OBSERVATION
Au début d’octobre 1944, L... (Suzanne), trente et un ans, entre dans le service du Professeur Jeanneney.
Le début de l’affection remonte à 1936 lors d’une première grossesse. La malade, au cours d’un repas, éprouve une sensation de stase des aliments en arrière du sternum, accompagnée de gêne respiratoire. Elle boit une gorgée de liquide et les troubles cessent. Des incidents de cet ordre se renouvellent de temps à autre, mais après l’accouchement tout rentre dans l’ordre. :
En 1939, à l’occasion d’une nouvelle grossesse, les troubles se reproduisent, accompagnés de régurgitation. Ils cessent à nouveau après l’accouchement. Mais un examen radiographique pratiqué en 1941 souligne l’existence d’un méga-œsophage.
En 1943 survient une troisième grossesse. Il se produit une nouvelle apparition des troubles qui sont plus marqués, s’accompagnent de troubles généraux et subsisteront après l’accouchement.
Actuellement, la malade présente un amaïgrissement de 4 kilogrammes depuis un mois. Les régurgitations sont fréquentes mais seulement au cours des repas. Par ailleurs, on ne relève rien de notable.
Examen radiologique le 12 octobre 1944 :
1° Dans la poche œsophagienne existe un liquide de stase remontant jusqu’à la crosse aortique et surmonté d’une bulle d’air.
2° L’œsophage apparaît constitué par une colonne opaque large de 6 centimètres, jusqu’à la crosse aortique : quand la bouillie barytée atteint ce niveau, l’évacuation commence mais se fait très lentement,
Rod
3° Après anesthésie du splanchnique gauche, on observe l'apparition d’un net péristaltisme œsophagien.
4° L'inhalation d’une ampoule de nitrite d’amyle entraîne une vidange accélérée de la bouillie.
Intervention (Professeur agrégé Magendie). — Rachi percaïne.
Laparotomie médiane sus-ombilicale remontant sur le flanc gauche de l’appendice xyphoïde.
1° Opération de Heller suivant la technique habituelle.
2° Splanchnicectomie. Les anses grêles sont refoulées à droite. Le péritoine est incisé au niveau de l’angle splénique. Le côlon, le rein et le pédicule rénal sont rabattus vers la droite. On découvre ainsi les piliers du diaphragme : les splanchniques facilement reconnus sont sectionnés.
Reconstitution du ligament spléno-colique. Fermeture en trois plans. Suites opératoires normales.
Il ne s’agit pas ici de discuter la valeur des résultats donnés par l'association de la splanchnicectomie et de l'opération de Heller. Il faudrait pour cela plusieurs cas semblables et un recul suffisant. Cette observation montre seulement qu’il est possible d'exécuter les deux interventions en un seul temps opératoire.
Nous estimons, en effet, que cette association est intéressante, ainsi que nous l’avons signalé précédemment à propos des résultats de l’opération de Heller où la discordance est parfois frappante entre l’excellence du résultat fonctionnel et la persistance des troubles anatomiques après la simple cardiotomie.
Certes, l’opération ainsi comprise présente quelques difficultés dans la façon d’exposer le champ opératoire. Sur un sujet gras, ou qui dort mal, elle peut devenir pénible et même s'avérer impossible, mais dans des conditions normales, aidée par l’anesthésie rachidienne à la percaïne, l’opération a paru facilement réalisable.
Voici la technique opératoire que nous proposons, tirée de l’enseignement de cette première intervention,