CHAPITRE I
Symptomatologie et diagnostic. ..
Les cavités suppurées du poumon ont des symptômes aussi variables que leur volume et leur nombre, leur Sisge et leurs rapports, leur nature et leur évolution.
« Si dans certains cas, on peut soupconner l'existence d'abcès pulmonaire, on n'est en droit de l’affirmer que lorsque l'apparition d’une vomique ou d’un pyopneumothorax en apporte la preuve.
Les abcès pyémiques se présentent avec de la dyspnée, de la toux et des douleurs intrathoraciques.
Les abcès migrateurs peuvent être soupçonnés si l’on a reconnu la lésion de voisinage dont ils dérivent, et si dans le cours de l’affection, il se développe un syndrome pleuropulmonaire, caractérisé par de la douleur localisée, de la toux, de la dyspnée, de la fièvre.
Les abcès pneumoniques sont révélés par le caractère incomplet de la défervescence fébrile, au déclin de la pneumonie ; la courbe thermique prend alors le type oscillatoire de la suppuration. L'expectoration après avoir diminué, augmente et aboutit à la vomique.
L'abcès broncho-pneumonique a des symptômes beaucoup plus obscurs ; la vomique est fort rare, peu abon-
dante et fractionnée dans son débit.
Lorsque l'abcès est consécutif à un corps étranger des
voies aériennes, la notion des antécédents, les symptômes physiques et fonctionnels, mettent sur la voie du diagnostic. (1) »
Dans presque tous les cas, état général mauvais, amaigrissement, toux continuelle, paroxystique surtout la nuit, sueurs nocturnes, température oscillant entre 38° et 40°.
Au début, le malade a eu, le plus souvent, un point de côté persistant parfois plusieurs jours. | . A l'inspection du thorax, on remarque souvent que l’un
des côtés est plus bombé que l’autre, que de ce côté les
mouvements d'ampliation semblent diminués, enfin, que dans quelques cas, un des espaces intercostaux présente une voussure.
A la palpation, on trouve parfois, dans un endroit bien limité, l'absence de vibrations thoraciques.
Percutons en cé point : nous trouvons de la matité ou du tympanisme suivant l’état de réplétion de la cavité.
A l’auscultation nous aurons un léger murmure vésiculaire ou de la respiration bronchiale, suivant que le malade aura ou n'aura pas eu de vomique, si son abcès communique avec les bronches.
Mais le plus souvent on ne note que de la matité en un point et l’auscultation peut donner des symptômes très variables, symptômes qui sont ceux de toute cavité
pulmonaire.
S'il y a vomique, celle-ci est fétide. Ce symptôme
(1) Dupré. Manuel de Médecine.
2e DNS
rapproche l'abcès du poumon de la gangrène pulmonaire. Mais l'examen microscopique ne décèle que du pus et des détritus de parenchyme pulmonaire. Le pus est le plus souvent phlegmoneux, parfois strié de sang, comme dans la pleurésie interlobaire. Dans tous les cas, il faudra pratiquer l'examen bactériologique.
Au début la pleurésie interlobaire est très difficile à diagnostiquer : point de côté, fièvre, toux, râles et souffle et souvent rien de plus. A la période d'état, c'est-à-dire vers le 10° ou 12° jour, le liquide accumulé dans la scissure interlobaire, est suffisamment abondant pour fournir certains symptômes plus nets. À la percussion on note une zone mate comme suspendue entre deux régions plus sonores, soit vers la partie moyenne et postérieure du thorax, soit dans l’aisselle. I] y a parfois des hémoptysies.
Le symptôme le plus important est la vomique. Cette vomique est plus tardive que celle des abcès pulmonaires; elle est souvent précédée d’une fétidité spéciale de lhaleine. Le pus est rendu « par petites gorgées », par crachats, si bien que faute d'attention la vomique, dans quelques cas, pourrait passer inaperçue et être prise pour une simple bronchorrée.
La dilatation bronchique succède, en général, à une broncho-pneumonie aiguë, à la coqueluche, à la rougeole.
Entre la maladie initiale et l’apparition des signes d’ectasie bronchique, il y a parfois une longue période, pendant laquelle il semble que le malade n’est atteint que
d’un simple catarrhe chronique. Le symptôme qui met sur
la voie du diagnostic c’est l'abondance de l’expectoration, véritable vomique qui se reproduit toutes les fois que le pus s’est accumulé, en certaine quantité, dans la cavité.
L’expectoration laissée au repos se dépose en plusieurs couches : à la profondeur, une couche puriforme, épaisse, verdâtre ; au-dessus, une couche de mucus assez fluide ; au-dessus encore, une couche de mucus avec des filaments purulents; enfin à la surface, une couche spumeuse, aérée, recouvre le tout.
L'expectoration ne présente pas toujours ces caractères ; elle peut simuler celle des phtisiques. De plus un élément nouveau peut venir encore en modifier l'aspect : la décomposition putride. On note alors une fétidité toute spéciale.
Le microscope décèle des cristaux d'acides gras, de leucine, de tyrosine, des aiguilles de margarine; on peut trouver enfin des fibres élastiques.
L'hémoptysie s'observe fréquemment.
Les signes physiques que l’on peut trouver sont ceux que l’on constate dans tous les cas, où une cavité s’est développée dans le tissu pulmonaire. Ces signes cavitaires n'ont rien de pathognomonique.
Dans les autres régions, on trouve des signes de catarrhe bronchique, de sclérose pulmonaire (respiration
bronchiale et souffle), parfois de l’emphysème.
La gangrène pulmonaire n’a pas toujours des symp-
tômes bien nets, à part les caractères de l’expectoration et
les renseignements fournis par l'examen microscopique.
L'expectoration portée sous le microscope montre des débris
de tissu pulmonaire avec du tissu élastique mal dissocié.
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