II. — Traitements
Les différents moyens thérapeutiques utilisés dans la lutte contre les intoxications oxycarboniques ont pour but de combattre les symptômes, d'améliorer l’état général et de rétablir le fonctionnement normal de la respiration.
1° TRAITEMENTS SYMPTOMATIQUES. — On combattra l'asthénie et
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la torpeur par des injections de strychnine et de cacodylate de soude ; des frictions à l'alcool, des boules chaudes et des enveloppements dans des couvertures de laine réchaufferont le malade; on améliorera les troubles digestifs par la diète, le régime lacté et la purgation, la céphalée par l’aspirine et l'antipirine.
2° TRAITEMENT GÉNÉRAL. — On a longtemps préconisé la saignée qui devait éliminer, pensait-on, les globules rouges frappés à mort, et stimuler en même temps l'hématopoïèse; mais, aujourd'hui que l'on sait que les hématies sont susceptibles de récupérer intégralement leur fonction de convoyeur d'oxygène, on en à trop besoin pour s'en priver d’une quantité si minime soitelle. Aussi, certains auteurs, comprenant ce besoin de globules rouges, dans le but d'en apporter d’autres intacts, se sont adressés à la transfusion du sang. Siegfried Stoker le premier en 1888, Burmeister, et enfin Gordon Watson, en 1995, pratiquaient cette intervention à l'étranger; Ardouin, en France, obtenait de vraies résurrections en 1922. Malheureusement, la délicatesse de son application exigeant une instrumentation fragile en restreint considérablement l'usage; devant la difficulté de se procurer le sang du transfuseur, Robin a utilisé les injections de sérum physiologique, obtenant des résultats intéressants.
3° TRAITEMENTS AYANT POUR BUT LE RÉTABLISSEMENT DE LA RESPIRA- TION. — Les procédés par lesquels on a cherché à traiter les asphyxiés en essayant de rétablir la respiration sont les plus efficaces; dans ce but, on a utilisé successivement la voie réflexe et l'introduction directe d'oxygène dans le poumon.
À. — Procédés par voie réflexe. — La révulsion par compresses chaudes sur la région antérieure du cou et du thorax, l'excitation de la muqueuse pharyngienne par une plume d'oie, les inhalations d'ammoniaque ou de chlore, les tractions rythmiques de la langue, les pilules d’éther provoquant un spasme du diaphragme, les applications de courants galvaniques, les injections sous-cutanées de nitro-glycérine à la dose de 0 gr. 0005 à 0 gr. 001, et les injections intraveineuses d’ergotine, précopisées par Klebs, tels sont les principaux moyens à retenir.
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B. — Procédés par introduction d'oxygène dans le poumon. — L'introduction directe d'oxygène dans les poumons a été effectuée par plusieurs méthodes :
a) La respiration artificielle par les procédés de Schælffer et de Sylvester, la plus fréquemment employée par des sauveteurs parfois mal instruits ;
b) Les inhalations d'oxygène pur ou d'air suroxygéné :
a. L'oxygène pur est donné à l’aide d’un masque inventé par Legendre et Nicloux, permettant les inspirations d'oxygène en même temps que l'expiration de l’oxyde de carbone. On a pu ainsi obtenir des résultats rapides et favorables. Deux observations, l'une de M. Nicloux, l'autre de Panis et Salmon, parues dans la Presse médicale (3 septembre 1921 et 28 janvier 1924), ont montré l'efficacité de ce traitement.
6. L'air suroxygéné est administré au patient, auquel on pratique la respiration artificielle, après lui avoir introduit dans la bouche une canule ou une sonde nasale descendant jusque dans le pharynx, ou un masque A. R. S., dont on a ôté la pastille, relié à un ballon d'oxygène.
y. L'’oxygénation pulmonaire directe et la respiration artificielle ont pu être pratiquées simultanément grâce à un appareil dû à l’ingéniosité de Dumonthiers: le courant d'oxygène s'échappant de l’obus met en jeu un système de leviers provoquant alternativement l'envoi au poumon d'air suroxygéné et l'aspi-
-ration des gaz éliminés. Cet appareil, utilisé dans une ambulance de guerre, a permis, sur 50 intoxiqués, dont 18 graves, d'en conserver 48 en activité constante.
Au cours de ce bref exposé, nous avons vu que, parmi les nombreux traitements utilisés, la transfusion du sang et l'oxygénothérapie sont Les plus efficaces. Toutefois, en présence du caractère exceptionnel de gravité de l'intoxication oxycarbonique, de la rapidité de son évolution trop souvent fatale, des lieux souvent éloignés de tout secours où elle se produit, il semble qu'il conviendrait de rechercher une méthode thérapeutique n’exigeant ni les précautions minutieuses de la transfusion
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sanguine, ni les appareillages lourds et compliqués et souvent pénibles à supporter pour le malade, exigés par les inhalations d'oxygène.
Les injections sous-cutanées d'oxygène, aujourd'hui que l’industrie à pu mettre au point des appareils robustes et pratiques utilisant l'oxygène naissant, nous ont paru présenter les conditions nécessaires. Depuis leur introduction en France par Ramond en 1910, de nombreux travaux ont dégagé leurs principales indications thérapeutiques, parmi lesquelles les asphyxies figurent au tout premier plan. C’est pourquoi nous avons apporté notre modeste contribution à ces recherches. En appliquant les nouvelles notions que l’on possède sur l'intoxication oxycarbonique, nous montrerons les raisons physiologiques, le côté pratique et l'efficacité de ce traitement.