CHAPITRE II
Simple exposé des traitements médicaux employés contre les granulations
Les médecins, dans leur compréhension différente du trachome, ont préconisé contre /41 un grand nombre de traitements. Les anciens, et encore aujourd'hui les arabes, employaient des moyens anodins que nous ne citerons que pour mémoire. Ils faisaient et font encore des applications de terre argileuse humide sur les globes oculaires, des cataplasmes de pulpe d’oignon cuit sous la cendre, des insufflations de poudre de safran, de pyrèthre, d’ailes incinérées de chauve-souris. (7hèse, Paris Kadour ben Larbey.) Les vrais musulmans confiants dans leur fatalisme emploient des amulettes d'ivoire données par le marabout pour chasser le génie du mal, ou se contentent seulement de la prière ! (Ar. ocul. 1863-Furnari). Faut il dire qu'à une époque récente, des médecins (Cannes et Scanezini-Bu7, Thérap. 1863) ont osé proposer de laver l'œil granuleux avec de l'urine rendue balsamique ? Les lyonnais qui si fréquemment s’en vont chercher la guérison de leurs affections oculaires dansleseauxles plus souillées du
AO Rhône, n’ont‘ils pas pour excuse les pratiques de ces médecins. ?
Un peu plus rationnel était le traitement de Galien, de Celse, qui employaient un collyre ou une pommade au diamisyos, préparé avec le misy, substance qui était probablement de l’oxyde de fer. Mais ce traitement ne devait sur les vraies granulations n'avoir pas beaucoup plus d’effet que celui de Kadour ben Larbey. Ce médecin arabe vante le Koheul, substance qui varie avec la richesse du malade, formée de sel tantôt d’antimoine, tantôt d’argent, tantôt d’or.
La conjonctivite granuleuse étant une affection infectieuse, il était tout naturel de songer aux antiseptiques comme traitement. Tous les médecins qui emploient des méthodes chirurgicales, se servent des antiseptiques, soit pour le brossage, soit pour entretenir l'asepsie de l’œil. Nous-mêmes, nous nous en servons, et dans un chapitre ultérieur nous verrons comment, àla suite de tous les oculistes, nous employÿons cet agent thérapeutique. Mais Kalt en 1896 (Arch. d'oph.) a vanté comme traitement exclusif des granulations les grands lavages de l'œil faits avec les solutions antiseptiques ordinaires, permanganate de potasse,sublimé ; il croit avoir eu des succès, mais en lisant attentivement ses observations on voit qu'il a traité surtout des ophtalmies granuleuses aiguës. Proskauer (A7ch. oph. 1896) emploie le formol à 1 0/0 ; il fait avec cette solution des attouchements qui sont d’ailleurs très douloureux, Il est permis de douter des résultats que l’auteur ne voudrait devoir qu'à l'agent antiseptique.