OBSERVATION II
Th..., chimiste, 30 ans. Etait atteint de gastrite déjà avant son embarquement, mais son mal lui semble aggravé par la nourriture du bord. Ses accès de gastralgie, très violents, surviennent environ un quart d'heure ou une demi-heure après
les repas, il a surtout des éructations gazeuses, quelquefois des
Mot
régurgitations qui n'agacent pas ses dents. Une fois, il est pris de vomissements, d’odeur rance. A l'examen physique, le malade présente du tympanisme stomacal augmenté en largeur, s'étendant vers l'hypochondre droit, et du bruit de clapotage (à jeun). Le terrain névropathique du malade est attesté par une hyperesthésie prononcée, par son caractère très versatile, son émotivité excessive et certaines bizarreries de sa conduite. C’est un gastralgique de cause nerveuse. Par l’élixir parégorique, le bromure de potassium, par le sirop d’éther; je parviens toutefois à améliorer ces accès.
Mais, mon malade, qui boit avidement de la bière, refuse de manger. [Inutile de lui rien ordonner, car il n’aime pas obéir: depuis certaines mésaventures qu'il eut, se méfie particulièrement des médecins. Je réussis cependant à lui persuader doucement, cumme par mégarde, que le régime lacté d'abord exclusif, puis mitigé par les fruits des Antilles, bananes et sapotilles, font merveille dans son cas. Il finit par se rendre à mes conseils et effectivement, trois jours de ce régime exclusif suffisent pour rendre au malade son appétit normal, sinon sa croyance à la médecine, et il déclare qu'à l’avenir il ne man-
quera pas de recourir au même traitement.