur la physiologie du système : certains ne lui concèdent qu'un minimum de fonctions ; d’autres, péchant par excès contraire, voudraient tout expliquer par lui. Pour notre part, faisant état des données qui semblent les mieux établies, nous adoptons une position moyenne entre ces deux tendances, et nous empruntons à Merklen, pour la commodité de l'exposé, sa classification des diverses fonctions du SRE. Comme cet auteur, nous les ramenons à rois grands groupes : pexique, sanguin et métabolique, sans oublier toutefois que dans la réalité, ces diverses activités sont intimement attachées les unes aux autres. Nous donnons, d'autre part, un aperçu sur la participation du système dans les processus de défense de lorganisme et sur les méthodes qui se proposent de mesurer sa valeur fonctionnelle en clinique.
A. — LA FONCTION ANTIXENIQUE
La fonction antixénique est, entre toutes les aciivités du système histiocytaire, celle qui a été mise en évidence la première et qui est actuellement la mieux établie. Sa connaissance doit beaucoup aux travaux déjà anciens de Metchnikoff sur la phagocytose, qui ont apporté une si lumineuse contribution à l’étude des défenses de l'organisme. C’est sur la fonction antixénique que reposent les coiorations vitales, et les méthodes colorimétriques eraployées en clinique. =
L’antixénisme, c’est la lutte contre l’élément étranger. I] se manifeste dans l’élimination de cel: lules inutiles, de germes, de parasites, de corps étrangers, de poisons colloïdaux ou cristalloïdes. Il joue un rôle important dans le maintient de lintégrité du milieu intérieur, dans l’équilibre des colloïdes aes humeurs, dans la défense de l’organisme. I1 assure léquilibre indispensable à la vie,
LA BACTÉRIOPEXIE.
La bactériopexie ou fixation d’agents microbiens avait été observée depuis longtemps par Hæœckel en 1862, Recklinghausen, Hayem, Max Schultze en 1865, Grawitz en 1877, Panum et Roser en 1881. Mais Metchnikoff est le premier biologiste qui en ait compris la véritable signification. I était zoologiste, et c’est en apportant l'esprit zoologique
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à ses recherches qu’il a pu montrer à tous les degrés de lécheile animale que la phagocytose constitue un processus universel de défense contre les germes et les corps étrangers. Il vit les spores d’un petit champignon être attaquées dans lorganisme d’un petit crustacé par des cellules mésodermiques, puis incorporées et détruites au moyen de sucs digestifs. L'organisme ainsi protégé triomphe de ladversaire et guérit. Mais si les cellules mésodermiques sont insuffisantes, ou si les spores sont trop nombreuses, celles-ci résistent pendant quelques jours, rendant variable l'issue du conflit. Metchnikoff vérifia expérimentalement cette observation, qui contenait en germe toute la doctrine de l’immunité cellulaire, sur des vers, des mollusques, des arthropodes, des insectes et des vertébrés. Il vit que la phagocytose est une réaction salutaire de l’organisme, une réaction très générale de défense. Elle se confond intimement avec Pinflammation dont elle est le phénomène fondamental. Cette doctrine de l’immunité par les cellules achève l’œuvre accomplie en biologie par Darwin, Virchow et Pasteur. Le phénomène de la phagocytose est complexe, et s'effectue en plusieurs phases, parmi lesquelles on peut considérer une préparation de la proie, une marche d'approche, un englobement intraprotoplasmique et une digestioin intracellulaire, avec des modalités résultant soit des spécilisations des leucocytes, sait des résistances des germes.
Les macrophages sécrètent des substances mal définies, connues sous le nom d’opsonines depuis
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les travaux de Wright, et qui ont la propriété de sensibiliser les germes, et de paralyser leur action, probablement en modifiant la tension superficielle de la membrane des germes. Ceux-ci sont dès lors en état de moindre résistance, et se laissent aglutiner sous l'influence d’aglutinines qui seraient sécrétées également par les macrophages, ou « emplaquetter » par action action directe de corpuscules adjuvants, les plaquettes, fragments protoplasmiques libérés par les mégacarcyocyt:s en clasmatose. La sensibilisation des germes apparaît donc comme un phénomène très complexe dont on ne possède que des données imprécises.
Simultanément, les phagocytes s’approchent de la proie à happer. Ils sont guidés par un sens spécial, par un fil conducteur sur lequel nous savons fort peu de choses, et que l’on appelle tactisme. Les tactismes ont été étudiés dans toutes les branches de la biologie, chez les micro-organismes, chez les plantes, chez les animaux inférieurs et même supérieurs, et par certains côtés s’apparentent aux instincts, eux-mêmes fort mal connus. On connaît les chimiotactismes, les physiotactismes, les héliotactismes, etc, suivant qu’il y a attraction ou répulsion. En ce qui concerne les tactismes agissant sur les cellules leucocytaires, on à fait un grand nombre d'expériences intéressantes, dont le principe est le suivant : on injecte un bouillon dans la cavité péritonéale d’un animal. Quelques heures après, on retire un exsudat qui contient des éléments figurés divers, de nature mésenchymateuse, de morphologie variable : polynucléaires, lymphocytes, mono-