OBSERVATION IV
(Due à l’obligeance de M. Blamoutier
interne des Hôpitaux de Paris.)
B..., 44 ans, ouvrier tailleur.
Entre à l’hôpital le 6 février 1923 avec le diagnostic d’encéphalite léthargique. Il est amené par sa femme parce qu'il dort toute la journée et parce qu’il ne peut plus travailler, voyant mal les objets dont il se sert (quelquefois doubles, quelquefois brouillés).
Antécédents. — Rien à signaler jusqu’à la fin du mois de décembre 1922, n'a jamais été malade. Pas de syphilisavouée,
femme bien portante, pas de fausse couche, 5 enfants, 4 sont
bien portants, 1 est mort de méningite à 7 mois.
NT
Histoire de la maladie. — Depuis huit jours son entourage a l'impression que ce malade perd la tête ; il fait des gestes incoordonnés, prononce des paroles incohérentes, il est somnolent toute la journée, quand on le réveille il dit des mots sans suite. La parole est d’ailleurs difficile, embarrassée. Il est d'ailleurs peu aisé d'interroger cet homme qui, Polonais, comprend et parle mal le français. Depuis une dizaine de jours ii ne peut d’ailleurs plus lire son journal, les lettres sont brouillées, il ne parvient pas à comprendre les signes imprimés qu'il ne voit d’ailleurs que dans ur nuage.
Examen. — Somnolent de façon persistante ont est obligé de secouer le malade violemment pour le réveiller. Il est calme mais paraît hébété ; sa parole est embarrassée, difficile, les mots sont mal articulés.
Tremblements de la langue, mouvements des lèvres difficiles. Démarche normale, pas de troubles des mouvements pendulaires, légère raideur du bras gauche.
Tous les réflexes sont normaux, le cutané plantaire en
flexion.
Œil : Pupille droite en mydriase, gauche normale. Elles
réagissent à la lumière maïs faiblement. ‘
ls de troubles de la musculature extrinsèque. Fonds d'yeux normaux. Diplopie très marquée, le malade voit tout en double. Sensibilité normale. La mémoire est déficiente. Il ne se souvient pas de dates connues. Il paraît d’ailleurs absent, «vit dans un rêve ».
Ponction lombaire le 12 février: liquide clair, hypertendu. Albumine : 0,75. Cytologie : 15 lymphocytes. Glycose 1 gr. 33. W. négatif. Benjoin négatif.
ÆExamens oculaires (Service du D' Monthus.)
19 mars 1923. — Réflexes pupillaires très paresseux. Pas de lésion appréciable du fond de l’œil. Pas de diplopie décelable au verre rouge.
2/, avril 1923. — Myopie légère avec astigmatisme inverse de l’œilgauche. Pupilles : ébauche seulement de réaction à la lumière. Parésie de la convergence. Pas de diplopie au verre rouge. Fond d'œil : pas de lésions ophtalmoscopiques appréciables. |
Traitement. — Urotropine per os à raison de 1 gr. 50 par jour du 7 au 18 février.
3 Du 19 février au 3 mars 40 grammes de salicylate de soude iniraveineuse.
Dans le courant de mars-avril faute de veines superficielles perméables on lui fait prendre tous les jours pendant un mois {4 grammes de salicylate de soude par la bouche.
Il sort le 4 mai ne présentant plus ni léthargie, ni troubles oculaires d'aucune sorte (pas de diplopie notamment). Etat général excellent, le malade a bnsidétblemout augmenté de poids.
Le 16 mai 1923 le malade est revu dans le service du pro-
fesseur Carnot à Beaujon où on le garde pendant quelque
temps en observation. Aucun signe objectif, pas d'hyper-
somnie marquée, état général bon. Bon appétit. Très légère inégalité pupillaire : G. plus grande que la D.
Examen oculaire {service du D'Terrien) 16 mai 1923. Pas de stase pupillaire, ni de diplopie ni de paralysie de l’accommodation. Acuité visuelle bonne. Parésie des réflexes
pupillaires.