LA DÉFENSE INTÉGRALE
Les exemples d’immunité naturelle sont nom-.
breux. On peut les ramener à des cas d’espèce, de race, d’individu, d'âge, de profession. Certaines maladies des animaux ne sont en aucune manière transmissibles à l’homme et inversement : c’est ainsi que la clavelée des moutons n’a jamais atteint un homme, comme si l'organisme humain était si différent de l'organisme ovin que le germe ne puisse s’y développer. Mais les différences s’observent aussi entre les animaux de même race : les moutons algériens sont réfractaires au charbon et les moutons de Bretagne à la clavelée. On observe des faits semblables parmi les hommes : les nègres sont réfractaires à la fièvre jaune, dit-on, et même dans les pays où la maladie est endémique, on a coutume de dire qu’une goutte de sang noir est le meilleur des préservatifs. Il existe aussi des immunités individuelles : comment expliquer autrement le fait que, au cours de certaines épidémies très sévères de caserne ou d'école, certains individus échap-
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pent au contage ? L'âge intervient également : on n'a jamais vu un vicillard atteint de teigne, et il serait bien exceptionnel qu’un nourrisson présentàt un rhumatisme articulaire aigu. Enfin, certaines immunités personnelles sont absolument irréducübles, telle l’immunité fréquente des médecins ou de tous ceux qui soignent les malades à l'égard des maladies épidémiques. Ce sont là des organismes réfractaires qui se défendent bien, et l’on pourrait croire qu’il s’agit d’une immunité innée, statique, si des faits nombreux ne venaient nous montrer que cette résistance à la maladie est très relative. En effet, on connaît un certain nombre d’influences déprimant l’immunité naturelle. Le surmenage, la débilitation, le jeûne, les écarts de température, les contusions, les troubles de certains métabolismes sont souvent la cause des fléchissements de l’immunité naturelle, et Pasteur a démontré qu’en refroidissant une poule on peut lui inoculer avec succès le charbon. Nous pensons de même que pour surmonter une immunité naturelle cependant bien prononcée, il suffit souvent d'élever notablement la dose de germes inoculés, de s'adresser à des microbes à virulence extrême, ou de choisir convenablement la porte d’entrée. C’est ainsi qu’en portant le tréponème pâle sur le testicule du lapin, on peut lui inoculer la syphilis et qu’en lui faisant absorber de la bile, on peut lui faire contracter la fièvre typhoïde. Dans ces derniers cas, on a vaincu l’état réfractaire local, sur lequel nous aurons à revenir.
En analysant ces cas de fléchissement de limmunité naturelle, on se rend compte en partie du
mécanisme de cette immunité. Il ne s’agit absolument pas d’un état réfractaire inné, d’une incompatibilité absolue entre lorganisme et le germe, mais bien d’une immunité dûe à la mise en jeu d'un certain nombre de facteurs biologiques. On peut considérer que les animaux en général, et l’homme à un degré extrême, possèdent des proces-. sus de défense superposés, de telle sorte que toute intoxication ou infection tend à être localisée aux couches extérieures, et ne deviennent dangereuses que lorsqu'elles atteignent les organes essentiels centraux. Pour éviter cette progression centripète, une série de filtres, d'organes de défense, sont interposés. Toutes les cellules, tous les viscères participent à la lutte. La peau et les muqueuses, couches les plus externes, ont un rôle primordial dans cette fonction de protection. Ce ne sont vraïisemblablement pas les cellules épithéliales qui interviennent dans cette immunité locale, mais bien les cellules du système qui se trouvent immédiatement au-dessous, et en connexion intime avec celles, qui assurent la destruction des germes tant par phagocytose que par élaboration de ferments et d'anticorps. Elles sont d’ailleurs assistées dans cette œuvre par des phénomènes vasomoteurs qui ont pour résultat d'amener des phagocvtes sanguins et de déterminer des sécrétions qui balavent les germes. On peut de même envisager une défense du tube digestif, assurée par des sécrétions et par la présence de formations lymphoïdes sous-jacentes, une défense génito-urinaire, une défense hépatique, etc. Si les germes réussissent à franchir ces:
filtres périphériques, ils tombent dans le milieu intérieur qui n’est pas propice à leur développement, et ils se heurtent aux défenses internes assurées à la fois par les phagocytes et par certaines propriétés des humeurs, les anticorps. La mise en jeu de ces défenses est automatique. L’individu n’en a pas conscience. Le conflit est rapidement mené et reste occulte. L'organisme s'assure une victoire rapide avec un minimum de dégâts et l'infection n’a pas lieu. Cette organisation défensive, dite immunité naturelle est la conséquence d’une série de petites infractions microbiennes qui ont progressivement entraîné l’organisme. Elle peut être héréditaire. Elle exige une intégrité absolue, sinon relative du terrain, et devient défaillante dès que l’organisme est soumis à certaines épreuves telles que le surmenage ou le jeûne ou dès qu’il y a un trouble du métabolisme général, tel que ie diabète.
Ce qui est important à retenir de limmunité naturelle, c’est son caractère dynamique et non statique, c’est la mise en jeu à tout instant d’un complexe défensif dont nous aurons à envisager
les composants.