TL NET
Au point de vue mental, il manifeste une euphorie qui contraste avec l'importance de ses signes physiques : il se trouve très bien ; il n’attache aucune importance à ses troubles ; il fait des projets d'avenir. Cependant depuis six mois il ne travaille plus.
Sa femme, que nous interrogeons, nous confirme la maladresse de ses mouvements : il échappe les objets qu'il tient ; il ne peut écrire un mot ; il déchire le papier avec sa plume.
Au point de vue mental, elle nous dit qu’elle a remarqué depuis quelque temps un changement dans son attitude et dans son caractère «il ne prend plus les choses comme avant » dit-elle, il est devenu irascible, d'humeur inégale, son jugement qui était bon est souvent mis en défaut.
Bref, il semble bien que notre malade évolue dans le sens d’une paralysie générale.
A l'hôpital, on le soumet à nouveau à un traitement spécifique par le novar et par le mercure.
Au bout d’un mois de traitement, l’état du malade a empiré dans de fortes proportions : il ne peut plus marcher, ne se lève plus, sa parole est de plus en plus embarrassée.
Au point de vue mental, 11 est déprimé; son jugement est lent et déficient ainsi que sa mémoire.
A cette époque (fin novembre 1926), nous proposons un traitement par le stovarsol. On lui fait une première série de 20 grammes, à raison de trois injections de 1 gr. 50 par semaine.
Dès la huitième injection, l'effet nous apparait très nettement : le malade présente une parole beaucoup
NI
moins embarrassée, ses mouvements deviennent plus sûrs, plus précis.
A la fin de la première série, il y a une réelle transformation dans l'attitude du malade, qui est devenue dégagée : il peut se lever, marche sans difficulté.
Le signe le plus net est l’amélioration de sa dysarthrie : son élocution est plus rapide et beaucoup moins émbarrassée.
Au point de vue mental, il a repris son autocritique. Lui-même parle de «sa guérison » et de l’époque où il avait «quelque chose dans la tête ».
Le malade rentre chez lui.
La ponction lombaire pratiquée à cette époque révêle un abaissement très marqué de l’albumine (0 gr. 70 par litre au lieu de 1 gr. 10) et de la lymphocytose (très légère après centrifugation).
À noter qu'à la suite de cette ponction, le malade a présenté un état nauséeux et de la céphalée, rappelant les symptômes qui accompagnent la ponction lombaire chez un sujet normal.
Toutes les ponctions précédentes n'avaient été suivies chez lui d'aucun trouble semblable.
Après un repos de trois semaines, nous lui faisons une nouvelle série de 22 grammes de stovarsol. ,
L'amélioration du malade se confirme et s’accentue après cette deuxième série à tel point que le malade présente absolument l’aspect d’un sujet normal :
Sa démarche est tout à fait assurée.
Sa parole est à peine marquée de temps en temps d'une très légère hésitation. Ses pupilles semblent à
présent réagir normalement à la lumière. Ses réflexes rotuliens sont redevenus normaux.
Son écriture est tout à fait régulière.
Il raisonne bien, son jugement est bon.
Il reconnaît qu'il a été-malade, qu'il a perdu bien du temps. |
Sa femme confirme en tous points notre impression et nous dit qu'il est redevenu « comme avant ».
Il garde toutefois encore une certaine euphorie, une tendance aux idées de satisfaction.
Le malade subit actuellement une troisième série que nous avons désiré faire pour parachever des résultats qui nous semblent déjà très satisfaisants.
Il reste évidemment toujours un doute : peut-il s’agir d’une guérison ? N'’est-on' pas plus probable- ment en face d’une rémission ?
La lymphocytose et l’albuminose sont, certes, abaissées dans de très fortes proportions, mais le Wassermann persiste à être positif et c’est là assurément le point le plus inquiétant du problème.
Ce malade, qui est intelligent et se prête avec la plus grande docilité à tous les examens qu'on exige de lui, est évidemment intéressant à suivre.
Il conviendra de multiplier les examens du liquide céphalorachidien, suivant la méthode d'Arthur Vernes afin de reprendre le traitement à la moindre alerte de réactivation.
Nous regrettons beaucoup de ne pouvoir donner sur ce malade que des résultats aussi récents.
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