OBSERVATION VI
Turrier. — Société de Chirurgie, séance du 21 mars 1906, p. 356
Jeune homme de 28 ans, entré, le 31 janvier 1900, dans mon
service de Beaujon, pour une expectoration fétide et chronique.
A l’âge de 7 ans, il eut une pneumonie ; en octobre 1903, il eut. une pleurésie gauche métapneumonique. En juillet 1904, à la suite d’une nouvelle pleurésie diagnostiquée interlobaire, une vomique donna issue à plusieurs verres du pus, et depuis cette époque, il est atteint d’une expectoration fétide, d’abondance variable ; en septembre 1905, hémoptysie, et une nouvelle congestion pulmonaire gauche assez grave. L’expectoration est plus abondante, et a lieu pendant les quintes de toux, surtout
accentuées dès que le malade se couche à gauche.
Actuellement, il rend environ 300 grammes de pus par jour,
la toux est fréquente et quinteuse.
Il est très amaigri, émacié, avec une fièvre vespérale de 38 4 en moyenne; il présente la déformation hippocratique des phalanges.
Tout le côté gauche du thorax est rétracté, le cœur bat dans le troisième espace intercostal gauche, sur la ligne axillaire.
La matité est complète, de la moitié de la hauteur de l’omoplate jusqu’à la base; le sommet est sonore, les vibrations thoraciques sont exagérées dans toute l'étendue de la matité. Le murmure vésiculaire est très affaibli dans toute cette région”
Dans le 1/3 moyen du poumon, il existe un souffle amphorique
et un retentissement de la voix très nets. La radiographie
montre une obscurité qui s'étend depuis l’ombre normale du cœur jusqu'à la base gauche du thorax. Les trois premiers espaces intercostaux sont translucides. i
Opération le 3 février : Résection sur la ligne axillaire des septième et huitième côtes dans l’étendue d'environ huit centimètres, affleurant la pointe de l’omoplate relevée. La plèvre adhérente est incisée. le poumon sous-jacent est fibreux et crie sous le bistouri. À une profondeur de trois centimètres ne trouvant aucune cavité, je ponctionne dans divers sens avec une aiguille à rachis, sans résultat. Débridant alors en arrière, dans un point qui me paraissait plus dur. j'ouvre une petite cavité du volume de la dernière phalange du pouce et ne contenant pas de pus (au début de l’anesthésie, le malade a eu, comme cela est fréquent, une vomique considérable). Drainage par une mèche et un drain.
Les suites opératoires ont été remarquables. La température est tombée à 375 pour ne plus remonter. L'expectoration est
nulle, sauf quelques crachats hémoptoïques le premier jour,
L'appétit est revenu. Suppression définitive du drainage :
fin de février.
OBSERVATION VII (Résumée)
Brer in Quincke. Uber pneumotomie bei phtisie. Meitteil ans den Grenzgeb. d. med. u. Ch. 1896, I. 241).
I] s’agissait d’un jeune homme de 26 ans, tuberculeux depuis 4 ans, présentant une caverne spacieuse du côté droit, et ayant des hémoptysies graves subintrantes.
Résection des 2e et 3e côtes depuis la coracoïde jusqu’au sternum, sans détruire le périoste et sans ouvrir la caverne.
Guérison opératoire en 10 jours.
Le thorax se déprima au niveau de la résection. Les symptômes cavitaires, la toux et l’expectoration diminuèrent.
Augmentation de poids.
10 mois après, nouvelles hémoptysies.
Le thorax avait repris sa forme car les côtes s'étaient regénérées. 1
Une nouvelle résection étendue aux 2e, 3e, 4e, 5e côtes, avec ouverture de la caverne, fut suivie de mort par emphysème sous-cutané et asphyxie. | ;
Autopsie. Deux cavernes : l’une, l’ancienne fibreuse, guérie
partiellement par la 1re intervention ; l’autre, récente.