ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE
Nous n’insisterons pas dans ce chapitre sur les effets hypnotiques du Somnifène, employé soit comme anesthésique, soit comme sédatif et calmant. Dans la première partie de notre ouvrage nous pensons avoir mis suflisamment ses qualités en relief en citant à l’appui de nombreux auteurs.
Ce que nous voulons étudier maintenant, ce sont les propriétés secondaires du médicament. Il ne suffit pas, en effet, qu’il soit un bon hypnotique ; il faut encore que son administration s'opère sans inconvénients pour les divers systèmes de l’organisme, appareils cardio-vasculaire, pulmonaire, digestif, urinaire et thermo-régulateur. Nous terminerons cet examen par l’étude des réactions qu'il produit par accumulation et nous envisagerons même les phénomènes d’intoxication aiguë.
Ces connaissances permettront de préciser les contreindications du médicament, et, éventuellement, de traiter les incidents que son administration pourrait déclancher.
Ce sont principalement les expériences de Redonnet, de G. et D. Bardet qui mettent ces faits en lumière,
Appareil cardio-vasculaire.
L’injection intraveineuse de Somnifène est généralement suivie d’une légère accélération du pouls. Sous l'influence de l'acide isopropyl-barbiturique et de la diéthylamine, la tension artérielle s’abaisse mais pour remonter rapidement et rester ensuite, pendant la durée du sommeil, très légèrement inférieure à -ce qu’elle était auparavant. Pour Hediger et Klaser, cette hypotension serait due au sommeil.
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Une faible augmentation du nombre des hématies avec diminution des leucocytes modifie la composition du sang.
Le myocarde ne paraît pas être touché.
Quercy et Dodard des Loges n’ont enregistré aucun ineident chez un alcoolique suspect de myocardite.
Kindier cite Le cas d’une agitée en état d’hyposystolie chez laquelle l’administration du Somnifène n’a déterminé aucun trouble cardiaque ni rénal.
Enfin l’action sur les vaisseaux sanguins est nulle.
Appareil pulmonaire.
Comme tous les anesthésiques connus, le Somnifène diminue le nombre et l’ampleur des mouvements respiratoires. Les fortes doses peuvent provoquer même la paralysie respiratoire mais dont la gravité cède aux excitants tels que la lobeline ou le camphre qui agissent rapidement sur le centre respiratoire.
A doses toxiques on a obtenu chez les animaux une congestion massive des poumons.
Chez les malades on a signalé quelquefois la formation d’exsudats bronchiques, de la congestion massive du poumon, de la broncho-pneumonie.
Alday Redonnet, convaincu par ses expériences sur les animaux intoxiqués de la rareté des accidents pulmonaires, conclue qu’il s’agit plutôt d’une broncho-pneumonie de déglutition chez les malades en état de narcose continue.
Quercy et Lancelot rapportent, en Janvier 1925, l’observation d’un malade de 65 ans, mort à la suite d’une injection intraveineuse de 10 centimètres cubes de Somnifène. L’autopsie révéla une pneumonie latente. Laignel-Lavastine estime que la pneumonie suffit à expliquer l'issue
+ fatale sans que la toxicité du médicament soit en cause,
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Appareil digestif.
Le Somnifène ne semble avoir aucune action néfaste sur l'appareil digestif. On a observé au contraire qu’il déterminait l’arrêt des vomissements que cause chez le chien l'injection préalable de 1 centimètre cube de morphine.
Cette action est d’ailleurs utilisée par Binet et de nombreux pédiâtres contre les vomissements du nourrisson.
Elle a été également utilisée avec succes contre le mal de mer, et les vomissements incoercibles de la grossesse.
Appareil urinaire.
Comme tous les uréides, le Somnifène possède des propriétés diurétiques connues. Cependant, son emploi doit être surveillé chez les scléreux rénaux qui peuvent présenter de la rétention d’urine et même de l’anurie. Il suffira de suspendre le médicament pour faire disparaître ces symptômes dus à l’accumulation.
Appareil thermo-régulateur.
Les centres thermo-régulateurs sont très sensibles au Somnifène. Il produit un abaissement notable de la température et qui peut atteindre, avec de fortes doses, 4 degrés au-dessous de la normale.
Accumulation.
Les trois composants du Somnifène sont éliminés par le rein. La diéthylamine est éliminée sous forme de diéthylurée. Les deux acides, allyl-isoprophyl-barbiturique et diéthyl-barbiturique ne se détruisent pas dans l’organisme (Fredet et Fabre). Leur élimination commence rapidement après leur absorption mais demande 5 à 10 jours pour être totale. C’est pourquoi la prescription du Somnifène doit
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être intermittente. On pourra même user de doses décroissantes qui suffiront à entretenir l'hypnose obtenue avec les doses plus fortes du début. Ce médicament n’entraîne donc aucun des phénomènes d’accoutumance que l’on observe au cours de l'emploi des autres hypnotiques.
Intoxication.
Les accidents d'intoxication chronique sont évités du fait que le maintien du même degré d’hypnose nécessite des doses décroissantes.
* : Ë à : Les accidents aigus sont relativement rares et n’ont rien de pathognomonique.
Riser, dans le service du Professeur Cestan, ne signale que 2 morts sur plus de 2.000 malades traités par le Somnifène. Dans ces deux cas, une injection de morphine pratiquée au préalable aurait été suivie immédiatement de nausées, de pâleur et de sueurs. Riser soupçonne avec raison la morphine d’être la cause de ces deux échecs. Ajoutons que l’un de ces malades montra à l’autopsie une pneumonie du sommet. L’autre était un dément sénile, polyscléreux et albuminurique.
A côté de ces cas de mort, on cite des incidents moins graves.
C’est ainsi que Riser communique l'observation d’un malade qui présenta, deux jours après l’injection de Somnifène, un érythème généralisé,scarlatiniforme, avec prurit léger ne s’accompagnant ni d’angine ni de fièvre. La guérison survint en 48 heures sans desquamation.
Pasteur-Valléry Radot rapporte le cas à peu près semblable d’une malade qui fut atteinte d’érythème polymorphe avec œdème de la face et prurit généralisé, et guérit au bout de huit jours. Cette malade avait éprouvé les mêmes inconvénients à la suite d'absorption de gardénal.
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On a signalé également des phénomènes d’excitation survenant après la période de narcose soit en chirurgie ou en obstétrique, soit en psychiatrie.
Fredet déclare, d’après ses essais qui portent sur 106 malades traités, que cette agitation est due à une faute de technique, en particulier à l'emploi de doses trop élevées.
Nous pensons également que la plupart des accidents que nous venons de citer peuvent être grandement atténués et même supprimés en employant le médicament avec circonspection, à des doses convenables, et seulement sur des sujets ayant conservé une certaine intégrité cardiaque et rénale, mais surtout pulmonaire,
Il est d’ailleurs facile, le plus souvent, de remédier à ces inconvénients.
Dans les cas d’ingestion récente du médicament, lorsqu'il n’est pas encore fixé sur les centres nerveux, un lavage d'estomac sera pratiqué. Il sera suivi d’un purgatif huileux qui absorbera les dérivés barbituriques acides.
S'il s’agit d’une injection récente, une piqüre intraveineuse de lécithine pourra être efficace.
Fredet et Tardieu recommandent la saignée.
La lobeline, l’atropine et surtout l'huile camphrée, par leur action excitatrice sur le centre respiratoire, seront d’un excellent secours dans le cas d'intoxication récente ou plus ancienne.
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