‹ Contribution à l'Étude du Traitement Chirurgical Des Vertiges labyrinthiquesChapitre 21 sur 26 · TECHNIQUE OPÉRATOIRE · texte numérisé non relu

TECHNIQUE OPÉRATOIRE

Dans les labyrinthites suppurées, où la menace est grande pour les méninges, il faut de toute nécessité, ouvrir une large voie au pus. C’est là le but essentiel de la trépanation de l'O. I. De là, sont nées de délicates opérations « impliquant une large exposition des cavités du labyrinthe, laquelle ne peut être obtenue que par deux larges ouvertures, l’une antérieure ou antéfaciale qui réunit en unejseule brèche les deux fenêtres ovale et ronde, l’autre, postérieure ou rétro-faciale qui intéresse à la fois les canaux semi-circulaires et la paroi postérieure même du vestibule » (Hautant). Ainsi peuvent se justifier la trépanation sus-angulo-faciale de Frey et Hammerschlag, la trépanation rétro et anté-faciale d'Hautant, et aussi la labyrinthectomie de Bourguet qui se propose d'ouvrir tout le labyrinthe, notamment le labyrinthe postérieur, ouvrant pour cela, successivement, à la fraise, tous les canaux semi-circulaires.

Mais il ne s’agit pas ici de labyrinthites suppurées, partant nul besoin d’une large ouverture, nul besoin d'un drainage efficace. Ce qu’il faut réaliser, c’est la suppression physiologique du nerf vestibulaire dont l'irritation pathologique est la cause des vertiges.

Or, « de même que l'on aveugle un œil par l'évacua-

J. Durand 5

tion des liquides intra-oculaires, au cours d’une opération de cataracte mal faite, par exemple, de même on ‘aveugle l'O. I. par l'évacuation des liquides labyrinthiques» (Hautant et Ramadier (Loc. cit.). Ilse fait probablement là, grâce au changement brusque de la pression endolabyrinthique, des altérations importantes des terminaisons de la huitième paire dont l'aboutissant est la paralysie totale de ce nerf.

Sans doute Jenkins (voir l'observation rapportée plus haut) ayant trépané le canal semi-circulaire, vit chez sa malade l'audition non seulement persister, mais même s'améliorer après l'intervention. Sans doute encore Botey, dans des expériences d’avulsion de l’étrier chez des pigeons, avec ou sans conservation du périoste vestibulaire obturant la fenêtre ovale, put se convaincre que ses animaux entendaient après l'opération. Mais nous ferons remarquer que ces deux auteurs n'eurent en vue (Jenkins) ou comme résultat (Botey) que l’ouverture des espaces périlymphatiques. Or il est peut-être possible que la seule ouverture des espaces périlymphatiques n’amène pas une paralysie du nerf et puisse guérir certains vertiges. C'est là une question qui pourrait appeler de nouvelles recherches.

Mais lorsque nous parlons d'évacuation du liquide labyrinthique, c’est le liquide endo-labyrinthique que nous avons en vue. Cela ne fait aucun doute puisque comme nous allons le voir, un coup de curette ou de stylet dans l'orifice de trépanation, assurait chaque fois, dans nos interventions, la destruction du labyrinthe

membraneux.

Pour réaliser cette évacuation une simple ouverture

dans un endroit du labyrinthe facilement accessible, suffit. Or, il est deux points où l’on peut pénétrer facilement dans l'oreille interne : la région des fenêtres et la boucle du canal semi-circulaire horizontal. Et voilà deux techniques, différentes l’une de l'autre qui nous ont permis d'obtenir la mort du nerf vestibulaire.

L'une et l’autre constituent d’ailleurs un des temps de la trépanation labyrinthique, selon la technique d'Hautant, dans les labyrinthites suppurées. Aussi nous contenterons-nous de les indiquer brièvement.

I. — Ouverture du labyrinthe dans la région des fenêtres. Trépanation anté-faciale. — 1° Evidement pétro-mastoïidien (s’il n’a pas été fait antérieurement) ; 2° ablation du versant antérieur du massif du facial. On sait (1) que ce versant s’élargit de haut en bas à mesure qu'on se rapproche du plancher de la caisse. «Il forme ainsi une sorte de rideau triangulaire qui recou vre extérieurement la plus grande partie de la région de la fenêtre ronde » (Hautant). À la gouge, prudemment, procédant par petites lamelles, on abrase cette saillie et l’on découvre rapidement la fenêtre ronde. La caisse est alors très élargie ; 3 ouverture antérieure du vestibule. Avec un crochet ou une fine curette, on libère la fenêtre ovale. Ceci fait, avec une gouge de 3 millimètres placée successivement entre les pôles antérieur et postérieur des deux fenêtres, on libère le pont osseux placé entre celles-ci. Un stylet introduit par la fenêtre ovale le mobilise ; 4° Curettage de la cavité vestibulaire. Avec

Page 1