‹ Contribution à l'étude du Système Réticulo-Endothélial et de son comportement au cours de certaines maladies infectieuses ou parasitairesChapitre 36 sur 81 · LOS · texte numérisé non relu

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paupières (Brocq). Ce qui les caractérise est la présence dans le derme de cellules spéciales, les cellules xanthomateuses, tantôt uninuclées et qui ne sont que des cellules conjonctives hypertrophiées depuis peu, tantôt multinuclées, dûes à Paccolement inflammatoire de plusieurs cellules de même nature. Le protoplasme de ces cellules est spongieux, et contient dans ses alvéoles des grais-. ses neutres, des lipoïdes, des éthers de la cholestérine. Ces cellules, nous les reverrons dans toutes les affections par excès de cholestérine : dans la maladie de Niemann-Pick et de Schüller-Christian, dans les infiltrations au cours du diabète gras, dans les localisations profondes telles que les pleurésies ou les salpingites xanthomateuses, etc. Elles répondent à la prolifération et à la mise en activité de cellules conjonctives indifférenciées ou réticuloendothéliales. À la peau, ce sont les cellules du réseau de Borrel-Masson qui prolifèrent. Il est intéressant de noter que la teinte Jaune de ces lésions ne tient pas aux éthers de la cholestérine, qui sont incolores, mais à la présence de pigments lipochromes d’origine alimentaire, comme l'a reconnu Hymans Van den Bergh. La coloration jaune de certains diabétiques reconnaît la même origine. Il y a, du reste, des xanthomes incolores quand ces pigments ne sont pas associés à la cholestérine. La signification de ces lésions, quelle que soit leur localisation et leur étendue, est toujours la même. Ces manifestations si variées résultent de la précipitation, de la « coloration vitale », de certains éléments de nature conjonctive, réticulo-endothé-

liale, par les éthers de la cholestérine, et de la réaction que provoque l’infiltration lipoïdique des éléments histiocytaires (G. Lévy). La prolifération et la métamorphose graisseuse des cellules conjonctives est évidente, et la relation qui existe entre la viciation du métabolisme des graisses et cette prolifération cellulaire est largement démontrée. Déjà Bazin, en 1869, avait noté la précipitation de cholestérine dans les cellules xanthomateuses. Il parlait de molluscum cholestérinique. Quinquaud avait observé dans le sang des sujets porteurs de xanthomes une quantité anormale de graisse et de cholestérine. Les travaux de Chauffard et de Guy Laroche ont complètement démontré la relation. « Le xanthome est à l’hypercholestérinémie ce que le tophus est à l’excès d’acide urique dans le sérum des goutteux », disent-ils.

A côté des xanthomes prennent place des lésions extrêmement fréquentes de même nature : l'arc sénile, ou gérontoxon, ou encore arc cholestérinique oculaire, dont la recherche doit faire partie de l'examen systématique des maladies de la nutrition. Ce sont des dépôts cholestériniques dans les cellules conjonctives situées à la périphérie de la cornée, sous forme d’un bandeau blanchâtre, d’un serti finement ponctué, d’étendue plus ou moins variable suivant le degré d’intoxication du sujet, et suivant l’âge. Les tophi sont également des précipitations de cholestérine asociée à des sels d'acide urique. Nous n’insisterons pas sur leur description si banale, de même que sur la cellulite, traduction d’une poussière tophique parsemant le tissu cellu-

laire. Le fait à retenir, c’est la participation constante des éléments conjonctifs qui fixent la cholestérine et ses semblables, et qui entrent en prolifé- ‘ation et sont l’objet de nombreuses modifications architectoniques pour remplir cette fonction de pexie des corps gras.

La MALADIE DE GAUCHER.

La maladie de Gaucher, d’abord considérée comme un cancer de la rate, jusqu’au jour où Cornil fit opposition à cette manière de voir, est une réaction réticulo-endothéliale, caractérisée par la présence dans la rate et d’une façon générale, dans tous les territoires du conjonctif, de cellules spéciales dites cellules de Gaucher, cellules conjonctives banales qui se sont rapidement transformées et adaptées à la fonction cholestérinopexique. On a réussi à établir leur relation avec les troubles métaboliques encore mal élucidés dont l’hypercholestérinémie est une des caractéristiques. Bovaird en 1900, Schlagenhauffer en 1907, ont montré que la maladie de Gaucher répond à une hyperplasie systématique de tous Ies tissus réticulés de l’organisme. Marchand, en 1907, montre que l'hypertrophie du cytoplasme cellulaire relève d’une infiltration par une substance hétérogène, et Epstein et Lieb en 1924 ont montré que cette substance est un composé lipoprotéique-phosphatide accouplé à de la kératine. Pratiquement, nous devons retenir que la maladie de Gaucher répond à un trouble du métabolisme des lipoïdes, et que la grosse rate tra-

duit l’infiltration profonde du système réticuloendothélial par un produit né de ce métabolisme altéré. Il est utile à ce sujet de consulter les mémoires d'Oberling, d'Oberling et Woringer qui apportent des précisions remarquables sur la maladie de Gaucher chez l'adulte et le nourrisson. Différents points sont à relever : Pinfiltration splénique par les cellules de Gaucher occupe les cordons de Billroth et les corpuscules de Malpighi, tandis que les sinus sont plus ou moins respectés. C’est donc surtout la portion réticulaire du système qui est altérée. Le réticulum normal persistant se réduit à des fibres, dont l’ensemble forme des traits parallèles et prend un aspect grillagé. Les cellules endothéliales ne sont pas toutes indemnes : certaines s’infiltrent, se transforment en celules de Gaucher et tombent dans les sinus. Cette transformation réticulaire peut être totale. Elle peut évoluer vers la formation de foyers alvéolaires en apparence. On doit, en définitive, regarder la maladie de Gaucher comme une affection systématisée du tissu conjonctif réticulo-endothélial, dépassant le cadre des splénomégalies ordinaires. C’est une réticulo-endothéliose généralisée, dans laquelle non seulement le tissu splénique, mais encore le tissu Iymphoiïde, le tissu myéloïde, le tissu mésenchymateux entier, réagissent. C’est ainsi que l’on a pu observer des formes à localisations multiples, hépatique, osseuse, ganglionnaire, pulmonaire, ete. Une observation récente de Merklen, Waitz et Warter, en 1933, nous montre une forme pulmonaire avec des cellules de Gaucher dans l’expectoration, avec des foyers

osseux multiples. Enfin, presque toujours chez le nourisson il y a atrophie progressive des cellules pyramidales de Ja substance grise, dûe probablement à une question d’électivité avec les réactions locales du système, ou peut-être à ce que ces subsiances lipo-phosphatées n'arrivent plus à se fixer sur les cellules qui les fixent en temps normal, les cellules nerveuses. On ne constate jamais ce fait chez l'adulte.

Cliniquement, la maladie de Gaucher est une affection familiale parfois, à évolution très lente, se manifestant par des troubles dyspeptiques, du subictère passager, des hémorragies sous forme de saignements de nez, de melœna, de purpura. A l’autopsie, on trouve une rate très grosse, à surface lisse, tendue, à parenchyme pâle et homogène. Le foie est gros, dur, souvent scléreux. Microscopiquement les corpuscules de Malpighi sont atrophiés par les cellules de Gaucher, au point de ne plus être reconnaissables. Dans la pulpe rouge, on reconnaît des alvéoles remplies de cellules de Gaucher, histiocytes infiltrés de substances lipoïdiques, et que les auteurs du début, Gaucher, Ramond, Picon, avaient prises pour des cellules épithéliomateuses -en raison de l’aspect de leur novau et de la rapidité de leur développement. Les travaux ultérieurs, à la suite de Cornil, ont rectifié l'erreur : les cellules de Gaucher ne sont nullement des cellules cancéreuses. Ce sont des cellules conjonctives évoluées, nées sur place ou venues d’ailleurs, contenant en leur cytoplasme des vacuoles chargées d’un lipoïde phosphoré. Les travaux de Josselin de Jong, de

Siegenbeck Van Heukelom, de Siegmund, sont formels à ce point de vue. Il existe une relation étroite entre l’apparition de ces cellules conjonctives transformées et l’état des humeurs : l’hypercholestérinémie est constante, atteignant souvent 2 g. 50, 3 g., 3 g. 50 et davantage. On cite cependant certains cas où le taux de la cholestérine peut baisser au-dessous de la normale : dans ces cas, la réaction cellulaire aurait dépassé son but.

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