‹ Contribution à l'étude du traitement de la tuberculose des os, des articulations et des synoviales tendineuses, de l'emploi des antiseptiques et en particulier du naphtol camphréChapitre 15 sur 32 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Du traitement de la tuberculose des os, des articulations et des synoviales tendineuses par l’emplâtre mercuriel.

John Scott, en 1828, indique l’emploi de l’emplâtre mercuriel combiné à l’immobilisation et à la compression dans le traitement des tumeurs blanches. Sur les conseils de Scott, May or applique ce procédé et s’en trouve bien. En 1848, Boileau de Castelneau publie dans sa thèse des observations où l’onguent mercuriel a donné des succès.

Richet en 1853 s’exprime en ces termes sur l’action de ce médicacament : « L’onguent mercuriel arrive en première ligne parmi les pommades ; il agit en effet avec rapidité et énergie et peut être considéré à bon droit comme un résolutif excellent. Il est même regardé par certains thérapeutistes comme antiphlogistique et convient aussi bien dans la période d’inflammation que dans celle d’induration. On peut l’employer sur la peau dépouillée ou non de son épiderme par un vésicatoire, en surveillant toutefois les gencives. »

En 1879, Guinier et Pécholier se félicitent d’avoir employé l’emplâtre mercuriel combiné à l’immobilisation et à la compression.

Le Dr S u char d présente à la Société de chirurgie, en 1879, un mémoire sur le pansement de Scott et le décrit ainsi :

« La peau est nettoyée avec un linge rude et imbibé d’alcool camphré pour produire une rubéfaction, on recouvre ensuite la région d’un morceau de lint enduit d’une couche épaisse de pommade composée de parties égales d’onguent napolitain double et camphré et de cérat de savon ; le tout est maintenu par une couche imbriquée de diachylon, une bande de cuir flexible et résistante et un bandage roulé, immobilisant la région.

M. M. Sée, à la séance du 30 avril 1879, lit un rapport sur la commu-

nication du Dr Suchard. Il indique les bons résultats obtenus chez cinq malades du service de M. de St-Germain, par l’emploi du pansement de Scott : « Il a suffi d’un traitement de deux à trois mois pour améliorer considérablement leur état. Les appareils enlevés sous mes yeux, j’ai pu constater que les articulations malades sont évidemment en voie de guérison, les ulcères tendent à se cicatriser, les fongosités à disparaître, les fistules à tarir, les téguments à se recoller. La jointure chez plusieurs malades est presque revenue à son état normal et l’empâtement général de la région s’est réduit au point que, par places, les tendons dessinent de nouveau leur relief sous la peau devenue souple... Je ferai remarquer, en outre, que tous ces petits malades se lèvent, se promènent dans la salle à l’aide de béquilles et ont repris toute leur gaieté depuis qu’ils portent l’appareil qui leur a été appliqué. »

M. Després attribue le succès du pansement à l’immobilisation, et à la compression.

M. Sée répond que, pour lui, le mercure doit avoir une action notable, que l'immobilisation seule par un appareil, même le plus parfait, ne suffit pas pour rendre compte des effets obtenus : « Comme j’ai eu l’occasion de traiter et de suivre de nombreux malades atteints de tumeur blanche, à l’hôpital Ste-Eugénie, je crois être en état de faire la juste mesure de ce qui doit revenir à l’immobilisation et au traitement médicamenteux dans le procédé de M. Suchard. Il m’a donc semblé qu’il y a dans ce résultat quelque chose de plus que ce qu’on obtient par l’immobilisation ».

A la suite de cette discussion à la Société de chirurgie, M. Polaillon à la Pitié, M. L. Championnière, à Tenon, M. Monod, à Ivry et dans sa clientèle, M. Cazin, à Berck, ont employé ce pansement. Nous nous rappelons avoir vu quelques bons résultats, dus à l’emploi du pansement de Scott, pendant notre externat à St-Antoine, dans le service de M. Périer.

Le DrPo irier, dans sa thèse, le Dr Dhourdin dans son mémoire, publient des observations importantes à ce sujet.

« M. L. Championnière (Journ. de méd. et de chir. prat., oct.nov. 1885) s’est servi surtout d’onguent napolitain sur les tumeurs blanches des doigts, le spina ventosa du pied et de la main, il n’a jamais fait de compression et cependant il a obtenu des succès d’une

extrême rapidité. Il pense qu’il faut tenir grand compte delà grande valeur antiseptique des mercuriaux. La pénétration des tissus par le mercure reçoit de la constatation de ces faits une explication très suffisante. »

Le Dr Suchard dans son article sur le Traitement des tumeurs blanches par le pansement de Scott (Rev. des mal. del’enf., 1886, avril, mai, juin) rapporte quelques observations très concluantes et pense que le mercure ainsi appliqué à la surface des lésions tuberculeuses osseuses et articulaires, agit comme antiseptique.

A.-E. Maylard dans une communication faite, à la section de chirurgie au 18e Congrès (mars 1889), sur l’excision de l’articulation tibio- tarsienne pour synovite fongueuse, dit « qu’il se contente chez les enfants de les immobiliser avec un bon bandage, qu’il se sert du liniment de Scott et qu’il a obtenu de très bons résultats de ce traitement » .

Dans la discussion qui suivit, leDr Knox dit qu’il a vu un grand nombre de malades guéris après l’application du liniment de Scott et un bandage inamovible resté en place pendant un certain temps. Le Dr B arlow préconise dans les cas l’expectation et l’immobilisation absolue de l’articulation avec le pansement de Scott, cependant il préférerait la résection précoce.

D’après M. Bresson (Th. de doctorat, Paris, 1889) « M. Championnière considère l’emplâtre mercuriel comme indiqué non seulement pour les tumeurs blanches, mais encore et à un même degré pour les ostéites ; il l’emploie surtout comme traitement complémentaire des opérations chirurgicales pratiquées pour les affections tuberculeuses des os : grattage, curage, résection. Il l’emploie après la cicatrisation de la plaie cutanée, et enveloppe la région malade d’un emplâtre mercuriel qu’on renouvelle en général tous les quinze jours ».

M. Championnièrese sert de la pommade suivante :

Cérat de savon camphré 40 gr.

Onguent mercuriel double 60 gr.

Mêlez à froid.

M. Bresson rapporte dans son travail, quelques observations de

tuberculose des os, des articulations et des synoviales tendineuses, où l’emploi du pansement de Scott a réussi, et conclut ainsi :

« L’appareil de Sc ott modifié par M. Suchard et simplifié par M. Champ ionnière, est surtout indiqué dans le traitement des em fants, des adolescents et des femmes.

Il est surtout efficace dans les cas d’arthrites fongueuses, d’ostéites chroniques, etc., c’est, d’une façon générale, le traitement par excellence des affections tuberculeuses des os et des articulations, pourvu que les régions malades soient superficielles.

Le mercure paraît agir dans ces affections par ses qualités antibacillaires et son action entre en première ligne, d’une façon presque exclusive, dans les propriétés curatives de l’appareil de Scott.

La compression et l’immobilisation sont souvent inutiles et présentent parfois de sérieux inconvénients pour la nutrition du membre et la conservation des mouvements. Leur action ne vient que secondairement et d’après des indications spéciales. »

Nous pensons que le pansement de Scott est utile surtout par le mercure, dont l’absorption est manifeste, et qui agit par sa puissance antiseptique sur les foyers tuberculeux ; il est vrai que la démonstration absolue de ce fait n’a jamais été faite, mais les résultats fournis par l’application de la pommade mercurielle dans les observations que nous avons parcourues et chez les malades que nous avons suivis, nous paraissent confirmer cette hypothèse. Nous avons vu tout dernièrement, dans le service de M. L. Labbé, à l’hôpital Beaujon, une synovite tuberculeuse du genou très notablement améliorée après avoir été traitée pendant trois mois par l’immobilisation et le pansement de Scott; quand nous avons quitté le service, les douleurs et le gonflement avaient complètement disparu.

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