‹ Contribution à l'étude du traitement de la coqueluche en généralChapitre 13 sur 46 · RATS · texte numérisé non relu

RATS

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Ces travaux ne sont pas les seuls qui furent faits sur l’antipyrine, dans le service de la Clinique des Maladies des Enfants de la Charité à Lyon. Nous n’avons pas oublié la thèse du D' Bouisson, 1890, qui étudie spécialement l’action de l’antipyrine sur la coqueluche. Mais ses recherches n’ayant porté que sur cinq cas dans lesquels l’antipyrine ne rendit des services que deux fois, et fut trois fois inefficace, ne peuvent être comparées aux nôtres qui comprennent quarante-trois expériences.

Pour faire l’étude détaillée de ces cas, nous mentionnerons d’abord les conditions dans lesquelles l’antipyrine fut administrée : les doses et leurs rapports avec l’âge des malades, l'effet sur les quintes et la durée de la maladie, et enfin, nous chercherons à nous rendre compte de l’action du médicament, sur l’un ou l’autre des éléments de la maladie, catarrhal, nerveux ou parasitaire.

Nous devons noter que,jusqu’en 1886, on faisait prendre l’antipyrine aux coquelucheux de la clinique dans les seuls cas où la température subissait une élévation marquée : c’est-à-dire, le plus souvent, dans les cas compliqués de bronchite ou de bronchopnenmonie. Dans ces conditions, nous ne trouvons que cinq cas pour lesquels on ait prisla peine de constater l’effet sur les quintes. Dans deux cas seulement, elles furent heureusement influencées ; dans trois, elles restèrent les mêmes; ces cas étaient, d’après ce que nous venons de dire, d’une gravité exceptionnelle. RE ADS

Depuis 1886, on donna souvent l’antipyrine et, dès lors, avec l'intention de constater son effet sur la coqueluche en particulier. Les doses sont en général assez élevées :

de 50 centigrammes à 2%",50, pour des enfants de trois ans à sept ans et demi.

Nous trouvons comme doses extrêmes, celle minima de 20 centigrammes chez une malade de six ans et demi ; et celle maxima, de 15,50 à 1#,80, 15,80 à 2 grammes, et à deux reprises 2 grammes chez une enfant de deux ans qui prit ces doses pendant quatre périodes de dix jours chacune, séparées par d'égales périodes de repos. Dans ces deux cas d’ailleurs, les quintes furent amendées et, la guérison survint dans le premier, après deux mois et demi de période spasmodique, et dans le second, après cinq mois.

La formule générale d'administration était la suivante. Autant d'années d'âge du malade, autant de décigrammes d’antipyrine pour une dose qu'on peut répéter deux ou trois fois par jour.

La durée d'administration de l’antipyrine fut variable, d’après les cas et l’effet produit. On continuait son emploi pendant une moyenne de douze à quinze jours de suite, s’il y avait lieu en plusieurs périodes coupées de repos. Dans trois cas nous trouvons vingt, vingt-deux et vinttrois jours d'usage de l’antipyrine à doses variables, sans qu’il en soit résulté autre chose qu’une diminution soutenue des quintes.

Nous avons à mentionner l'effet de cette médication d’une part sur les quintes et les symptômes qui s’y rattachent, d’autre part sur la durée totale de la période convulsive etla terminaison de la maladie. (Voir observ. XVII, XXL XXVII, XXIX.)

Dans un cas, administrée au déclin du stade convulsif, l’antipyrine fit rapidement disparaître tout à fait les quintes.

Dans quinze cas, les quintes diminuèrent de près de la moitié de leur nombre et perdirent beaucoup de leur intensité.

Dans douze, elles furent également bien affaiblies comme intensité mais un peu moins comme nombre, tout en devenant manifestement plus rares.

Dix cas ne présentèrent pas d'amélioration des quintes, et enfin cinq furent douteux ou du moins sans effets bien marqués. ;

Dans aucun de ces cas, nous ne voyons marqué qu’il y ait eu des complications dues à l’élément convulsif, nous ne trouvons ni hémorragies, ni convulsions, ni symptômes de suffocations. Une fois seulement des ecchymoses sous-conjonctivales se produisirent. Les vomissements étaient presque toujours heureusement amendés ; l’ulcération du frein de la langue qui se rencontrait dans plus de la moitié des cas, suivait la marche des quintes en décroissant et en disparaissant avec elles.

Quant à la durée de la maladie, c’est-à-dire de la période des accès de toux avec reprise sifflante, puisque ce n’est que d’après celle-ci qu’on peut en juger, nous avons obtenu les chiffres suivants :

Dans 16 cas où nous la trouvons notée, la durée a été: 3 fois de 2 mois 1/2 ; 3 fois de 3 mois ; 6 fois de 3 mois 1/2 ; 2 fois d': 4 mois ; enfin 2 fois de 5 mois. Tous | se terminèrent par la guérison, excepté dans 8 cas où la mort survint après des crises de toux très intenses et des complications d’ordre nerveux ou broncho-pulmo naire.

Dans un cas fatal, l’antipyrine avait pourtant été administrée dès le cinquième jour de la période convul-

sive chez une enfant de cinq ans et demi, à la dose de 15,50, répétée huit jours de suite : nous sommes bien loin ici du succès de Sonnenberger. Le précepte d'administrer l’antipyrine au débat du stade convulsif n’a pas été facile à observer, car presque tous nos malades entraient à la clinique parce qu’elles avaient une toux quinteuse depuis plusieurs jours. Rarement on a pu les observer dès le début, nous ne le voyons guère que dans trois cas, sur lesquels on n'obtint qu'une seule fois un résultat vraiment utile.

Il serait du plus haut intérêt également de contrôler au moyen de notre statistique le triple effet de l’antipyrine sur l’élément catarrhal, convulsif et infectieux qu'ont obtenu Sonnenberger et Dubousquet-Laborderie. La raison invoquée plus haut nous empêche de voir ce que peut le médicament qui nous occupe contre l’élément catarrhal, AU Lo

Nous n’avons aucun moyen commode de juger de son effet sur l'élément microbien spécifique de la coqueluche, ou du moins, nous pensons qu’il est difficile d'attribuer à l’antipyrine plus où moins d'action antiseptique que d'action antispasmodique. Dans cet ordre d'idées, nous voyons donc que dans nos 43 cas, avec 28 diminutions marquées de quintes, 10 cas inefficaces et 5 sans effets bien évidents, nous pouvons attribuer à l’antipyrine une véritable action anti-convulsive, ce qui correspond d’ailleurs à l’action sédative du médicament sur le système nerveux en général et qui a été constatée dans les cas les plus divers.

En somme, l’antipyrine est un médicament fort utile dans la coqueluche, et les services qu’elle peut rendre ne

sont pas à dédaigner. Ilne faut pas non plus la considérer comme un spécifique, ce serait s’exposer à des mécomptes, mais sans s’astreindre à ne l’employer qu’exclusivement à des périodes déterminées, on peut en retirer d'excellents effets dans la plupart des cas et à tous les stades de la maladie, en profitant de la tolérance habituelle ou même presque constante que les jeunes organismes témoignent en sa faveur.

Sulfate de quinine. — Depuis l'usage de l'antipyrine, les applications du sulfate de quinine ont été bien restreintes dans la coqueluche. D’assez nombreux auteurs l’ont néanmoins conseillé récemment encore, et sous diverses formes. M. le professeur Soulier lui attribue une grande utilité dans la coqueluche, il en recommande l'emploi. PU l

C’est ainsi que Rossbach (Berlin Woch. 1880), le prescrit à haute dose. Fervers, dans une statistique des cas de la clinique du professeur Ungar, 1888, constate les bons effets de cette médication et dit qu’on administrait le médicament par décigramme autant de fois par vingtquatre heures que l’enfant comptait d'années. Les injections hypodermiques de chlorhydrate de quinine avaient été également essayées dans les cas où le sulfate n’était pas toléré par l’estomac, mais elles avaient donné lieu à des abcès et des nécroses et en somme, à de mauvais résultats. Sonnenberger trouve le sulfate de quinine difficile à faire prendre aux enfants, à cause de l’amertume de son goût que l’on ne parvient pas à masquer, et il lui pré-fère l’antipyrine. Baginsky (Mugdan, 1888) l'a essayé à doses élevées avec quelques succès. Il le recommande encore dans la quatrième édition (1892) de son Traité des

ES maladhes des enfants. Rappelons enfin Hervez de Chégoin (Union médicale, 1874) qui, tout en donnant le sulfate de quinine à l’iñtérieur, à des doses appropriées à l’âge, faisait appliquer sur les parties latérales du cou de ses malades des mouches de Milan saupoudrées d’un demi à 1 centigramme de sulfate de morphine, et qui soutenait avoir par ce double moyen amené la guérison au plus tard du vingt-cinquième au trentième jour de la période spasmodique.

Tous ces résultats nous font certainement bien regretter de ne le trouver que deux fois employé dans nos cas, où d’ailleurs il s’est montré sans effet sur les quintes.

Nous avons aussi constaté la difficulté qu’on éprouve à le faire accepter aux enfants, surtout aux moins avancés en âge.

Benzine.— Disons en passant quelques mots de cet agent que nous trouvons employé à l’intérieur à la dose de IV ou V gouttes dans trois de nos cas: une fois les bons effets en furent évidents et la durée de la maladie abrégée par sept jours de traitement : une fois on vit une diminution notable des quintes avec durée moyenne: enfin une fois l’effet fut nul sur les quintes, mais l’enfant sortit guérie après une coqueluche de neuf semaines (obs. XX VII). Nous pouvons donc lui reconnaître quelque efficacité, et, là, ce ne peut-être qu’au point de vue antiparasitaire, car l’action anesthésique de la benzine est bien contesté (Benech), tandis, que tout le monde admet à la fois son pouvoir antiseptique et son élimination par la muqueuse respiratoire. Baginsky reconnaît son utilité.

Le bromoforme. — Liquide incolore, d’odeur et de saveur se rapprochant de celles du chloroforme dont il est

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l’'homologue chimique le bromoforme réunirait, une triple action :antiseptique ; anesthésique, et légèrementirritante sur la muqueuse laryngo-pharyngienne.

Il était donc tout indiqué de l'essayer dans le traitement de la coqueluche et l’on était en droit, d’après des recherches chimiques et physiologiques d’en attendre les résultats les plus brillants. Eneffet, sa triple action. le rapproche de l’antipyrine.et puisqu'on parle, à propos de la coqueluche, de médicaments rationneis et de médicaments empiriques, il nous semble qu’il est vraiment difficile d’en employer de plus rationnels que ces deux-là dont l’action triple s’adresse précisément aux trois éléments de la maladie qui nous occupe.

En effet, Stepp,-en 1889, l’expérimenta dans 100 cas, dont 45 garçons et 55 filles agés de huit semaines jusqu’à sept ans. Il leur en administra de II à V gonttes trois ou quatre fois par jour, suivant leur âge. Des les premiers jours, il observa. une amélioration notable de l’état général; au bout de trois ou quatre jours les quintes

devinrent plus rares et disparurent complètement

après une durée de deux à quatre semaines. Il nota quelquefois seulement un peu de lassitude et de somnolence chez ces malades. |

L'effet médicamenteux fut attribué par lui à l’action antiseptique du brome libre qui était éliminé par les voies respiratoires. | :

L’anné2 suivante, Læwenthal (Berlin) confirma ces résultats.

Quant à nous, nous trouvons le bromoforme employé à la Clinique depuis 1890. Nous possédons vingt-neuf observations de ses effets sur lesquelles nous n’avons

qu'un seul cas terminé par la mort qui arriva après une période de deux mois de quintes fortes et nombreuses, et des complications de broncho-pneumonie et tuberculose pulmonaire et méningée. Dans les vingt-huit autres cas qui se terminèrent favorablement après une durée variable que nous étudierons plus loin avec plus de détails, nous en trouvons dix où le nombre des quintes fut considérablement diminué en même temps que leur intensité : et où les vomissements disparurent rapidement; neuf dans lesquels la diminution des quintes tout en étant marquée fut moins accusée que ci-dessus, et enfin, neuf sur lesquels le bromoforme n’eut aucune prise; sauf cependant sur un, où, chose importante, à faire ressortir, les quintes ne furent pas diminuées, il est vrai, mais furent maintenues à un nombre raisonnable et non dangereux au point de vue des complications, puisqu'elles devinrent beaucoup plus nombreuses à la suppression du médica ment qu'on suspendit pour juger de son action, et furent de nouveau réfrénées à des proportions moyennes quand on l’eut repris (obs. XIX, XX, XXL CN VIE XX VII, XXIX).

Dans ces vingt-huit cas, la durée de la maladie ne put être considérée comme raccourcie que deux fois où elle fut de cinq et six semaines. Pour les autres elle fut une fois de cinq mois, cinq fois de quatre mois, et le reste de trois mois et demi à trois mois, ce qui est considéré à la Clinique comme une durée moyenne, d’après une étude très complète et très approfondie, faite par MM.S. Perret et Givre sur les caractères cliniques de la coqueluche, qui a paru dans la Province médicale en juin 1892, et quinous a été, pour notre travail, de la plus grande utilité.

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