‹ Contribution à l'Étude du Traitement Chirurgical Des Vertiges labyrinthiquesChapitre 6 sur 26 · LS · texte numérisé non relu

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Ces notions préliminaires rappelées, voyons maintenant quelle est la physiopathologie du vertige labyrinthique.

On attribuait généralement autrefois le vertige labyrinthique à la rupture de l'équilibre fonctionnel existant normalement entre les deux appareils vestibulaires. C'était la comparaison classique de l’attelage dont une des deux guides était rompue. De nombreux faits infirment aujourd’hui cette théorie :

a) Un individu atteint d’une otorrhée fait brusquement une labyrinthite aiguë totale: perte de l'audition, grands vertiges, troubles de l’équilibration, nystagmus. Au bout d’une quinzaine de jours ces symptômes persistants, on trépane le labyrinthe. Immédiatement après l'opération, les vertiges disparaissent. Loin de les provoquer, la suppression du labyrinthe les a fait cesser.

b) Chez certains malades atteints de surdité labyrinthique totale (spécifique, ourlienne, etc...) et présentant une inexcitabilité vestibulaire complète, on ne peut retrouver une phase vertigineuse quelconque. Ici encore la suppression du labyrinthe n’a pas provoqué de vertiges.

c) D'autre part, tous les otologistes connaissent la longue évolution des labyrinthites chroniques sèches,

le douloureux calvaire de ces malades, en proie à des

crises plus ou moins fréquentes de vertige. Un an, cinq ans, dix aps et plus, leur vie devient un véritable martyr. Puis un jour, ces accidents disparaissent, mais ce n’est généralement qu’ «avec la mort du labyrinthe et ces malades paient souvent d’une surdité absolue la terminaison de leur supplice » (Escat).

d) Enfin, comme le fait remarquer M. le D: Lermoyez, on voit parfois des sujets, ayant depuis longtemps une oreille morte, faire à l'occasion d’une otite moyenne suppurée du côté opposé, d'une méningite, des accidents vertigineux. Ce n’est certes pas ici le déséquilibre fonctionnel qui a pu produire le vertige.

Voici d’ailleurs une observation que nous à communiquée M. le Dr Lermoyez et qui est particulièrement démonstrative.

M. P..., 30 ans, homme vigoureux, sans aucune tare. Otorrhée bilatérale dans l’enfance. Perte totale des deux labyrinthes antérieur et postérieur du côté gauche, à ce moment. L'oreille interne droite reste intacte. Vu par M. Lermoyez en 1916 : large perforation, sèche, de chaque côté. Labyrinthe gauche mort, labyrinthe droit intact. En février 1921, de retour au Brésil, à occasion de bains de mer, réapparition de l'écoulement des deux côtés. Traité par les moyens ordinaires. Au bout d’un mois, cessation des accidents à gauche, persistance de l'otorrhée droite. Un médecin du pays, fait alors dans l'O. D. des attouchements caustiques (chlorure de zinc ?). Dès ce moment, état vertigineux qui va en augmentant. Puis cinq jours après, violente crise de vertige qui cloue le malade au lit pendant un mois. En juin il se relève, mais l’O. D. est totalement morte. Il existe encore une démarche difficile, une tendance à la chute, des vomis-

sements faciles. Tout va peu à peu en diminuant. Mais l'écoulement persiste, il refuse l’évidement. Revient en France en novembre 1921 consulter M. Lermoyez : plus de vertige. Surdité totale. Polypes des deux côtés. A. chromique. A. borique, les 2 oreilles sont sèches en trois semaines. Mais les 2 oreilles internes sont mortes.

Tous ces faits permettent donc de rejeter d’une manière absolue la théorie du vertige, résultat du déséquilibre vestibulaire.

Il semble au contraire aujourd'hui bien acquis que le vertige soit dû à une irritation des voies labyrinthiques.

Les faits relatés plus haut, s'ils ne s'accordent pas avec l'hypothèse de la guide rompue justifient par contre la théorie du vertige par irritation.

La physiologie expérimentale, en outre, si elle n’a pas élucidé la genèse de la sensation vertigineuse a permis de remonter à l’origine des phénomènes objectifs. Au cours de l'épreuve rotatoire ou de l'épreuve galvanique, un individu normal éprouve du vertige. À ces phénomènes subjectifs s’en ajoutent d’autres, objectifs : mouvements oscillatoires des globes oculaires, mouvements d'inclination et de rotation de la tête, mouvements du tronc. Ce sont ce qu'on appelle des mouvements compensateurs ou réactionnels. Or, quand on expérimente chez les animaux, on observe les mêmes mouvements. Il est permis, semble-t-il, d'en conclure que l'animal, tout comme l'homme, éprouve des sensations vertigineuses. Or, « il est démontré

aujourd’hui que les mouvements compensateurs, aux-

quels il a été fait allusion plus haut, font défaut chez l'animal privé des labyrinthes, ou simplement . des canaux semi-circulaires, que cet animal soit soumis au vertige galvanique ou au vertige rotatoire. Ce qui permet d’affirmer que dans ces deux expériences, les réactions de l’animal ont leur origine dans une irritation des canaux semi-circulaires », Déjerine (loc. cit.).

Chez l’homme, d'autres faits confirment cette manière de voir. La plupart des sourds-muets présentent une abolition complète des fonctions labyrinthiques. Or, ces sujets, au cours des épreuves galvanique ou rotatoire, ne présentent aucun mouvement compensateur, n’accusent aucune sensation vertigineuse.

De tout ceci, il est permis de conclure que le vertige labyrinthique est dû à une irritation de l'appareil vestibulaire, comprenant sous cette dénomination les voies périphériques, les centres sensitifs, enfin les centres corticaux. Ce fait ne doit pas étonner.Comme le fait observer M. le D' Lermoyez, le nerf vestibulaire, ainsi que le nerf cochléaire ne sont autres que des nerfs sensitifs spécialisés. Et, de même que le nerf sensitif réagit à lirritation par .la douleur, le nerf cochléaire réagit par les bourdonnements, le nerf vestibulaire par les vertiges. De même, encore, que la destruction du nerf sepsitif provoque l’anesthésie, celle du nerf auditif provoque la surdité. Mais la destruction du nerf vestibulaire ne donne aucun phénomène objeetif(l'équilibration se faisant par la vue, le sens musculaire et la sensibilité tactile) mais se traduit par linexeitabilité totale du labyrinthe.

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On peut chercher à s'expliquer comment l’irritation de l’appareil vestibulaire produit le vertige. On sait que celui-ci consiste en un mouvement illusoire de notre corps ou des objets qui nous entourent. A l’état normal, nous percevons le sens de nos mouvements dans l’espace grâce au liquide endolymphatique, dont les changements de position viennent influencer les terminaisons du nerf veslibulaire. Lorsque celles-ci sont irritées par un processus quelconque, les centres supérieurs continuent à interpréter de la même facon cette excitation labyrinthique. Ce n’est pas, comme le dit Déjerine, sur la sensätion elle-même que nous nous faisons illusion, mais sur l’origine de cette sensation.

Ainsi donc le vertige est fonction de l'irritation des voies vestibulaires. Ceci explique la disparition des vertiges après trépanation du labyrinthe dans la suppuration de cet organe. Ceci explique et justifie cette même trépanation dans les cas que nous envisageons et où, répétons-le, l'irritation siège dans le labyrinthe mem-

braneux.

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