RÉSULTATS
Nous envisageons successivement les résultats opé-
ratoires et les résultats fonctionnels.
Résultats opératoires
Ils furent toujours bons ; nous n’avons jamais observé la plus légère élévation de température et nous pouvons ainsi affirmer la parfaite inocuité, au point de vue opératoire, de la trépanation de l'oreille interne.
La cicatrisation de la plaie se fit relativement très vite. Chez nos malades I, II et IV elle fut obteñue en moins de cinq semaines. Chez notre malade V, opérée le 17 octobre,la cicatrisation était complète le 25 novembre. Nos deux autres opérés, trépanés plus récemment sont en bonne voie de guérison locale. Une seule fois cependant (obs. II1) nous avons assisté à une complication qui fut d’ailleurs sans aucune conséquence. Quarante-huit heures après l'opération, apparut un écoulement de liquide céphalo-rachidien, qui, très abondant pendant deux jours, diminua peu à peu et cessa complètement six jours après son début. L'opération pourtant n'avait rien présenté d’anormal et il ne nous est pas possible
de dire à quoi attribuer cet incident. Il n’eut d’ailleurs,
- comme nous l'avons dit, aucune répercussion sur l’état
général du malade.
Résultats fonctionnels
A n'’envisager que les vertiges, ils furent toujours
favorables, entendant par là que nous vimes chaque fois la disparition de ceux-ci. Il nous semble intéres-
sant cependant, d'étudier d'un peu plus près les résultats de la trépanation labyrinthique ce qui nous permet-
tra comme nous le verrons, de conclure que cette
- intervention, dans les cas que nous avons envisagés :
r° Supprime radicalement les vertiges ;
2° N’amène aucun trouble permanent de l’équilibraion.
Ces résultats, d’ailleurs, sont assez bien connus
aujourd'hui des otologistes, et depuis que l'on pratique
- Ja trépanation labyrinthique, l’on s’est appliqué à con-
naître quelles pouvaient être les conséquences de cette intervention. Nos observations confirment daus leur
ensemble celles précédemment faites.
AUDITION. — Elle disparaît complètement. Nous nous sommes suffisamment expliqué sur ce point pour n’y point revenir.
Chez aucun de nos malades nous n’avons noté, après l'opération, l'apparition de bruits subjectifs. Aucun d’eux,
du reste, n’en présentait auparavant.On sait en effel que
la trépanation labyrinthiqueest rarement suivie de bour-
donnements. C’est là, d’ailleurs un résultat contradic-
toire avec ceux que l’on observe après la section du
nerf auditif qui ne cause pas de troubles permanents de l'équilibre, mais échoue souvent contre les bourdonnements.
VERTIGES. — Opérés dans un état de calme relatif, tous nos malades ont présenté immédiatement après l'intervention un état vertigineux plus ou moins accusÉ. Il semble que ce vertige post-opératoire fut d'autant moins intense et d'autant plus bref que les réactions vestibulaires étaient plus affaiblies avant l'opération. Ce fait peut s’expliquer par l’irritation traumatique violente et subite produite par l’acte opératoire sur les terminaisons nerveuses encore excitables. Dans notre observation V, où l’excitabilité vestibulaire était à peine diminuée, les sensations vertigineuses furent particulièrement intenses, accompagnées de nausées et de vomissements presque incessants. Ce n’est cependant pas là une règle générale (obs. VI).
La durée de cette phase vertigineuse past-opératoire fut toujours brève. Elle a varié chez nos malades de un à dix jours sans jamais dépasser ce chiffre. Etat vertigineux continu au début, il allait peu à peu en s’atténuant, ne se produisant plus bientôt qu’à l’occasion de mouvements, pour disparaître enfin d’une façon définitive.
Et cet étai s'est toujours maintenu tel depuis dix mois dans notre observation 1, huit mois dans notre observation IT, septmois dans notre observation I{T, un mois environ chez nos autres malades trépanés plus récemment ; mais nous ferons remarquer que chez ceux-ci,
les crises avant l'opération étaient très fréquentes et
da vite did did
n'avaient jamais présenté untel intervalle ; qu’au surplus dans aucun cas, mise à part la phase post-opératoire, nous n'avons vu survenir d'accident vertigineux après l'intervention.
TOUBLES DE L'ÉQUILIBRATION. — D'une façon générale ils présentèrent la même évolution que les vertiges, leur intensité marchant de pair avecson intensité.
Le nystagmus, que nous étudions ici puisqu'il n’est qu'un mouvement réactionnel analogue aux autres mouvements du corps, ne manqua jamais et nous l’avons observé chez tous nos malades dès la fin de l’opération, au réveil de ceux-ci. Dirigé vers l'oreille non opérée, il était toujours rotatoire et horizontal. Très intense, il le fut surtout dans notre observation V où nous avons déjà noté l'intensité des vertiges. Chez cette malade, le nystagmus dirigé vers l’oreille droite persistait violent, dans le regard oblique gauche. Sa durée est variable. Dans un cas il ne persista qu’un jour, comme les vertiges (obs. IV). Chez nos malades III, V, VI:il dure encore un mois après l'intervention, et alors que les vertiges ont complètement disparu, ce qui tendrait à prouver l'indépendance des vertiges et du nystagmus.
Même évolution pour les autres mouvements réactionnels du corps. Voici comment les choses se passaient ; au quatrième ou cinquième jour nous faisions lever notre opéré et nous pouvions alors l’examiner. Les troubles alors étaient toujours accusés.
Epr. de Romberg.— Toujours positive, sans quil y eut. généralement un rapport extrêmement pet entre le sens
de la chute et celui du nystagmus.
£pr. de San. — Toujours impossibles.
Epr. de Babinski- Weil. — Toujours impossible.
Marche, les yeux ouverts : incertaine mais possible.
Une de nos malades présenta des troubles très intenses. Chez elle (obs..V) on observa, pendant une quinzaine de jours, dans la station debout, les yeux fermés, une chute à droite extrêmement brusque, et pendant la marche, yeux ouverts ou fermés, une latéropulsion droite qui la projetait parfois assez violemment de coté. Il est à noter, dans cette observation, le sens de la chute et de la pulsion qui s’est fait très nettement dans le même sens que le nystagmus.
Mais peu à peu chez ellecomme cheztous l’amélioration se produisit ne laissant plus au bout de trois semaines environ qu’une légère incertitude de la marche.
Trois de nos malades (obs. I, II, IV) revus six mois après l'opération n’accusaient aucun trouble.
Ainsi l’on peut distinguer deux phases, après la trépanation du labyrinthe :
La première, très courte, caractérisée par des vertiges plus ou moins violents, et. des troubles de l’équilibration. Elle traduit l'irritation brusque et traumatique du vestibule et sa durée variable indique sans doute le temps que mettent les terminaisons du nerf vestibulaire à se détruire.
La seconde, qui lui succède, marquée par la disparition complète de tout vertige, et la persistance plus ou moins longue de troubles de l’équilibration toujours très ‘légers et pouvant même disparaître complètement. Elle
correspond à la mort du labyrinthe. Ceci n’a rien qui
puisse surprendre. La disparition des vertiges résulte . de leur physio-pathologie que nous avons exposée plus haut. L'absence de troubles de l'équilibre est fonction de la suppléance de la voie vestibulaire par les voies . optiques et kinesthésiques et par la voie vestibulaire restante.
Ces derniers résultats s'accordent parfaitement d'’ailleurs avec l’opinion actuelle sur le vestibule. A la suite des travaux de Flourens, Ewald, de Cyon, on avait attribué une grande importance à l’appareil vestibulaire, et de Cyon en avait même fait un sixième sens, le sens de l’espace. Il ne semble pas que cette opinion soit exacte.
Si l'on interroge les aviateurs, en effet, on apprend qu'ils perdent toute notion de leur situation dans l’espace, dès qu'ils n’ont plus de points de repère visuels.
« L'observation, également, nous montre que chez l’homme il semble bien que l'appareil vestibulaire joue un rôle assez effacé. Les sensations qu’il nous fournit sont fort vagues : il nous indique les déplacements de la tête dans l'espace à condition que ces mouvements aient upe certaine vitesse. Il suffit d'évoluer dans l’obscurité complète, pour se rendre compte que nous ne possédons pas ce sixième sens (1). » Différentes raisons en outre semblent prouver que l’appareil vestibulaire est en régression.
Anatomiquement les connexions centrales de la voie périphérique restent peu importantes. La voie centrale
1. Weil, art. Vertige(in Traité de pathologie médicale et de thérapeutique appliquée).
nee
est douteuse, et le vestibule semble bien ne pas avoir acquis de représentation corticale. La voie vestibulospinale, si importante chez les vertébrés inférieurs, n’est plus représentée chez l’homme que par quelques faisceaux épars que l’on ne peut suivre au delà de la moelle cervicale. Seule la voie vestibulo-cérébelleuse est marquée par d'importantes connexions.
Physiologiquement, le vestibule, indispensable à la nage, au vol, est seulement utile à l'homme. Sa sup-
pression entraîne chez tous les vertébrés des phéno-
mènes de même ordre, mais leur gravité décroît quand on arrive aux mammifères et décroît de mammifère en mammifère pour trouver son minimum chez l’homme. Chez lui, quand le labyrinthe est mort, on observe exceptionnellement un peu de nystagmus, parfois une légère déviation des ‘yeux, peut-être une légère ataxie, de la latéropulsion pendant la marche, de la déviation des membres pendant l'exécution des grands mouvements, une certaine hypotonie du côté lésé, et c’est tout ; encore tous ces troubles sont-ils le plus sou-
vent transitoires (x).