CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LE TRAITEMENT DES TUBERCULOSES LOCALES
A plusieurs reprises, nous avons insisté sur l’utilité de l’antisepsie bien entendue dans toutes les opérations pratiquées pour les tuberculoses locales et en particulier pour la tuberculose des os, des articulations et des synoviales tendineuses. Cette antisepsie est de rigueur; si Tonne la fait pas complètement, le succès définitif est très aléatoire; il y a lieu de craindre la récidive et la généralisation. Opérant dans un foyer infectieux, ce n’est que par des antiseptiques énergiques que l’on peut modifier la plaie et transformer le milieu tuberculeux en milieu sain.
Si dans toutes ces interventions il faut enlever aussi soigneusement que possible tout ce qui est malade, et, comme le dit fort bienM. Boeckel, « chercher à faire bien et non à être brillant, n’épargner ni son temps, ni sa peine », il est indispensable de désinfecter immédiatement la plaie.
Ces précautions ne sont pas encore suffisantes ; il ne faut pas avant l’opération inoculer les tissus voisins du foyer tuberculeux. Nous pensons que le refoulement du sang avec la bande élastique d’Esmarch amène ce résultat.
Wolkmann, sans parler de cette auto-inoculation, repousse la bande d’Es m a rch et trouve deux inconvénients à son emploi : avec l’anémie artificielle il est plus difficile de reconnaître les parties malades d’avec les parties saines; quand on enlève la bande d’Esmarch l’hémorrhagie en nappe est considérable. Zoege Manteufel lui fait les mêmes reproches. Barker ( British medical , 1889), n’emploie
pas la bande-d^Esmarch. Se basant. sur des expériences bactériologiques qui ont démontré que le refoulement élastique produit l'inoculation des veines et des lympatiques entourant le loyer tuberculeux, il en proscrit l’usage. « La pression élastique peut comprimer quelquesuns des foyers caséeux et disperser leur contenu soit dans les tissus environnants et produire une affection locale, soit dans les lymphatiques ouïes veines et causer une infection de toute l'économie. »
M. Périer nousadit(communication orale, janvier 1890) qu’il n’employait plus le refoulement du sang par la bande élastique d’Esmarch depuis plusieurs années, aussi bien dans les opérations pour tuberculose que pour les affections cancéreuses et carcinomateuses et qu’il avait très nettement remarqué que la récidive survenait bien plus sûrement et plus rapidement quand on usait du refoulement élastique que lorsqu’on se contentait de la ligature avec la bande de Nie ai se ou d’Houzé de l’Auln oit (celle-ci plus facile à maintenir aseptique), appliquée au-dessus de la lésion, après élévation du membre.
Nous admettons complètement ce que pense notre maître, M . P é r i e r , et qui est confirmé par les expériences de Barker. Dans toutes les opérations que M. L abbé a eu la bonté de me confier l’année dernière, nous avons appliqué la bande élastique d’Houzé de l’Aulnoit au dessus delà lésion, après l’élévation du membre pendant cinq minutes et cela a toujours suffi.
Pour les mêmes raisons que nous venons d’énoncer, nous ne pensons pas que l’on doive, dans les synovites tuberculeuses articulaires ou des gaines des tendons, pratiquer la fongothripsie préconisée par M. Daniel Mollière. Les pressions énergiques que l’on est obligé de produire pour faire sourdre par l’incision ou la fistule, les fongosités, doivent nécessairement déchirer les foyers infectieux et inoculer les tissus voisins.
Le succès définitif des opérations pratiquées pour tuberculoses locales ne peut être assuré que si l’on agit en même temps sur l’état général. Le traitement médical et hygiénique est de la première importance. Les conseils que M. le professeur Lannelongue donne dans ses ouvrages sur la tuberculose, doivent être suivis. La lecture des observations que ce maître rapporte peut convertir les plus incrédules.
L’antisepsie interne doit être tentée, « l’intervention une fois déci-
dée, dit M. Reclus ( Traité de chii^urgie, t. I, 1890), le chirurgien doit préparer le malade par le traitement pré-opératoire, sur lequel insiste M. Ve rn eu i l. 11 prescrit l’iodoforme à l’intérieur, à la dose de 5 à 15 centigrammes par jour.
L’acide salicylique, le sulfate de quinine et surtout la créosote, dont l’action antituberculeuse a été si bien démontrée par M. le professeur Bouchard, doivent être prescrits.
Le naphtol camphré employé en injections ou dans les pansements nous paraît répondre à ce desideratum. Absorbé au niveau delà plaie, il circule à l’état de naphtol et est éliminé par les urines sous cette forme ; il agit donc comme antiseptique à la fois local et général.