‹ Contribution à l'étude du traitement de l'éclampsie par le SomnifèneChapitre 16 sur 26 · L'UTILISATION DU SOMNIFÈNE DANS L'ÉCLAMPSIE · texte numérisé non relu

L'UTILISATION DU SOMNIFÈNE DANS L'ÉCLAMPSIE

Il semble que ce soit Emmerich qui, en 1924, employa le premier le Somnifène contre les convulsions de léclampsie. Il rapporte deux observations favorables. Dans la première on avait d’abord suivi la méthode de Stroganoff et les résultats tardaient à apparaître. On injecta alors 4 centimètres cubes de Somnifène. Aussitôt les crises cessèrent pour ne plus reparaître et l’enfant pu être extrait vivant au cours du travail.

Dans le second cas une première injection de 2 centimètres cubes de Somnifène n’ayant pas arrêté les convulsions, la même dose fut répétée toutes les trois heures et aboutit à la guérison. Emmerich conclut que la dose de 2 centimètres cubes est insuffisante et qu’il ne faut pas craindre d’injecter d'emblée 4 centimètres cubes.

En 1925, Marion, de Montréal, emploie à son tour le Somnifène et en signale l’action rapide.

Il faut ensuite arriver en 1928 pour voir ces essais repris sérieusement à l’hôpital d'Alger par Houel, Jahier et Larribère.

La technique employée est ainsi décrite par Larribère :

« Chez toute femme entrant à la Maternité avec le syndrome d’éclampsisme et ayant présenté des crises, après un examen qui confirme le diagnostic d’éclampsisme, nous avons mis en œuvre le traitement prophylactique employé contre lui : saignée de 3 à 400 centimètres cubes, purgation, lavement purgatif, diète hydro-lactosée, et nous avons attendu que se produise une crise.

» Lorsque la crise est survenue confirmer l’éclampsie, nous avons pratiqué, au cours même de la crise, une injec-

lion intraveineuse de 3, 4 ou 5 centimètres cubes de Somnifène. Puis nous sommes restés dans lexpectative.

» Quand le travail se déclanchait ou si la femme était en travail nous intervenions à dilatation complète pour accélérer l’expulsion, à moins qu’un incident, tel la souffrance du fœtus, nous oblige à intervenir avant dilatation complète. Dans ce cas nous avons procédé par incision du col pour accroître la dilatation. »

D’après cette méthode Larribère a traité 8 malades dont nous résumons les observations ci-dessous :

OBSERVATION N° 1. — 29 ans, primipare, grossesse à terme. A la huitième crise, injection intraveineuse de 3 cc. de Somnifène ; la crise est jugulée avant la fin de l'injection. A ce moment la tête est dans l’excavation. Une application de forceps amène l'extraction d’un enfant de 3 kil. 850, né étonné et ranimé aisément.

La malade n’a plus eu de crises.

OBSERVATION N° 2. — 35 ans, cinquième grossesse à terme. Œdème considérable. Crises subintrantes. Injection intraveineuse de 5 cc. de Somnifène. Les crises cessent pendant un quart d'heure, puis recommencent. Lavement purgatif et saignée de 600 grammes. Les crises disparaissent définitivement. L'accouchement a lieu normalement.

OBSERVATION N°38. — 20 ans. Accouche après plusieurs crises convulsives. Six nouvelles crises ont lieu après la délivrance, Entre dans le service, dans le coma, face tuméfiée, langue enflée, œdème des malléoles. Deux nouvelles crises. Somnifène intraveineux, 3 cc. Depuis, plus une crise.

OBSERVATION N° 4. — 23 ans. Secondipare âu huitième mois de sa grossesse. Œdèmes, albuminurie considérable, tension : 20-15 au Pachon. Nombreuses crises. Coma. Saignée de

Lt

400 ce. et lavement purgatif. Injection de 4 ce. de Somnifène intraveineux. Pendant dix jours, l’éclampsisme persiste puis disparaît, Accouchement spontané. Enfant bien portant. Suites de couches normales.

OBSERVATION N° 5. — 20 ans. Primipare. Eclampsie postpartum. Injection intraveineuse de 4 cc. de Somnifène, Quatrième crise. 4 cc. de Somnifène. Les crises sont arrêtées. La malade guérit.

OBSERVATION N° 6. — 20 ans. Primipare. Convulsions violentes, répétées. Œdèmes. Coma. Grossesse de 8 mois environ, Saignée de 300 cc. et lavement purgatif. Nouvelle crise. 3,» cc. de Somnifène intraveineux. Une légère agitation persiste. Le début du travail augmente cette agitation. 2 cc. de Somnifène par voie veineuse. Après une demi-heure de somnolence, l’agitation reparaît, intense. On injecte à nouveau 2 cc. de Somnifène (7,5 cc.). Le calme revient. Une application de forceps amène un fœtus macéré dont la mort semble remonter à plus de 48 heures, donc antérieure au traitement. Une infection puerpérale sévère se déclare. La malade sort du service au bout de 18 jours, en bonne santé.

OBSERVATION N° 7. — 27 ans. Primipare. Eclampsie de la grossesse, au huitième mois. Coma. Œdèmes. Température 38°4. Tension 17-10. Saignée de 250 grammes, lavement purgatif et injection de 1 cc. de morphine pratiquée avant l’entrée dans le service. Quelques nouvelles crises réapparaissent, puis cessent à partir du lendemain. Dans les jours qui suivent l’albuminurie persiste, la tension croît. Au sixième jour, tension 20-12. Saignée de 400 cc., lavage d’estomac. Le douzième jour les crises réapparaissent. Injection de 4 ce. de Somnifène. Accouchement, forceps après incision du col pour souffrance fœtale. Guérison. Enfant vivant.

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OBSERVATION N° 8. — 20 ans. Primipare. Grossesse de 8 mois 1/2. Vomissements. (Œdèmes. Convulsions. Injection de 3 ce. de Somnifène. Les convulsions cessent. La grossesse continue. (La suite de l’observation n’a pu être produite.)

A la suite de ces observations nous croyons utile de faire connaître l’opinion de M, Cleisz qui, dans son article récent au Journal Médical Français (1929), numéro spécial consacré à l’anesthésie obstétricale, nous fait savoir ‘qu’il emploie toujours le Somnifène avec succès dans tous les accès d’éclampsie.

Dans tous les cas, le Somnifène a eu une action remarquable. C’est en nous inspirant particulièrement des expériences de Larribère et de sa technique que nous avons dirigé nos essais.

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