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Dans l'excellent ouvrage de M. G. Sée (Les dyspepsies gastro-intestinales) nous lisons ceci :
« La constipation vraie, c’est le trouble fonctionnel dù à l'accumulation des matières dans le gros intestin, c’est-àdire la difficulté de progression de la masse stercorale. Ordinairement cette perturbation de fonction se traduit : 1° par la diminution du nombre des évacuations ; 2° par la cohésion des résidus ; 3° la difficulté d’excrétion ; mais tous ces phénomènes peuvent manquer, bien que la constipation soit caractérisée. .
«Il y a d’abord une constipation relative, qui rentre dans le domaine de la physiologie ; il est, en effet, des individus qui ne remplissent cette fonction que tous les deux ou trois jours, sans éprouver les inconvénients de la constipation ; loin de là, le malaise les prend lorsque les évacuations sont multipliées. Au contraire, on sait des individus qui ont des évacuations incomplètes quoique répétées, et qui en réalité restent constipés, c’est-à-dire retiennent encore les résidus alimentaires ; le nombre des évacuations n’a donc pas de signification absolue. L'augmentation de consistance des matières évacuées n’est pas davantage une condition sine qua non de la constipation; l'élimination
peut s'exercer encore sur les matières durcies ; mais sou-
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ventil s'établit dans cette masse une sorte de départ; les parties liquides sortent avec les apparences diarrhéiques, tandis que les parties solides restent et la constipation persiste.
« La condition vraie de la constipation n’est même pas toujours la difficulté d'évacuation par l’anus, mais la lenteur du cheminement des matières stercorales dans leur trajet intestinal ; en effet, à moins d'obstacles matériels au rectum ou à l'anus, l’excrétion peut se faire facilement, tandis que la progression s’est faite lentement dans le colon et a déterminé tous les phénomènes de l'accumulation. »
Et plus loin:
« La contractilité de l’intestin et des parois de l'abdomen constituant la condition fondamentale des fonctions intestinales, la ténuitémusculaire de ces organes n'étant qu'un reflet, un corollaire de la vitalité générale des muscles, il est naturel que plus l'individu est vigoureux au point de vue organique, plus aussi le système musculaire est mis en action, plus les contractions des organes digestifs et de leurs annexes doivent être énergiques et efficaces. C'est pourquoi les traitements externes ont une si grande importance... »
Nous avons tenu à citer ce long passage, car il nous est impossible d'exposer plus clairement et l'affection à laquelle s'adresse le massage, et l'énumération des services qu’on lui demande et qu'il rend.
Averbeck dit: « Les troubles de l'appareil digestif et surtout la constipation constituent une des indications les plus précises pour l'emploi du massage. Quand il n'existe
pas de complications, quand les symptômes sont dus à des
troubles de sécrétions, on peut toujours s'attendre à une guérison en un ou deux mois, ou tout au plus, dans trois ou quatre. »
Murrel, de son côté, écrit: « Les cas de constipation chronique sont assez fréquents et, pour un fait, j'ai souvent eu a me louer du massage chez ces malades. Le plus souvent la constipation résultait d'un catarrhe chronique de l'intestin, mais plus d’une fois cet état était compliqué par une accumulation de matières fécales qu’on pouvait reconnaitre plus ou moins facilement à travers là paroi de l'abdomen. »
Ivan Kriviakin, en 1884, conseille l'emploi du massage abdominal comme traitement curatif de l’obstruction intestinale. À ce propos rappelons, non pas l'observation d'Hippocrate à propos de la femme du jardinier, que nous avons citée plus haut, mais l'observation fidèlement suivie et si émouvante que M. Bitterlin a publiée en 1882 dans l'Union médicale et intitulée : « Occlusion intestinale ; vomissements fecaloides ; massage et malaxation de la région abdominale ; quérison.»
Berne (Journal de médecine de Paris, 1887) a employé avec succès le massage abdominal comme « traitement de certains cas de constipation rebelle à l’action des moyens thérapeutiques usuels; il attribuait la constipation soit à l’atonie de la tunique musculaire du gros intestin et à la diminution de sa contractilité, soit encore au défaut de sécrétions du suc intestinal ou de la bile, ou bien à un obstacle mécanique entravant le cours des matières fécales, et
considérant aussi la constipation comme le résultat fré-
quent de troubles nerveux dus à l’hystérie et aux lésions médullaires. » (Murrel.)
La première conclusion de son travail est celle-ci: « Le massage abdominal est un moyen {oujours inoffensif et salutaire dans le traitement de la constipation rebelle à l'emploi des moyens thérapeutiques usuels. »
M. Karnitzky, de Kiew, dans un tout récent ouvrage intitulé : Le traitement de la constipation chronique chez les enfants par le massage, divise les cas qu'il a rencontrés en quatre classes:
1° La constipation résultant des particularités anatomophysiologiques du tube digestif (structure imparfaite, fonction peu énergique des divers appareils : glandulaire, nerveux, musculaire);
2° La constipation résultant d’un état général mauvais (anémie, scrofule, rachitisme) ;
3° La constipation qui suit ou accompagne la dyspepsie, les affections générales du tube digestif, celles des poumons, du cœur, etc.;
4° La constipation résultant d'une mauvaise alimentation au point de vue de la qualité et de la quantité.
Dans ces ordres de faits, l’auteur a obtenu des excellents effets (surtout dans les trois premières catégories) et cite plusieurs observations importantes,
Nous reviendrons plus loin sur son procédé opératoire.
Pour nous, sans revenir sur ce que nous avons dit précédemment sur la constipation, au point de vue spécial du massage, nous diviserons les cas en trois groupes :
1° Ceux où la constipation résulte d'une atonie intesti-
nale limitée aux dernières portions du gros intestin ;
> Ceux où l'atonie intestinale est généralisée ; 3° Ceux où la constipation est le résultat de contractions spasmodiques plus où moins durables de certaines por-
tions de l'intestin.
Nous insisterons surtout sur le second groupe, auquel appartiennent les observations que nous publions plus loin : c’est d’ailleurs celui où le massage a ses effets les plus remarquables. Nous n'insisterons pas non plus sur les constipations dues au défaut de sécrétions intestinales, et d'origine nerveuse, étant absolument de l'avis des auteurs cités plus haut.
Avant de citer nos observations, nous résumerons en quelques lignes les symptômes de cette atonie intestinale généralisée :
État général ordinairement assez satisfaisant, — Appétit quelquefois bon, mais le plus souvent très-capricieux : inappétences ou fringales ; — le matin au réveil, bouche mauvaise, nausées ; — ptyalisme ;: — sensation de plénitude, de pesanteur, palpitations souvent, après les repas : alors tête lourde, bourdonnements d'oreilles, vertiges, phosphènes, angoisse, travail intellectuel impossible; — sommeil troublé par des rêves pénibles ; — crampes dans les mollets (surtout chez les femmes); — mains et pieds froids ; — caractère irritable ; — quelquefois, anaphrodisie marquée.
L'examen du médecin doit se porter d’une façon toute particulière sur l’irrégularité des garde-robes, et sur cette sensation de besoin nouveau qu’éprouve le malade après
chaque évacuation.