CHAPITRE V
De quelques complications
et de leur traitement
Il nous semble maintenant intéressant d’insister un peu plus particulièrement sur quelques difficultés ou complications qui peuvent se présenter avant, pendant, ou après l'intervention.
Nous envisagerons tout d’abord la difficulté qui peut survenir dans la recherche des testicules. Il arrive fort souvent, en effet, que ces organes profondément enfouis au milieu de la masse éléphantiasique, ou que celle-ci étant plus fortement sclérosée, indurée, il soit impossible de sentir les testicules, et par conséquent, d’aller commodément à leur recherche. Le plus souvent cependant, on peut arriver à déterminer par la méthode du pincement la situation de ces organes dont la sensibilité à la pression est tout à fait caractéristique. Souvent il arrive que les testicules soient descendus très bas, fixés par d’épais trousseaux fibreux ; le cordon subit alors un allongement considérable. Mais dans tous ces cas le testicule est en général resté sain, quelquefois simplement atrophié, aussi est-il bien rare que l’on soit amené à le sacrifier, et ne devra-t-on s’y résoudre
qu’à la dernière limite, tenant du reste surtout grand comple de l’âge du sujet.
La difficulté de cette recherche fait comprendre que de nombreux auteurs, ainsi que notre Maître M. le Professeur Guyot, la pratiqué dans Popération relatée plus haut, aient préféré aller d'emblée à la recherche de ces organes. On a recommandé alors pour dégager la glande, de se guider sur le cordon que l’on ira tout d’abord rechercher à sa partie supérieure près des anneaux inguinaux, alors qu’il est assez superficiel; on reconnaîtra le funicule aux grosses veines bleuâtres qui l’accompagnent. On lisolera tout autour de sa gangue fibreuse, et on continuera la libération de haut en bas jusqu’à ce que lon ait dépassé le testicule.
Üne autre complication très utile à diagnostiquer avant l'acte opératoire, est la présence d’une hernie inguinale, ayant son siège au milieu de la tumeur scrotale. Assez souvent le diagnostic en peut être fait, mais il faut cependant toujours se tenir sur ses gardes et agir prudemment dans ses incisions. Si en cours d'intervention on tombe sur une hernie, on la réduit, on résèque le sac et on ferme la paroi suivant le procédé ordinaire. Mais si le diagnostie a pu être fait d’une façon précoce, la majorité des auteurs préconisent l’intervention en deux temps. Dans un premier acte opératoire, on fait au malade la cure radicale de sa hernie, et après complète cicatrisation dans un deuxième temps, on pratique lPablation de la tumeur scrotale, Cette manière d’agir nous semble la plus raisonnable, et Florence dit à ce sujet: (1) « Après une intervention comme l’oschéotomie, on ne peut, quelque propreté que l’on ücbserve escompter, comme certaine, la réunion immédiate, il ne faudrait donc pas s’exposer à infecter la séreuse péritoncale, » Le même auteur conseille, lorsque dans un premier temps on pratique la cure radicale de la hernie, de
(1) Florence, Province Médicale. Paris 1909.
toucher le moins possible au scrotum et d’inciser uniquement sur l’abdomen. D’autres auteurs par contre, ne voient pas d’inconvénients à ce que l’on pratique ces deux opérations dans un seul temps.
C’est aussi la crainte de la présence d’une hernie qui a beaucoup contribué à l'abandon de la méthode de Partridge où de l’hémostase préventive, car on craignait dans le cas de hernie l’étranglement des anses intestinales incluses dans la tumeur.
Nous signalerons également deux complications beau- COUp moins importantes.
1° La présence d’un varicocèle, et dans ce cas il suffira d’exciser entre une double ligature les paquets variqueux.
2° La présence d’une hydrocèle vaginale, complication très fréquente, pour ne pas dire habituelle ; du reste, tous les chirurgiens ont pris l'habitude de retourner où même mieux d’exciser la vaginale, qu’il y ait ou non présence d’'hydrocèle.
Nous ne citerons qu’en passant la crainte de l’hémorragie devenue illusoire aujourd’hui, tout en recommandant cependant une hémostase soignée. On a vu, en effet, dans ces tumeurs des veines du calibre d’une veine cave, et l’hémostase doit toujours en pareil cas être faite très minutieusement.
A côté des hémorragies, il faut signaler au cours de ces interventions d’abondants écoulements de lymphe qui ne constituent pas à proprement parler une complication.
Nous ne craignons pas non plus l'infection qui fut si redoutée de nos pères, grâce à l’asepsie,on ne la connaît plus. Nous avons assez insisté plus haut sur l'intérêt qu’il y a à ne pas opérer un individu en poussée aiguë, pour ne pas y revenir ici.
Nous citerons pour mémoire qu’il a été rapporté quel-
ques cas de tétanos à la suite d’oschéotomies, et qu’on aurait même observé deux ou trois cas de mort subite.
Nous ne considérerons pas comme une complication la rétention d'urine assez habituelle les premiers jours qui suivent l'intervention ; quelques chirurgiens laissent une sonde à demeure, d’autres ne croient pas cette précaution indispensable. Mais, nous croyons pouvoir conseiller, ainsi que plusieurs auteurs le recommandent, de faire prendre à l’opéré pendant quelques jours des anaphrodisiaques, tels que le bromure de camphre, afin d’éviter les érections assez. habituelles les premiers jours, et qui risquent de compromettre le résultat de l'intervention.