OBSERVATION V
Turrier (Société de chirurgie, séance du 28 février 1900), p. 242.
Homme de 29 ans, s’étant toujours bien porté jusqu’en février 1899. A cette époque, il fut pris d’une angine qui dura 15 jours, puis brusquement, 15 jours après son angine, d’un point de côté violent, au niveau du mamelon droit avec quintes de toux, vomissements, expectoration grisàtre abondante, fièvre.
Il entre aussitôt à l'hôpital, où on le soigne pendant six semaines, et d’où il sort en apparence guéri. Il est obligé d’y rentrer en juin, à la suite d’une hémoptysie assez abondante.
M. Muselier qui l’a reçu dans son service, le soigne et l’observe pendant deux mois. Il finit par porter le diagnostic de pleurésie interlobaire probable, et m'adresse le malade pour que j'intervienne chirurgicalement. J’ajouterai qu’en août ce dernier a eu une vomique, et que depuis ce moment, il crache environ 3/4 de litre de pus par jour. À son arrivée dans mon service, il me semble tellement cachectique que je décide d’attendre pour l’opérer, que son état général soit remonté. D’ailleurs, les signes physiques sont assez peu accusés, et ne me permettent pas de localiser les lésions.
Je renvoie donc le malade chez lui, avec un traitement. Il me
revient le 23 novembre, en déclarant, que depuis quinze jours il va moins bien qu'auparavant : la toux a augmenté, l’expectoration également ; les crachats plus abondants le matin sont fétides. Néanmoins l’état général est meilleur ; le malade a engraissé. À l’inspection le thorax ne présente rien d’anormal. La percussion permet de limiter à droite et en arrière, entre la colonne vertébrale et la ligne axillaire postérieure d’une part, entre une ligne horizontale passant par la cinquième vertèbre dorsale et une autre horizontale passant par la neuvième vertèbre dorsale d’autre part, une zone de submatité où l’auscultation révèle une diminution très notable du murmure vésiculaire, des frottements dont le maximum se trouve au niveau de l’angle inférieur de l’omoplate. Il n’y a ni égophonie, ni pectoriloquie aphone.
Malgré des examens répétés, on n’a jamais pu percevoir des signes cavitaires. La radiographie n’est pas d'accord avec les signes stéthoscopiques, pour la localisation du siège des lésions : elle semble les localiser plus bas, vers la base du poumon.
Néanmoins, à l’opération, qui eut lieu le 28 novembre 1899, je me guidai sur les indications stéthoscopiques, et je pratiquai une incision parallèle à la huitième côte. Après avoir réséqué cette côte, je ne trouvai plus rien. Je réséquai alors ‘la neuvième côte, et dans la région d'ombre maxima indiquée par la radiographie, je trouvai une plèvre adhérente et un poumon sclérosé, dur. J’incisai le tissu pulmonaire au point où il me parut offrir le plus de consistance, et je tombaïi ainsi, à une profondeur d’un peu plus d’un centimètre, sur une petite cavité irrégulière du volume d’une noix. Aussitôt, le malade qu’on n’avait pas mis avec intention en état de narcose complète, évacua par
la bouche, des crachats purulents mélangés de sang. Le doigt
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introduit dans l’incision me permit de constater, que j'avais ouvert une bronche, et que la premiére cavité se continuait, avec une série de dilatations ampullaires plus petites. J'avais donc affaire à des ec{asies bronchiques multiples. Je draînai avec des mèches, et je refermai partiellement la plaie cutanée, par des points de suture. Les suites opératoires n'ont rien présenté
de bien particulier.
Au 1er février 1900, le malade n'avait plus de fièvre, ne toussait plus, ne! crachait plus. A l’auscultation, il y avait encore une légère diminution du murmure vésiculaire ; à la percussion
une légère submatité.
La radiographie indiquait une zone beaucoup plus claire, au niveau du siège des anciennes lésions. J’envoyai le malade à . \ We = . .
Vincennes, d’où il m'est revenu ces jours derniers, avec une
plaie complètement fermée.