‹ Contribution à l'étude du traitement de certaines affections des voies digestives par le massageChapitre 6 sur 20 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Le mot #assage viendrait, d’après Piorry, du grec passa Qui veut dire foucher, manier, par extension pétrir avec les mains, d’où le mot latin « »assa » substance pâteuse, et le mot espagnol « #14asa » pâte: — à moins qu'ilne vienne, comme le dit Savary, dans ses « Lettres sur l'Egypte » et comme le croit Murrell, du mot arabe « 71ass » où « Mass'h », signifiant presser doucement, la racine sanscrite étant «/2akch ».

Peu importe.

Ce qui est vrai, c'est que le massage est vieux comme le monde, et d’un usage presque aussi étendu que lui. Estradère, dans sa remarquable thèse de 1863, a magistralement raconté son histoire ; nous nous bornerons ici à la donner rapidement et dans ses grandes lignes.

Il n’est pas douteux que l'Inde connut et pratiqua le massage bien longtemps avant Jésus-Christ. Dans l'Ayur- Véda, qui est une partie des Védas hindous, et où Susràta rapporte les théories et expériences de son maître Dhavan-

tara, se trouvent des indications curieuses sur les effets

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“curatifs de la gymnastique et du massage. (On pourra con-

sulter à cet égard le travail du docteur Wise : Commentary on the hindou system of medicine. Calcutta 1845.)

Dans le manuscrit chinois Kong-Fou, qui remonte à peu près à trois mille ans avant notre ère, se trouvent plusieurs chapitres traitant des manipulations du massage. Le fait est réfuté notamment dans la thèse de Lepage (1813): « Recherches historiques sur la médecine chez les Chinois ». A l'époque où il écrivait, existaient dans certaines villes du Céleste-Empire des écoles de gymnastique où les médecins allaient apprendre les pratiques du massage.

Les Perses connaissaient et pratiquaient le massage (Larchuna). Les Phéniciens nous ont transmis la renommée d’un de leurs célèbres masseurs, nommé Elix.

Les Egyptiens avaient annexé à leurs bains des salles de gymnastique et de massage où étaient employés des individus spéciaux dont les offices étaient fort recherchés.

En Europe, les renseignements transmis sont plus copieux et plus explicites.

Hippocrate (460-377 av. J.-C) parle de l'utilité du massage dans les cas d’entorse, de luxation, de constipation. Nous citerons quelques passages absolument caractéristiques :

« Le médecin doit posséder l'expérience de beaucoup de choses et entre autres du massage : le mot restant le même, le résultat est loin de l'être : le.massage resserrera une articulation trop lâche, et relâchera une articulation trop rigide » (Hipp. Des articulations. — Trad. Littré, t. IV, p. 103).

Du même:

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« La friction peut resserrer ou relâcher, donner de la chair, amaigrir ; une friction sèche resserre ; une friction molle relàche ; une friction fréquente amaigrit; une friction modérée épaissit. » (Hip. — De l'officine du méde- Cm rad tré tMELS P23297

De lui encore, cette observation intéressante :

« Une fièvre continue saisit la femme d’un jardinier (à Élis) : elle avait beau boire des remèdes évacuants, elle ne fut aucunement soulagée. Dans l’abdomen, au-dessous de l’ombilic, on sentait une tumeur dure, siège de violentes douleurs. Cette tumeur fut malaxée fortement avec les mains enduites d’huiles ; à la suite de cette manœuvre,une grande quantité de sang fut évacuée par les selles, et la malade se rétablit rapidement, »

On retrouve la mention de cette observation dans le passage suivant des commentaires de Littré:

« De la pression exercée sur le ventre avec les mains il y est dit (£p. Il, 6, 26): si l’hypochondre est tendu, presser avecles mains et donner un bain. Praxagore employait une pratique analogue pour l'iléus produit par engouement. Dans les cas, dit Cœlius Aurelianus, (Ac. Morb., III, 17) où le cæœcum remplide matières fécales était devenu une poche, Praxagore pressait avec les mains, fatiguait le malade.

« On trouve des traces de cette habitude de presser le ventre (Ep. IV, 45), où l’auteur dit que le gonflement des hypochondres, s'il se produit des borborygmes quand on le presse avec la main, n’est pas de mauvaise nature. C'est encore sans doute à une pfatique de ce genre qu'il fait

allusion dans une phrase obscure (Æp. IV, 56): « même

« pratique que dans le cas de la femme du jardinier. » Il parait résulter de là que les médecins hippocratiques avaient l’usage, dans le cas de gonflements abdominaux et sans doute aussi dans les cas d’iléus, de presser l’abdomen avec les mains. Cette pratique, comme on le voit dans la citation de Cœlius Aurelianus, se retrouvait dans Praxagore. Praxagore fut maître d'Hérophyle et appartetenait par conséquent aux temps qui ont précédé la formation de l'école d'Alexandrie. »

Dans les extraits des œuvres de Galien publiés par Oribase on trouve les passages suivants:

« Il faut réchauffer auparavant le corps en le frottant modérément avec un linge de coton, ensuite avec de l'huile... Les mains ne doivent être ni trop dures, ni trop molles... On doit frotter doucement pendant les premières passes ; ensuite on augmentera peu à peu et on se rapprochera de la friction dure. » (Œuvres d'Oribase, par Bussemaker et Daremberg, Paris, 1857.)

«... et ce qui est commun à tous ces exercices, c'est qu'ils procurent à l'occurence une augmentation de chaleur propre... (d°, p. 473.)

«.. Si, par conséquent, on veut mettre en mouvement avec une certaine force les viscères au-dessous du diaphragme, il faut se livrer aux exercices cités plus haut (équitation) et de plus, se faire faire des frictions. » (4, P- 479.).

Suivent aussi un certain nombre de passages d'Oribase, de Martial, de Sénèque, etc., qu'il serait trop long de citer,

Passons rapidement sur cette époque et arrivons aux

auteurs qui font partie, selon l'expression d'Estradère, de la

période de rénovation. On n'invente rien, on ne fait que remettre envigueur, ou plutôt que rééditer les procédés des anciens. Citons rapidement :

Du Choul, en 1567, par ordre du roi Henri IT, publie un travail sur les bains et antiques exercitations grecques et romaines.

Mercurialis donne, en 1573, son traité De arte gymnastica, et décrit les frictions et massages employés dans les bains.

Ambroise Paré publie ses œuvres en 1575, et y donne une division des frictions en douce, moyenne et rude.

Joubert, 1582, préconise les frictions et le massage.

De même pour Paracelse, 1583, (Libri de ‘vita longa).

En 1501, Alpinus (Medicina Ægyptica) décrit les manœuvres du massage dans les bains égyptiens : on y faisait jouer les articulations, et on malaxait et pétrissait les chairs.

Faber de Saint-Jory, en 1595, (Agonisticon); — Guyon, dans le Miroir de la Beauté (1615); — Borelli (De motu animalium) 1670 ; — Paullini (Flagellum salutis) 1698 ; — Hoffmann (Dissertationes physico-medicæ) 1708 ; — Andry, 1741; — Sabatier, 1772; -— Tissot (Gymnastique médicinale et chirurgicale) 1780; — Meibomius (Utilité de la flagellation dans la medecine et dans les plaisirs du mariage) 1705, etc., etc., tous conseillent et décrivent le massage et ses différentes applications.

« Au commencement de ce siècle, dit Murrell, il y a tout lieu de croire que le massage véritable était employé en France, mais on le pratiquait en secret, et les adeptes n'é-

taient que peu empressés à faire connaître leur méthode, »

— Ï Lg DS

En tous cas, M. Jennings, qui traduit Murrel, a raison de citer à côté de ces lignes, un long passage de Piorry dans le Dictionnaire en 60 volumes, dans lequel l’auteur s'étend sur les indicotions du massage.

« En France, en 1837, écrit M. Dujardin-Beaumetz (Bulletin médical, 1887), Martin avait bien signalé à la Société de médecine de Lyon les cures merveilleuses que déterminait le massage dans le traitement du tour de reins ou lombago. Lebastard en 1836, Elleaume en 1850, Rizel en 1862 avaient montré les avantages du massage de l’entorse: mais il faut arriver à la thèse d'Estradère (1863) pour avoir un travail d'ensemble sur le massage. »

Ce fut la Hollande qui profita de ce dernier travail ; car on ne peut dire que Mezger a précédé Estradère, bien que quelques-uns aient l'air de le regarder comme un précurseur. Son travail (Die Behandling van Distorsion pedis mit fricties), ne parut à Amsterdam qu’en 1868.

En Suède, la méthode de Mezger se répand par l’influence de Berghmann, Helleday et surtout de Hofstrun. En Russie, elle fut apportée par Berglind. En Allemagne, elle fut propagée par Rossbach Mosengeil et Busch; en Autriche par Barbieri Reibmeyr et Schreiber.

(Nous n'avons cité dans ce chapitre que les grandes étapes de l'histoire du massage ; dans le chapitre suivant nous mentionnerons les travaux contemporains concernant plus spécialement le rôle du massage dans le traitement des affections qui nous occupent.

Pour la géograplue du massage et l'étude des différentes méthodes usitées chez les différents peuples qu’il serait trop

SR Gr

long d'entreprendre ici, nous renvoyons à la thèse d'Estradère, au livre de Boudin (Voyages en Nouvelle-Hollande), à la Gazette des Hôpitaux de 1839 (Le massage à l’île

Tonga), etc., etc.

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