CHAPITRE III
Traitement chirurgical et son historique
Ces quelques considérations sur le traitement médical de léléphantiasis du scrotum étant données, nous enirerons dans le vif de notre sujet : le traitement chirurgical de cette affection.
Nous commencerons par dire quelques mots d’une opération, qui, abandonnée aujourd’hui, a été utilisée à plusieurs reprises et plus particulièrement par les chirurgiens anglais ; nous voulons parler de la ligature de Partère spermatique. Ce procédé est imité de celui qui, dans les cas d’éléphantiasis des membres consiste à lier l'artère principale du membre atteint.
Malgré les deux tentatives de Harvey et de Fayrer, qui auraient été couronnées de succès, nous ne saurions préconiser cette méthode, difficile à comprendre du reste, si nous nous souvenons que le scrotum reçoit son irrigation de branches artérielles différentes, mais à rameaux communicants largement entre eux. Les honteuses internes viennent, en effet, de l’hypogastrique, et les honteuses externes de la fémorale dans son tiers supérieur. De plus, ainsi que le fait remarquer Le Siner, dans sa thèse, de la ligature de la spermatique doit , en tout cas, résulter
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l'atrophie des testicules et la perte des fonctions génitales, ce qui ne nous semble pas particulièrement être le résultat désiré.
Cette intervention, néanmoins, se comprend mieux si nous voyons quelles étaient les craintes des chirurgiens de la première moitié du XIX° siècle, touchant la seule opération admise de nos jours : la résection du scrotum ou oschéotomie. Les chirurgiens de cette époque qui devaient opérer sans le concours d’anesthésie craignaient dans une intervention de cette envergure l’hémorragie mortelle, et redoutaient comme suite l’infection.
Ils avaient, également une grande méfiance à l’égard de cette opération radicale, car ils craignaient une généralisation post-opé atoire. Il a été démontré, par la suite, que ce n’était là qu’une vaine terreur et qu’il était exceptionnel que léléphantiasis du scrotum se généralisat secondairement. Et, si nous pouvons voir Velpeau recommander de n'intervenir que si le mal est exactement localisé, si l’on peut inciser en peau saine; tout autre est l'opinion de Voillemier et de ses successeurs qui ne voient pas là une contre-indication aussi absolue à l'intervention.
Aujourd'hui, la question est entrée dans une voie . nouvelle, en même temps que la chirurgie se transformait, grace à l’usage de lanesthésie générale, à l’emploi des pinces hémostatiques à forcipressure, à la pratique de l’'asepsie. Le chirurgien ne craint pas la iongueur de intervention, lhémorragie foudroyante et l'infection secondaire. Dans de telles conditions la résection du serotum est devenue et reste encore la méthode tie choix, la seule ‘apable d'amener une guérison prompte et complète.
Débarrasser le malade d’une infirmité horriblement génante, incurable autrement, même au prix d’une ablation en masse où l’on ne tentait pas de conserver les organes génitaux ; voici pour commencer ce que fut cette opération. Nous la trouvons pratiquée en France pour la pre-
mière fois par Raymondon, chirurgien à Castries en Albigcois ; sans succès d’ailleurs, puisque l’opéré mourut six heures après l'intervention. En Angleterre on cite les interventions identiques de Hales, de Delorme, mais tous ces chirurgiens n’ont pas laissé de mémoires précis sur les opérations pratiquées.
C’est au début du siècle que Earrey père rapporte d'Egypte les premières observations de ce qu’il appelle le sarcocèle charnu, et qu’il relate quelques opérations tentées pour y remédier ; mais encore les organes génitaux sont sacrifiés.
On s’aperçoit cependant que le plus souvent il existe une intégrité absolue des glandes seminales, et dès lors tous les efforts des chirurgiens vont tendre vers la conserralion de ces précieux organes. Tout en conservant les teslicules, retrancher l'excédent de volume du scrotum, tel est le principe général de l’oschéotomie.
Nous ne pouvons ici que mentionner quelques noms de chirurgiens qui pratiquèrent cette intervention : Roux, Tillez, Wilhes, Delpech, Liston, A. Key, Goodere, Guetani, Pruner, Velpeau, Amaral, etc... Quelques chirurgiens, tels que Alard, considèrent toujours cette opération comme dangcreuse.
C’est alors que nous trouvons les remarquables travaux de Clot Bey ; les articles de dictionnaire de Rayer et de Cazenave. Et depuis, combien d’articles de nos médecins coloniaux, en particulier, sont venu orner la littérature médicale sur ce sujet.
Nous citerons cependant, touchant l’éléphantiasis du scrotum ou son traitement, les thèses suivantes : Ali Bey, Paris 1869 ; Morin, Paris 1885 ; Le Siner, Paris 1887 ; Canet, Paris 1904, et enfin Blandin, Bordeaux 1908.
A côté des auteurs et chirurgiens français, nous ne devons pas oublier les travaux des chirurgiens anglais, dont
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les statistiques très importantes ont servi à démontrer la bénignité de cette intervention. Nous ne citerons que les deux statistiques suivantes qui sont fort suggestives.
Esdailles, chirurgien de Calcutta, qui avec 160 interventions compte un pourcentage de cinq décès.
Fayrer, également de Calcutta, qui apporte 193 interventions dont 158 suivies de guérison.
On doit également mentionner les travaux de Turner et de Partridge, dont le procédé avec hémostase préventive lui aurait donné des résultats excellents ; il accuse une mortalité de 3 % seulement.
On s’est aussi beaucoup occupé de cette question en Italie, en Allemagne, et en Amérique, plus particulièrement en Amérique du Sud où les cas observés semblent assez nombreux.
Avant d'entreprendre la description de l'intervention chirurgicale, dite oschéotomie, nous croyons bon, pour en expliquer certaines particularité, d’avoir recours à quelques explications sur le mécanisme de la déformation éléphantiasique du scrotum, que lanatomie nous aidera à comprendre.
Un fait anatomique domine tout ce mécanisme : c’est la fixité de la verge, et ce grâce à la présence du puissant ligament suspenseur de la verge, dont les parties organiques essentielles, urètre, corps caverneux et spongieux, sont renfermées dans une gaîne absolument fixe, le dartos penien, qui continue le dartos scrotal.
Tous les auteurs insistent beaucoup sur ce point, qui nous explique que ni la longueur, ni les rapports généraux de la verge ne varient, et que c’est seule la position du fourreau qui se modifie suivant le degré de la déformation éléphantiasique. Aussi, aurons-nous toujours un excellent point de repère avec le gland, qui restera à sa place normale, même dans les cas où la verge étant complètement