OBSERVATION N° III
M.-L. D.., 20 ans. Primipare. — Eclampsie de la grossesse.
Somnifène : 4 ce. —— Guérison. — Accouchement à terme. ‘Enfant vivant.
Le 24 avril, cette femme nous est amenée avec le diagnostic d’éclampsie. Elle est dans le coma.
Son mari, qui l'accompagne, nous expose les faits suivants:
Les dernières règles de la malade remontent approximativement au 18 août. Elle est d’une constitution robuste et, jusqu’à ces derniers jours, la grossesse a suivi régulièrement son cours sans aucun incident.
Il y a une dizaine de jours seulement l’état général s’altéra. La malade, qui avait toujours continué à travailler depuis le début de sa grossesse, fut davantage sujette à la fatigue, vit son appétit diminuer, remarqua chaque soir de l’æœdème de ses membres inférieurs. Une station debout prolongée lui occasionnait des vertiges.
Jusqu'au 24 avril cette situation se maintient. Mais, ce même jour après le repas de midi, la malade vomit à plusieurs reprises. Elle accuse une céphalée violente et une forte constipation.
A 16 heures survient la première crise d’éclampsie qui se termine par le coma.
Le praticien qui décide de son hospitalisation lui fait, à titre préventif et pour faciliter son transport, une injection de 1 centigramme de morphine.
C’est ainsi que nous sommes appelés à l’examiner.
Tension : 19-13. Pouls : 120. Température : 38°9.
Le sondage de la vessie nous donne des urines rares, rouge foncé; la recherche de l’albumine est fortement positive.
L'examen obstétrical est celui d’un utérus gravide au début du neuvième mois de la grossesse. Le fœtus est en position
DENT En
céphalique. Les mouvements, de même que les bruits du cœur, sont facilement perçus. Au toucher, rien d’anormal.
Nous pratiquons une saignée de 540 cc. et faisons administrer un lavement purgatif.
La malade est toujours dans le coma, s’agite à peine. Un peu de salive rosée au coin des lèvres nous indique une morsure de la langue, antérieure à son entrée dans le service.
Vers 18 heures, la malade sort de sa torpeur mais son regard reste immobile, le visage sans expression.
Comme on lui présente le bassin plat, elle urine spontanément.
Vers 22 heures elle paraît s'endormir. Plusieurs fois dans la nuit elle ouvre les yeux, laisse échapper quelques monosyllabes plaintives mais reste calme. Seules, quelques contractions fibrillaires de la face nous inquiètent.
Pourtant la journée et la nuit suivante s’écoulent sans incidents, sous la surveillance d’une infirmière.
Le 25 avril à midi, les contractions fibrillaires reparaissent à la face qui devient grimaçante. Les yeux roulent dans les orbites, la langue sort et rentre alternativement. Cette phase dure à peine trois minutes, puis la contracture devient généralisée, la respiration insuffisante.
On assiste ensuite à l’accès de convulsions cloniques généralisées.
Avant qu’elles aient pris fin, nous pratiquons l'injection intraveineuse de 4 cc. de Somnifène. Le calme revient immédiatement, la malade pousse un profond soupir et tombe dans un sommeil comateux.
La respiration redevient normale.
Le 27 et le 28, la malade somnole et se réveille par moments.
Le 29, elle reprend conscience mais s'exprime difficilement. La morsure de sa langue peut être en cause.
Le 2 mai : albumine, 0; tension, 15-10; urine, 800 grammes.
A l’auscultation, on trouve un léger foyer de congestion pulmonaire siégeant aux deux bases. Trois ventouses scarifiées sont appliquées de chaque côté.
Le 10 mai, la malade est au régime hydrolacté et lactosé, Les signes de congestion ont disparu. Sa grossesse évolue normalement,
Elle accouche, le 21 mai, d’un enfant pesant 3 kil. 350. Douze jours après elle sort de la Maternité avec son enfant, tous deux bien portants.