‹ Contribution à l'Étude du Traitement de la Septicémie méningococciqueChapitre 27 sur 31 · IL. — Mode d’action de l’endoprotéinothérapie · texte numérisé non relu

IL. — Mode d’action de l’endoprotéinothérapie

Reïlly et ses élèves, par leurs études expérimentales sur l’action de l’'endoprotéine, non seulement dans les états infectieux dus au bacille de Ducrey et au mélitococcus, mais aussi dans ceux dont le méningocoque est responsable, arrivent à cette constatation que l’endoprotéine agit en provoquant un choc d'ordre spécifique entraînant une réaction inflammatoire et humorale intense de l'organisme infecté à la faveur de laquelle celui-ci se débarrasse de ses foyers microbiens.

Ce choc, si en définitive il aboutit à la création d'un même état réactionnel de l'organisme que celui dont est responsable le choc obtenu par la protéinothérapie non spécifique (injections de métaux colloïdaux, de peptone..….), dérive cependant d'un mécanisme tout différent, Il exige, en effet, pour se produire, que l'organisme soit déjà sensibilisé vis-à-vis de l’anti-

gène microbien, et cette notion de sensibilisation

préalable est capitale à retenir si l’on veut comprendre le mode d'action de l'endoprotéine.

Cet état de sensibilisation ou d'allergie de l'organisme ne fait que traduire l'intolérance acquise par celui-ci au cours de l'infection, sans doute par la répétition des décharges microbiennes qui s’effectuent lors des accès fébriles. Mais cet état d'allergie ne s’élabore que graduellement. Elle nécessite : (a) une certaine période de temps, (b) une certaine extension du foyer infectieux qui « en multipliant les contacts agressifs du microbe infectant, et à la condition... que son importance ne paralyse pas tout effort réactionnel, intensifie le degré de sensibilisation du malade à l'égard de l’antigène microbien » (Teissier, Reilly, Rivalier), (c) que le microorganisme infectant favorise cet état de sensibilisation : et à cet égard ces mêmes auteurs montraient la différence qui existe entre le bacille de Koch, le bacille de Ducrey qui créent au prix d’une lésion minime cet état d’intolérance de l’organisme, et le méningocoque qui, « au contraire, ne le crée que lentement (forme pseudo-palustre), ou au prix souvent de lésions étendues incompatibles avec une longue survie (M. C. S. aiguës) ».

On voit donc l'intérêt qu’il y a de pouvoir déterminer de facon aussi précise que possible à la fois l'existence et le degré de cet état de sensibilisation.

Déjà dans sa thèse Luton démontrait l'avantage qu'il y aurait à se servir de l'endoprotéine comme antigène pour déceler la présence d'anticorps dans le

sérum des malades atteints de méningococcémie à

Los) VA doi

type pseudo-palustre par la méthode de fixation du complément. Si d'autre part on rapproche ces remarques de celle-ci, que formulaient Teissier, Reilly et Rivalier au sujet du chancre mou : « L'état de sensibilisation des chancrelleux s'installe au moment même où la présence d'un anticorps dans leur sérum devient décelable par la méthode de Bordet-Gengou » (1), on peut supposer qu’il y aurait là un moyen de vérifier si le sujet est ou non en état d’allergie. Mais cela ne nous permet pas pour autant d’en préciser le degré car, ajoutent ces auteurs, « il n’y a pas parallélisme entre le degré de sensibilisation du chancrelleux et l’étendue du pouvoir que possède leur sérum de dévier l’alexine ».

Aussi devons-nous être reconnaissants à M. Reilly et à ses élèves d’avoir mis au point dans la méthode de l’intradermo-réaction à l'endoprotéine un moyen aussi élégant qu'efficace d'apprécier l'état de sensibilisation de l'organisme infecté.

On sait que l’intradermo-réaction consiste en la réaction locale du revêtement cutané à une injection dermique de 1/10 cmc. d’une solution d’endoprotéine méningococcique diluée au tiers dans du sérum physiologique. La réponse se lit au bout de 24 heures et se traduit par une lésion inflammatoire locale plus ou moins étendue selon le degré d'intolérance acquise par le sujet et qui varie suivant les formes de l’infecion sans doute, mais plus encore suivant la consti-

1. « Recherches expérimentales sur l’infection chancrelleuse », Journal de Physiologie et Pathologie générale, juin 1927.

TRS

tution héréditaire ou acquise du sujet. Oril existe une relation étroite entre l'intensité de l’'intradermoréaction et la violence des signes généraux provoqués par l'injection profonde d'endoprotéine, relation prévisible d’ailleurs, puisque l’une et l’autre réaction sont essentiellement sous la dépendance du degré de sensibilisation de l'organisme.

A ces titres, la pratique de l’intradermo-réaction est d'une prudence doublement nécessaire avant la mise en œuvre du traitement. Elle renseigne, en effet, d’une part sur l'opportunité de celui-ci, elle permet, d'autre part, d'éviter chez un sujet particulièrement sensibilisé et affaibli le déclenchement par une dose d’endoprotéine exagérée d’un choc trop violent.

D'ailleurs, puisque aussi bien nous avons évoqué plus haut l’étroite analogie qui existe entre l’endoprotéinothérapie spécifique du chancre mou, de la fièvre de Malte et de la méningococcémie à type pseudopalustre, il est juste de souligner la notable différence de degrés qui existe entre les réactions provoquées par cette médication dans ces diverses maladies. Souvent atténuées dans les états méningococciques, elles sont beaucoup plus intenses au cours de la fièvre de Malte ou du chancre mou. Aussi la dose d’endoprotéine à injecter sera-t-elle plus importante dans les méningococcémies que dans ces deux autres affections, et alors que dans celles-ci une dose de 2/10 cmc. à 5/10 cmc. suffit à provoquer une forte réaction, il faudra dans celle-là recourir à des doses de 1,5

à 2 cmc. et même davantage. Cette différence est direc-

Cf Les

tement en rapport avec l'aptitude plus grande du melitococcus et du streptobacille à sensibiliser l'organisme. De toutes les formes de méningococcies, seule la forme pseudo-palustre, par sa longue évolution et l'absence de localisation grave, donne au méningocoque le temps de sensibiliser suffisamment l'organisme. Aussi, est-ce dans ces formes que l’endoprotéinothérapie a remporté ses succès les plus brillants (Reilly).

Ainsi donc, nécessité pour que le choc se produise d’une sensibilisation antérieure de l'organisme vis-à-vis de l’antigène microbien. Mais par quel mécanisme cet état d’allergie favorise-t-il l’éclosion du choc ? Il semble que l'introduction dans un organisme déjà sensibilisé vis-à-vis de l’antigène microbien d'une quantité notable de cet antigène, sous un petit volume, crée dans l’économie un état passager d hypersensibilité. Cette hypersensibilité, due à l'interaction antigène-anticorps, exalte les moyens de défense de l’organisme qui assurent d'abord sa désensibilisation et ensuite, mais de façon inconstante, sa guérison par la destruction des méningocoques dans les gîtes où ils végètent. En effet, ce conflit humoral entraine l'augmentation rapide des anticorps (sensibilisatrices) et il y à parallélisme exact entre rapidité et facilité de désensibilisation d’une part, et d'autre part l'élévation du taux des sensibilisatrices, quoiqu'il ne semble pas y avoir relation de cause à effet entre ces deux phéno-

mènes.

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Mais si le sujet est désensibilisé il n’est pas nécessairement guéri : « Ce n'est pas parce qu'il est désensibilisé ou parce qu'il a des anticorps dans son sérum que le malade guérit ; il peut être guéri sans être sensibilisé et vice versa » (Teissier, Reilly, Rivalier). Cette remarque qui s'applique au chancrelleux paraît tout aussi Juste sinon plus des sujets infectés par le méningocoque. Pour que le malade guérisse, il faut que l'organisme soit à même d'utiliser à cette fin la réaction humorale produite par le choc. Or, il n’en est pas toujours ainsi, et alors que certains malades guérissent à la suite d’un choc de moyenne intensité l'infection chez d’autres résiste à des chocs plus violents. Sans doute faut-il attribuer ces différences au rôle que jouent les caractères acquis et héréditaires de chaque organisme dans la détermination de l'aptitude réactionnelle de chacun.

Notons, enfin, que l’endoprotéinothérapie, même lorsqu'elle assure la guérison, ne crée pas un état d’immunité de l'organisme vis-à-vis du méningocoque. La rapidité même de son action, la possibilité de rechute et de récidives le démontrent clairement. En somme, l’'endoprotiénothérapie agit par le même processus que la protéinothérapie banale dont l'efficacité dépend tout autant de l’état d'allergie de l'organisme infecté. La différence entre les deux méthodes vient de ce que les protéines ordinaires provoquent un choc que le sujet soit ou non sensibilisé vis-à-vis de l’antigène méningococcique, tandis que l'endoprotéine

n’amène la réaction humorale — et souvent alors une

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