‹ Contribution à l'étude du traitement de certaines affections des voies digestives par le massageChapitre 13 sur 20 · INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES · texte numérisé non relu

INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES

Le long développement que nous avons donné au chapitre précédent nous permettra d’être plus bref en certains points de celui-ci. D'ailleurs, que se propose le massage? produire artificiellement une action physiologique qui, pour une cause ou pour une autre, s’affaiblit et tend à disparaître: la physiologie du massage d’un organe, c'est la physiologie normale de l'organe massé.

Y a-t-il des contre-indications au massage à considérer, comme dans les cas spéciaux qui nous occupent ?

Oui : la grossesse, les tumeurs, en général; surtout celles qu'une pression un peu augmentée ou répétée peut

faire rompre, telles que les kystes de l'abdomen, et celles

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qui, siégeant sur les parois d’un organe, peuvent toujours faire craindre une perforation possible ; — tous les processus inflammatoires aigus ; les hernies étranglées : les anévrismes, Il va sans dire que l'intégrité de la peau est indispensable : on ne pourra masser un organe protégé par un tégument eczémateux ou atteint d’ulcérations quelconques.

Pour ce qui concerne l'estomac il est deux contre-indications absolues: c’est l’ulcère rond et le cancer confirmeé.On ne saurait trop mettre en garde le praticien contre les redoutables accidents qui peuvent suivre, dans ces cas, les manœuvres du massage, même les moins énergiques. Il faut être sûr que ni l’ulcère, ni le cancer ne sont en jeu avant de masser un estomac. Pour le cancer, nous avons soin d'ajouter confirme, car il n’est pas encore de signes abso-

lument certains du cancer à ses débuts.

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« Dans la dyspepsie le massage est très utile » dit Murrel. Auchapitre«dyspepsie» du Traitéde médecine de MM.Charcotet Bouchard, M. Mathieu parlant du traitement, écrit : «On a vanté aussi le massage. Il mérite d'être étudié dans ces conditions. Son mode d'action se rapprocherait sans doute de lhydrothérapie par son action générale ; d'autre

part, le, massage abdominal peut servir à combattre la

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constipation. Or, il importe de vaincre la constipation. »

Dans le chapitre précédent, nous avons suffisamment insisté Sur le mécanisme de l'action du massage pour faire comprendre combien il est rationnel que le massage, par son influence sur les sécrétions gastriques, soit indiqué dans le traitement des dyspepsies où ces sécrétions jouent un rôle.

Dans les gastrites nerreuses, le massage donne les meilleurs résultats. On ne saurait mieux le prouver qu’en citant cette observation d'Hirschberg.

OBsErvATION IT (HIRSCHBERG).

Mne B., âgée de 41 ans. Entrée à l'hôpital Cochin le 2 novembre 1888, dans le service de M. Dujardin-Beaumetz, salle Blache, lit n° 22.

Antécédents. — À l’âge de 11 ans, fièvre typhoïde. Trois ans après, pleurésie. Après cette dernière maladie, elle reste faible, quoique se portant assez bien. À cette époque elle a eu aussi des coliques hépatiques. [l y a quinze ans, à la suite de la mort de sa mère, elle mangeait peu; son appétit était demeuré déli= cat; mais elle ne souffrait pas encore de l'estomac. Ce n'est que depuis quatorze mois qu'elle a des vomissements, des lourdeurs dans l'estomac. Les vomissements venaient trois à quatre

heures après les repas et soulageaient beaucoup la malade.

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Après avoir vomi, elle avait faim et mangeait avec beaucoup d’appétit une assiette de bouillon et un peu de vin rouge. La malade devenait de plus en plus faible et ne supportait aucune nourriture, pas même du lait. Elle vomissait tout. Cependant elle digérait le boudin ! Le sommeil était très agité. La malade, ordinairement d'un caractère calme et doux, est devenue irritable. Dans cet état, elle m'a été envoyée par le docteur Guelpa avec le diagnostic probable de cancer de l'estomac.

| Etat actuel. — La malade est excessivement faible : elle ne pèse que 64 livres. Rien aux poumons, ni au cœur. L'examen de l'estomac démontre que sa ligne inférieure dépasse de un travers de doigt la ligne ombilicale. Pas de clapotement. L'estomac n’est pas douloureux aux pressions. L'examen du suc gastrique à l’aide de la liqueur de Gunzbourg donne la présence d'acide chlorhydrique à 0,2 p. m. Constipation opiniâtre, aménorrhée.

Traitement. — Massage abdominal tous les jours, deux heures après Ie repas (déjeuner). Régime : lait à moitié coupé, avec bouillie claire d'avoine plusieurs fois par jour.

Dès les premières séances de massage, la malade accuse un soulagement notable. Elle reprend ses forces, la digestion se fait mieux. Après la séance, elle se sent toujours soulagée. Peu à peu j'augmente la quantité d'aliments. D'abord c'est le peptone de Kemmerich et le lait pur que la malade peut supporter. Puis j'ajoute le pain grillé, le veau haché et rôti. A la fin du mois de janvier, la malade digère le nourriture ordinaire de l'hopital. Elle se sent bien. Son poids est de 88 livres. Les selles sont régulières. Le massage est réduit à trois fois par semaine,

puis tout à fait suspendu.

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On remarque que cette observation a un double intérêt que Hirschberg a négligé de faire remarquer, c’est qu’elle concerne un cas qui appartient aussi bien à la dyspepsie nerveuse qu'à la dilatation de l'estomac.

Dans cette dernière affection le massage produitles meilleurs effets.

« Le massage dans les affections médicales proprement dites, écrit M. Barrié dans la Revue de Clinique et de Therapeulique, est d’un usage plus restreint que dans les affections chirurgicales : toutefois dans quelques maladies bien déterminées, 1l peut rendre des services de premier ordre. Pour ma part je n’ai qu’à m'en louer dans quelques cas de dilatation d'estomac, et surtout dans bon nombre d'’affections de nature rhumatismale. Il est incontestable que le véritable traitement de la dilatation de l'estomac réside presque tout entier dans une hygiène alimentaire et dans l'emploi d'agents antiseptiques locaux destinés à agir sur la muqueuse stomacale ; toutefois, dans des cas réfractaires, ou même sans avoir recours à d’autres moyens, l'emploi du massage est d’une utilité de premier ordre. »

- Comment agit le massage dans ces cas ?

Dans la forme neurasthéniqueil n’est pas douteux,comme nous l'avons expliqué plus haut, qu'il réveille la contractilité de l'organe: comme tout muscle, le muscle stomacal se réveille sous l'influence du massage, et de plus, le système nerveux intra-pariétal subit la mème excitation.

Dans certains cas dus, selon certains auteurs, à l'excitabilité exagérée de certaines parties de l'organe amenant la

contraction de certaines couches musculaires et, par con-

séquent la moindre résistance des autres parties, le massage agira encore en rétablissant l’équilibre.

« D'après les travaux de Zablodouwski et d’autres, dit Hirschberg, nous savons que sous l'influence du massage un muscle épuisé se rétablit beaucoup plus vite. Le massage agira d'abord en rétablissant la contractilité du tissu musculaire. Puis en ajoutant à la force des contractions de l'estomac celle des pressions de nos mains, nous arriverons peut-être à vaincre les contractions spasmodiques de la cravate deSuisse et du pylore et à vider de cette façon au moins une partie du contenu de l'estomac. »

D'ailleurs, M. Hirschberg cite deux cas dans. lesquels il a obtenu par le massage « la disparition non seulement des troubles de digestion et des phénomènes nerveux, mais aussi des signes physiques de dilatation ».

Dans les cas de dilatation du type Bouchard, dilatation avec phénomènes toxiques retentissant si rapidement et si puissamment sur la santé générale, le massage, en même temps qu’il débarrassera l'estomac des résidus de la digestion inachevée et entravée, en même temps que par son action sur l'intestin il hâtera leur cours et leur expulsion, forcera l'estomac à reprendre malgré lui l'activité nécessaire au bon fonctionnement du système digestif, c'est-àdire de la nutrition, c'est-à-dire de l’économie.

Mais iciil faut faire intervenir la thérapeutique rigoureuse préconisée par M. Bouchard pour traiter ces auto-intoxications. Expliquant l'étiologie de la dilatation de l'estomac telle que le décrit l'honorable professeur, M. Mathieu écrit : « On devient dilaté surtout par une hygiène alimentaire

vicieuse, agissant dès le jeune àge, par l'irrégularité des

heures des repas, par l'injection en quantité excessive de solides, et avant tout de liquides. Ces liquides et ces solides peuvent être rendus plus nuisibles encore par leur qualité, parce qu'ils sont mal choisis, parce qu'ils renferment des substances irritantes, l'alcool, des acides, par exemple, Surviennent ensuite les fermentations secondaires qui tendent à prendre une importance de plus en plus grande et qui favorisent la production de la gastrite. » C’est donc à cette hygiène alimentaire vicieuse, à ces fermentations qu'il faudra en même temps s'attaquer: sans cela le massage

sera insuffisant, même inutile.

Comme toutes les affections chroniques de l'estomac, la gastrite catarrhale est tributaire du massage : l'observa-

tion suivante le prouvera.

OBsERvVATION III.

En juin 1888, le sieur H. J., âgé de 40 ans, vint me consulter. Il se plaignait que son appétit disparût de jour en jour, surtout depuis six mois. Après chaque repas, il éprouvait dans la région gastrique une sensation de plénitude quelquefois douloureuse, en même temps qu'il était fatigué par des renvois incessants. Or, avant d’être aussi souffrant, il avait un appétit excellent et mangeait de tout. Rien aux poumons, rien au cœur ; ni sucre ni

albumine dans les urines. La maigreur et le teint jaunâtre de

son visage me firent d’abord penser à un cancer de l'estomac. L'examen de la région gastrique ne révéla rien, si ce n'est un léger degré de voussure et de résistance au doigt qu'on sentait un peu au-dessus de l'ombilic ; il y avait en outre du clapotement à des degrés variables, mais perceptible même longtemps après les repas. L'examen du suc gastrique fait avant le repas de midi et dans la journée révéla la présence d'une certaine quantité d'acide chlorhydrique libre. Jamais de vomissements. Constipation.

Mon diagnostic se modifia peu et j'arrivai à penser à une gastrite chronique. Pensant que les sécrétions muqueuses, si abondantes d'ordinaire dans ces cas, n'étaient pas expulsées parce qu'elles devaient adhérer aux parois de l'estomac, je fis un jour un massage de cet organe qui dura quinze minutes, puis je fis un lavage. Il sortit en effet, mêlé au liquide alcalin, une quantité considérable de mucosités.

La situation devenant plus nette et le massage m'ayant déjà mis sur la voie du diagnostic, j'instituai le traitement suivant : chaque jour, massage de quinze à vingt minutes de la région gastrique, suivi d’un lavage. Alimentation légère.

Trois semaines après, c’est-à-dire après vingt séances de massage, la sensation de plénitude et la douleur consécutives aux repas n’existaient plus ; le malade avait gagné trois kilogs. La constipation disparut peu à peu et les selles devinrent régulières. Le traitement fut cessé vers le milieu de juillet.

Le massage aurait pu être combiné avec un traitement à Vichy ou à Karlsbad, mais dans ce cas il aurait fallu masser l'estomac ou immédiatement avant, où immédiatement après l'ingestion de l’eau,

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