‹ Contribution à l'étude du traitement chirurgical de l'Éléphantiasis du ScrotumChapitre 8 sur 16 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Traitement médical et son historique

Tout ce que nous avons dit jusqu'à maintenant peut s'appliquer à toutes les localisations éléphantiasiques que l’on est susceptible de rencontrer chez l’homme ; il en sera du reste un peu de même pour tout ce qui comprendra le traitement médical! de cette affection ; par contre, très différentes seront les méthodes chirurgicales employées quand la poussée éléphantiasique se sera localisée aux organes génitaux externes de l’homme.

Si haut que nous puissions remonter dans les études faites sur l’éléphantiasis génital chez l’homme, nous voyons la préoccupation des médecins pour chercher à débarrasser Jeurs clients de ce terrible mal. Si, en effet, l’éléphantiasis scrotal, qui est une maladie à poussées évolutives plus ou moins rapprochées, est rarement une cause de mort pour l'individu atteint, elle reste par contre, pour lui, une terrible infirmité. Infirmité d'autant plus grave qu’elle a une évolution lente, continue, avec une tendance à un accroissement indéfini. Et sans parler des complications infectieuses qui peuvent emporter le malade, il ne faut pas perdre de vue que cet homme, atteint d’un volumineux éléphantiasis scrotal, qui a, par conséquent, le plus sou-

vent perdu sa vie génitale, et est devenu un impotent auquel tout travail est rendu impossible, va être conduit vers un état de marasme, dont il ne pourra se relever. Donc, un double but à atteindre : rendre au malade la possibilité d'exercer ses fonctions génitales, et d'autre part supprimer cet empêchement à une activité normale, que constitue la tumeur scrotale.

Déjà Rhazès, médecin arabe, conseillait le repos au lit, la diète et insistait sur l’usage des vomitifs répétés. La saignée, les épisthèmes, préparés avec l’aloès, la myrrhe, l’accacia sont autant de moyens qu’il recommande souvent. Mais, on le voit se rapprocher beaucoup plus des traitements modernes, quand il préconise l’application d’un bandage compressif. Il déclare du reste, nous dit Le Siner dans sa thèse, que si cette maladie est incurable après une longue durée, elle peut guérir ou tout au moins se stabiliser, si elle est prise et traitée dès son commencement.

En Egypte, nous voyons appliquer plutôt les moyens locaux : le feu, les caustiques, les incisions, les setons mèêmes ; toutes choses que Larrey condamnera pour affirmer l'indication absolue de l'intervention chirurgicale.

Puis, avec les notions étiologiques et pathogéniques, nous voyons entrer en action des moyens thérapeutiques plus savants. Un traitement prophylactique est essayé. Il consiste, tout d’abord, à faire émigrer le sujet menacé par léléphantiasis. Labat et Godard préconisent ce moyen en 1867. En même temps, on interdit tout usage des eaux douteuses, tant comme eau de boisson que comme eau de toilette, à moins qu’on ne les ait fait bouillir. Les auteurs recommandent d’avoir surtout une habitation confortable et une alimentation saine et abondante.

Si nous avançons vers l’époque contemporaine, nous trouvons alors une véritable débauche de médicaments que l’on essaye tour à tour ; c’est dire que les effets curateurs demandés n’ont guère dû être satisfaisants.

C’est ainsi que nous verrons utiliser vainement les arsenicaux, l’iodure de fer, l’ergotine, la belladone, la digitale, le soufre, les antimoniaux, l’eau aciduléé avec l’acide sulfurique. Larrey père préconise l’iodure de potassium à doses graduces, Dubruel donne le perchlorure de fer à doses assez élevées : 60 à 80 gouttes par jour. On traite, ce qui est logique, les syphilitiques par le mercure et on donne le sulfate de quinine aux paludéens. Mais il faut bien rccennaître que l’on ne retire de l'emploi de toutes ces substances que des effets douteux et en tous cas insuffisants.

Tout autre est le traitement qui correspond à la période d’invasion de léléphantiasis, à la poussée Iymphangitique. À ce stade, où toute intervention est contre-indiquée, puisque l’on devrait opérer en milieu infecté, l’indication thérapeutique sera d’instituer le traitement habitucl de la poussée lymphangitique pour la juguler, ou tout au moins pour la limiter.

C’est dans ce but que nous voyons employer les pulvérisations antiseptiques avec des antiseptiques faibles, les compresses alcoolisées, ou imbibées d’une solution de sulfate de magnésie, les badigeonnages répétés avec des solutions d’ichtyol au dixième ou au cinquième, les applications de collodion riciné, ete.... |

Il sera bon en même temps de veiller aux fonctions intestinales du malade et de le mettre quelques jours au régime lacté, pour ensuite lui administrer des toniques, le traitant en quelque sorte comme un malade atteint d’une poussée érysipélateuse, à laquelle nous assimilons notre poussée éléphantiasique. Nous ne reviendrons pas ici sur la médication spécifique sérothérapique, dont nous avons déjà dit un mot plus haut ; elle nous semblerait très indiquée à se stade de la maladie.

Passons à un stade plus avancé de l’affection, c’est-àdire à celui où déjà, après quelques poussées lymphangitiques, nous avons à faire à un éléphantiasis scrotal confir-

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mé, mais encore récent. Les nombreuses méthodes employées vont nous servir du reste de trait d'union entre les méthodes purement médicales et les méthodes chirurgicales que nous nous proposons d'étudier ensuite.

Nous voyons alors appliquer les scarifications linéaires, les mouchetures, moyens qui semblent dangereux, ar ils vont facilement créer des portes d'entrée aux germes pathogènes. Moins dangereux, mais pas plus efficaces nous semblent le massage et les bains de vapeur.

Beaucoup plus efficace sera la compression élastique ; malheureusement elle est très délicate à établir sur un scrotum éléphantiasique. L’ingéniosité des chirurgiens a tenté de remédier à cet inconvénient par l’usage de suspensoirs compresseurs tels que le modèle d’Hamonie.

Une autre méthode a depuis longtemps été mise en honneur, c’est l'application de courants électriques, soit galvaniques, soit faradiques ; lélectrolyse a également été employée. Nous citerons, à ce sujet, les noms de Moncorvo et Silva Aranjo, qui auraient obtenu de bons résultats.

Ces deux derniers modes de traitement, compression élastique et électricité, ont, du reste, été réunis pour un même traitement avec assez de succès.

Nous avons même trouvé relaté par MM. Desjardin et Dominici, l'emploi du radium sur les tumeurs éléphantiasiques.

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