ET TUBERCULOSE EXTERNE
Le naplitol p a été jusqu’à présent seul employé en chirurgie, sous les formes suivantes : naphtol en poudre, gaze naphtolée avec ou sans glycérine, solution aqueuse ou alcoolique, naphtol camphré, et naphtol sulforiciné.
1. Naphtol p en poudre. — M. Reverdin a utilisé le naphtol p dans les pansements externes sous formes de poudre et de gaze. (La gaze contient 10 à 15 parties de naphtol pour 100 d’étoffe.) M. Nicaise l’a essayé sous ces deux formes ; il se sert de gaze purifiée naphtolée à 5 p. 100. Pour diminuer la pulvérulence du naphtol incorporé à la gaze, il fait ajouter un peu de glycérine à la préparation.
2. Solution alcoolique de naphtol. — Cette solution a été employée en 1889 par M. Peyrot à l’hôpital Lariboisière et M. Poirier, dans le service de M. le professeur Duplay à l’hôpital Beaujon. M. le professeur Bouchard formule ainsi cette solution :
Naphtol p 5 gr.
Alcool à 90° 33 gr.
Eau distillée chaude q. s. pour 100 c. c.
Filtrez à chaud.
Quand on veut se servir de cette solution, il est nécessaire de faire plonger le flacon dans un bain-marie, la seringue à injection baignant dans une solution antiseptique chaude. Ces précautions sont indispensables pour empêcher la précipitation du naphtol. En employant cette solution, il y a à craindre l’intoxication par l’alcool ; d’après M. Bouchard, chez un homme du poids moyen de 65 kil. on ne pourrait dépasser 312 c. c.
« C'est là un chiffre dont il faut tenir compte, dit M. Lasserre (Th. doct., Paris, 1889). Si dans les abcès froids de petit et de moyen volume, on peut sans inconvénients chez un adulte remplir la poche avec une solution alcoolique, il y aurait du danger à vouloir procéder de même quand il s’agit de vastes abcès par congestion, tels qu’on les
observe dans la fosse iliaque, par exemple. On devrait alors avoir soin de rester notablement au-dessous de la dose toxique. La même prudence s’impose quand il s’agit d’abcès assez volumineux chez les enfants. Nous nous sommes constamment servi de la solution alcoolique au 1/3 contenant 5 0/0 de naphtol, mais pour les vastes abcès, on pourrait injecter une solution moins fortement alcoolique et moins chargée de naphtol, une solution contenant par exemple pour 100 c. c., 20 c. c. d’alcool et 2 gr. de naphtol.
On est limité dans ces injections non par le médicament actif, mais par le véhicule. A ne tenir compte que du naphtol on pourrait injecter, du moins théoriquement, près de 2 litres de la solution ; mais la toxicité de l’alcool réduit ce chiffre à 300 c. c. environ. »
M. Peyrot a employé la solution alcoolique de naphtol dans le traitement des abcès froids et des ganglions tuberculeux. A la suite des injections, les malades se plaignent d’avoir éprouvé quelques douleurs les jours suivants.
Le naphtol sous cette forme a été utilisé pour le traitement des tuberculoses locales, dans le service du professeur Duplay, à l’hôpital Beaujon; il a donné de bons résultats. Nous en rapportons quelques observations que nous devons à l’obligeance de notre excellent collègue et ami Mau cl aire.
3. Naphtol camphré. — Le naphtol camphré est employé en injections, dans le pansement des plaies, et pour la stérilisation des instruments.
A. Injections : a ) Injections dans les cavités. — M. Périer et nous même avons fait fréquemment des injections de naphtol Camphré, dans les articulations, les os, les synoviales tendineuses, les abcès froids, la plèvre, l’utérus. Nous en avons injecté jusqu’à 50 et 100 grammes. Ces injections ne sont pas du tout douloureuses, et ne déterminent ni accidents locaux, ni phénomènes généraux d’intoxication. On se sert avec avantage, pour ces injections, d’une seringue en verre, avec piston en fils de coton ou d’ouate, le naphtol camphré ayant l’inconvénient d’altérer le caoutchouc en le faisant augmenter de volume et le rendant cassant.
b) Inj ections interstitielles. - — Le naphtol camphré employé en injections interstitielles, avec une seringue de Pravaz, a donné
d’excellents résultats, dans les anthrax, dans quelques néoplasmes malins, dans la tuberculose des os, des articulations, des synoviales tendineuses, du testicule et dans les adénites chroniques suppurées ou non. Nous reviendrons prochainement sur le traitement de ces adénopathies par le naphtol camphré. Avec les précautions antiseptiques ordinaires, on injecte quelques gouttes (de 2 à 10) de liquide, en nombre proportionnel à l’étendue de la lésion et au volume de la tumeur ; on peut faire plusieurs piqûres un peu espacées. Dans aucun des cas que nous avons traités par ces injections interstitielles, nous n’avons observé la moindre réaction inflammatoire ; la plupart des malades ne se plaignaient que de la piqûre de l’aiguille, un petit nombre (en particulier des femmes) accusaient pendant quelques minutes, une sensation de gêne, de fourmillements. Il suffît de faire ces injections tous les huit jours, puisqu’il est démontré que l’action du naphtol s’exerce pendant huit ou dix jours et que les urines en renferment des traces durant cette période.
c) Instillations vésicales . — Dans cinq cas, nous avons employé avec succès le naphtol camphré en instillations (4 à 5 gouttes tous les 6 ou 8 jours) dans la cystite tuberculeuse et dans les cystites purulentes. Nous savons que depuis quelques mois, le naphtol camphré est utilisé à la Clinique des voies urinaires de l’hôpital Necker et donne de bons résultats dans ces conditions.
B. Pansements. — M. P érier, à l’hôpital Lariboisière, et nousmême dans son service et dans celui de M. Labbéà l’hôpital Beaujon, avons souvent fait usage du naphtol camphré pour les pansements. Ce médicament agit très bien dans les suppurations abondantes et prolongées, les plaies septiques, ainsi que nous en avons rapporté plusieurs observations dans des travaux antérieurs. Les plaies infectées et atones, pansées au naphtol camphré, bourgeonnent activement, la suppuration diminue et la cicatrisation ne tarde pas à se faire. De vieux ulcères variqueux étendus et mal soignés, perdent leur mauvaise odeur dès le premier pansement au naphtol camphré, se recouvrent de bourgeons actifs et guérissent bien. Dans les manifestations externes de la tuberculose : tuberculose de la peau et des muqueuses avec ou sans ulcérations, abcès froids, ostéites tuberculeuses, synovites tuberculeuses ulcérées, cet antiseptique nous a donné de beaux résultats.
Pour ces pansements on se sert de gaze hydrophile simple ou de gaze au salol, imbibées de naphtol camphré (le salol s’y dissout) que l’on applique à la surface des plaies, ou que l’on introduit dans les trajets et les cavités accidentelles ou naturelles. Pour ces derniers cas, on fait pénétrer des mèches de gaze ainsi imbibée, à l’aide de la pince de Lister, aussi profondément qu’on le désire. L’occlusion delà plaie peut être faite sans inconvénients et dans tous les cas où ce mode de drainage a été employé, la réunion primitive n’a pas manqué lorsqu’on l’avait cherchée. Ce procédé permet, en laissant le naphtol camphré en contact avec les tissus, de prévenir les dangers d’auto-infection et d’assurer plus complètement l’asepsie de la plaie.
C. Instruments. — Le naphtol camphré peut servir à maintenir aseptiques les instruments plongés dans ce liquide : il ne détériore ni le métal ni le bois. M. Périer a fait à la Société de chirurgie (mars 1889) une communication sur cet emploi du naphtol camphré.
Le tranchant des couteaux baignant depuis longtemps dans ce liquide n’est en rien altéré. Des fds d’argent, des aiguilles à suture et des pinces à forcipressure, si difficiles à maintenir aseptiques, des crins de Florence, sont conservés dans ce médicament avec grands avantages et sans inconvénients. Nous avions cherché à user du naphtol camphré pour la conservation des drains et des sondes en caoutchouc, nous avons dû y renoncer, ils augmentaient de volume et devenaient mous et cassants.
M. Schwartz a employé le naphtol camphré pour le pansement des plaies et des ulcérations tuberculeuses et a fait sur ce sujet une communication à la Société médico-pratique (oct. 1889). Ses principales conclusions sont les suivantes : « Les pansements avec le naphtol camphré ne sont pas douloureux ; il y a bien une légère cuisson, mais qui disparait au bout d’un certain temps Sous l’influence
du naphtol camphré le bourgeonnement s’effectue sans encombre et la cicatrisation marche tout aussi bien qu’avec l’iodoforme. .. C’est certainement un avantage incontestable du naphtol camphré de pouvoir être employé sans danger, à l’encontre des autres antiseptiques ordinaires qui sont pour la plupart toxiques.
En résumé, le naphtol camphré nous paraît un très bon agent de
pansement, que nous employons concurremment avec l'iodoforme pour le traitement des plaies et ulcérations tuberculeuses. »
4 .Naphtol sulforicinè. — M. Périer emploie dans son service, à l’hôpital Lariboisière, depuis quelques semaines, le naphtol sulforiciné de la même façon et dans les mêmes cas que le naphtol camphré. Il a paru donner quelques bons résultats.
F. DES ACCIDENTS IMPUTABLES A l’eMPLOI CHIRURGICAL DU NAPHTOL (5