B. — LE ROLE SANGUIN
Le rôle sanguin du système conjonctif réticuloendothélial peut se résumer dans ladage désormais classique : « La rate est le berceau des globules blancs et le tombeau des globules rouges. » La plupart des travaux sur lactivité hématique du système histiocytaire ont été faits sur la rate. Ce qui est vrai de la rate, l’est du système entier, la rate représentant un gros amas de tissu réticuloendothélial. On peut envisager dans le rôle sanguin une fonction hématopoiétique et une fonction hémo- Ivtique. En étudiant les organe et tissus sanguiformateurs, nous avons vu l'origine, la nature et les propriétés des cellules souches des éléments figurés du sang, rouges et blancs. Nous avons décrit également la genèse de ces mêmes éléments sanguins dans le tissu mésenchymateux indifférencié, dans des cas normaux et surtout pathologiques. Nous avons enfin insisté tout particulièrement sur l’origine des monocytes, et montré comment des cellules indifférenciées riches en avenir et en forces potentielles peuvent dans certaines circonstances acquérir des propriétés hématopoiétiques, et devenir, par une série de transformations plus ou moins directes, des éléments sanguins. Aussi, nous ne reviendrons pas sur ces faits que nous n'avons pu dissocier de Pétude et de lanatomic générale du système.
La FONCTION HÉMATOLYTIQUE.
La fonction hématolytique déjà constatée par Kolliker dès 1847, ne fait aujourd’hui aucun doute. Il suffit d'examiner le moindre frottis de boue splénique pour en avoir une représentation nette. Après ablation de la rate, les glandes hémales présentent le phénomène de la vicariance, et sont tissées de macrophages bourrés de globules rouges à tous les degrés de la nécrobiose. Le système conjonctif réticulo-endothélial apparaît donc aujourd’hui comme le système destructeur des hématies vieillies ou usées. Plus tard, Eppinger s’est efforcé de soutenir la viabilité de cette thèse allant jusqu’à faire du système réticulo-endothélial le siège normal de l’hémolyse physiologique. De nombreux travaux ont été d’ailleurs effectués pour savoir si la fonction érythrophagique du système est un acte constant. Gaupp, entre autres, a reconnu dans la rate de la grenouille normale l’existence de cellules pigmentaires, de cellules bourrées d2 globules rouges, de débris et de corpuscules pigmentaires. Florentin, en 1924, a étudié cette érythrophagie sur des rates de grenouilles fixées au formol à 10 % et colorées par la méthode d’Altmann. Il trouve dans la pulpe splénique de gros amas de cellules polygonales renfermant des grains de pigment jaune d’or, et de pigment brun foncé. C’est dans ces cellules pigmentophores que se transforme et s’élabore le pigment sanguin. Les hématies cireulant dans les sinus peuvent être directement hémolysées sans phagocytose préalable. Elles perdent progressive-
ment leur charge d’hémoglobine qui diffuse dans le plasma, et leur protoplasma se dissout enfin. Le noyau devenu libre peut se transformer en corpuscule pigmentaire de Gaupp ou bien être phagocyté par des érythrophages à l’intérieur desquels il se fragmente et devient un ensemble de corpuscules de pigment. Eberth a retrouvé ces érythrophages émigrés dans le foie, sous forme de chromoblastes péricapillaires. Chez les mammifères, Florentin a vu des transformations analogues : les globules rouges subissent un commencement d’hémolyse dans l£s vaisseaux. Mais les macrophages ne laissent pas à cette transformation le temps de s'achever, et leur protoplasma est bientôt bourré de ces globules à. moitié détruits. Les masses, fuschinophiles au début, deviennent successivement orangées, puis brunes et enfin jaune-verdâtres. A ce moment, l’histiocyte est farci de grosses masses de pigments jaunes, verdâtres, dernier terme du métabolisme hématolytique. Ce pigment, par lPintermédiaire de lendothélium du foie, et plus particulièrement par celui de la cellules de Kupffer, sera excrété dans les canaux biliaires par la cellule hépatique proprement dite.
À ces preuves histologiques, il n’est pas inutile de joindre de nombreuses observations montrant Paugmentation de la résistance globulaire après ablation de la rate. Botazzi constate une résistance accrue aux solutions hypotoniques des globules rouges après splénectomie, et l’attribue à la suppression d’une fonction de cet organe. Il donne à cette fonction le nom barbare d’hémocatatonisti-
VÉPA SSRUS
que, qui consisterait en une préparation à l’hémolyse des globules rouges, par destruction de la liaison étroite existant entre le stroma et l’hémoglobine à l’intérieur du globule. Cette constatation, contredite par Pugliese et Luzatti, a été confirmée par Pearce, Wolferth, Henn, qui ont confirmé la résistance accrue des hématies d'animaux splénectomisés aux agents hémolytiques ordinaires. Le blocage du système par l’encre de Chine produit les mêmes résultats (Murata), de même que lirradiation de la rate, stimulant les cellules spléniques à certaines doses, augmente l’hémolvyse, et d’une façon générale toutes les fonctions de la rate (Manoukinne). Inversement, l’irradiation à des doses plus fortes, frénatrices, augmente la résistance à l’hémolyse, et c’est là un moyen thérapeutique employé avec succès dans certains cas d’hémophilie. Malgré les discussions dont ces constatations ont été l’objet, il ressort cependant de ces recherches une notion fondamentale. L’hémolvse physiologique des globules usés a son foyer principal dans l’amas réticulo-endothélial splénique. Les autres parties du système n’interviennent que dans une faible mesure ; par ordre d'importance décroissante, ce sont les cellules endothéliales du foie, la mœælle osseuse, les ganglions Iymphatiques et enfin le mésenchyme indifférencié. En cas de splénectomie, les vicariances jouent, et les divers éléments du système remplacent automatiquement la rate absente, grâce à leur possibilité d’adaptation fonctionnelle.
MST ee
L'HÉMOLYSE PATHOLOGIQUE.
On sait que la destruction des hématies peut s’opérer dans les organes et les tissus les plus divers, dans certaines maladies." C’est ainsi que les éléments conjonctifs des capsules surrénales, d2s reins, de l’hypophyse, du foie, des milieux liquides les plus variés comme le sang, le liquide d’épanchement pleural et péritonéal peuvent devenir au même titre-que ceux de la rate les instruments de la destruction sanguine, soit directement par macrophagie, soit indirectement par leurs sécrétions hémolysantes. Il en est de même dans les tissus les plus variés au sein desquels se produit un épanchement sanguin. C’est en effet un phénomène très général : tout globule rouge qui abandonne son milieu normal, le sang, est inéluctablement détruit. Il apparaît dès lors comme un corps étranger, et une lutte fratricide sans merci s'engage entre les cellules Conjonctives et lui. D’où ls phénomène de l’hémolyse tissulaire. En dehors des extravasations accidentelles, après traumatisme, il s’agit généralement de globules rouges déjà lésés par des substances globulicides telles que les hémolysines et toxines microbiennes, parasitaires, venins de serpents, poisons animaux et végétaux, substances chimiques diverses telles que les benzols, le chloroforme, le toluylène-diamine. La mise en liberté de lhémoglobine peut parfois se produire sous linfluence d'agents physiques comme le froid, le chaud, les rayonnements. C’est ce qui se produirait dans l’hémoglobinurie paroxystique à frigore,