C . — ARTHRITES TUBERCULEUSES
Obs. CCLXXI (personnelle, inédite). — Osléo-arthrite tuberculeuse
du coude. — Résection de la tête du radius ; chlorure de zinc. —
Récidive . — Arthrectomie synoviale : naphtol camphré.
L.,., Léon, 16 ans, sans profession, entre le 23 juillet 1889, à l’hôpital Beaujon, service de M. leDr L. Labbé, salle Blandin, 8, pour une ostéite tuberculeuse du coude gauche avec abcès.
Parents bien portants. En février 1889, à la suite d’une contusion, tuméfaction douloureuse du coude gauche ; deux mois après, elle avait le volume d’un oeuf ; la douleur est surtout nocturne et augmentée par la pression. Le malade peut fléchir l’avant-bras, mais ne peut l’étendre complètement.
Le 30 juillet, M. Schwartz, suppléant M. Labbé, fait un grattage delà tête du radius, tamponnement au chlorure de zinc. Pansement à la gaze iodoformée. Appareil plâtré.
2 septembre. On enlève l’appareil plâtré. Il persiste une petite fistule à la face externe du coude; injection de naphtol camphré, pansement au salol maintenu par du collodion.
Le 25. Exeat : le malade fait quelques mouvements de flexion et d’extension et peut reprendre ses occupations.
En décembre, tuméfaction de la partie interne de l’articulation, les mouvements du coude sont gênés et douloureux.
18 janvier. Le malade entre de nouveau à l’hôpital Beaujon. A la partie interne du coude, on voit et on sent une tuméfaction molle et diffuse, douloureuse à la pression et dans les mouvements.
Le 22. Opération. Bande hémostatique après élévation du membre. Je trouve une masse de fongosités grisâtres descendant un peu sur le cubitus et remontant sous le triceps.
Excision de ces fongosités et de la synoviale articulaire. Grattage de l’articulation avec la curette, constamment baignée dans le naphtol camphré, drainage articulaire avec une mèche de gaze imbibée de naphtol camphré. Quelques points de suture.
Pansement compressif au salol, immobilisation.
Le 26. Pansement ; je retire la mèche de gaze, injection de naphtol camphré dans l’articulation. Pansement au salol.
Le 31 . Pansement. La plaie bourgeonne activement, la cavité com-
mence à se combler; la partie suturée est réunie. Même pansement:
Nous quittons le service.
Obs. CCLXXII (personnelle, inédite). — Ostéo-arthrite tuberculeuse
du poignet. — Résection partielle. — Grattage. — Naphtol camphré.
— Amputation. — Mort de tuberculose pulmonaire.
B..., Anatole, 18 ans, lampiste, entre le 30 novembre 1888, à l’hôpital Lariboisière, salle Ambroise-Paré, n° 30, service de M. le Dr Périer.
12 juillet 1888. Chute sur la paume de la main droite. Gonflement douloureux. Malgré cela, le malade travaille jusqu’au 12 septembre; il est alors obligé de cesser toute occupation : le gonflement du poignet a beaucoup augmenté, douleurs vives surtout pendant les mouvements.
30 novembre. Malade pâle, maigre, affaibli. Tuberculose pulmonaire : craquements humides aux deux sommets, -submatité. Rien aux testicules et à la prostate.
Le poignet droit est gonflé, douloureux, œdémateux ; on éprouve une sensation de fausse fluctuation.
Température locale augmentée. Gêne considérable des mouvements de la main et des doigts.
La tuméfaction occupe tout le poignet et envahit un peu l’éminence thénar. .
9 décembre : Opération. On applique la bande hémostatique d’Houzé de l’Aulnoit, après élévation du membre, à la partie inférieure du bras. Antisepsie rigoureuse. 3 incisions, une sur la face palmaire (éminence thénar), 2 sur la face dorsale. Écoulement de pus crémeux, mal lié, verdâtre. Résection de l’os crochu, du grand os ; grattage avec la curette de Volkmann des autres os du carpe et des fongosités. Irrigation au naphtol camphré. Une mèche de gaze au salol imbibée de naphtol camphré est introduite dans le carpe et sert de drain.
Pas de réunion. Pansement au salol.
Compression. Immobilisation.
11 décembre. On retire la mèche de gaze au naphtol camphré : la plaie est recouverte de poudre de salol. Même pansement.
Le 22. Pansement. La plaie est recouverte de bourgeons actifs.
10 janvier. Granulation.
Le 31. La plaie est à peu près complètement cicatrisée. Le gonflement du poignet a disparu en grande partie. Plus de douleurs ; quelques mouvements des doigts.
Avril 1889. Le malade revient à l’hôpital. Les extrémités inférieures des os de l’avant-bras sont envahies par la tuberculose, altération considérable de l’état général.
Le 16. Amputation de l’avant-bras au tiers supérieur.
Guérison par première intention.
Juin. Mort de tuberculose pulmonaire.
Obs. CCLXXIII (personnelle, inédite). — Ostéo-arthrite du carpe.—
Résection du pyramidal. — Lavage et drainage au naphtol camphré. — Guérison.
Cl..., Émile, 29 ans, garçon boucher, entre le 3 septembre 1889, à l’hôpital Beaujon, service de M. L. Labbé, salle Blandin, 10.
Depuis trois ans, le malade se plaint de gêne et de douleurs dans la partie interne du poignet droit ; cette région s’est tuméfiée peu à peu. Un médecin consulté, a appliqué des pointes de feu qui n’ont amené aucune amélioration, puis a placé un séton, dont le trajet suppure sans résultats.
A l’entrée du malade, le poignet droit présente dans la partie interne au niveau de l’extrémité inférieure du cubitus une tuméfaction molle et diffuse se continuant vers le carpe ; il y a deux fistules, à bords fongueux, l’une sur la face dorsale du poignet, l’autre à la partie interne du cubitus ; par cette dernière, le stylet arrive profondément sur un os carié.
10 septembre: Opération. M. Labbé veut bien me la confier. Incision ' réunissant les deux fistules et descendant vers le 5e métacarpien. On voit une masse fongueuse engainant l’extrémité inférieure du cubitus et se prolongeant dans le carpe. Excision avec les ciseaux, grattage des fongosités fusant dans les articulations carpiennes internes. Evidement du pyramidal avec la curette. Lavage au naphtol camphré. (Pendant toute l’opération les instruments étaient baignés par ce liquide.) Drainage avec une mèche de gaze imbibée de naphtol camphré. Réunion partielle à l’aide de quelques points de suture au crin de Florence. Pansement au salol. Compression, immobilisation.
Le 15. Pansement ; j’enlève la mèche de gaze. Lavage au naphtol. La cavité, bourgeonnante, est remplie au salol. Même pansement.
5 octobre. Le malade sort de l’hôpital, il n’y a plus qu’une petite surface granuleuse.
Le 22. Guérison complète. Un peu de raideur dans les mouvements. Massage.
2 novembre. Bon état. Mouvements à peu près normaux.
Obs. CCLXXIV (personnelle, inédite). — Arthrite tuberculeuse aiguë coxo- fémorale. — Arthrotomie. — Lavage et pansements au naphtol camphré; en voie de guérison.
Ernest G..., 16 ans, journalier, entre le 2 octobre 1889, dans le service de M. L. Labbé, salle Marjolin,20.
Le 30 septembre, le malade avait été apporté dans le service de médecine de M. Gombault, à l’hôpital Beaujon, pour une arthrite aiguëcoxofémorale gauche très douloureuse. La température était très élevée, 40°
et l’état général très altéré. Craignant la suppuration, le malade est envoyé en chirurgie.
Le 2 octobre, nous voyons le malade : faciès terreux, pâle, infectieux, amaigrissement extrême, lésions tuberculeuses très nettes au poumon droit, température oscillant entre 40° et 41°. La région de la hanche est très douloureuse, empâtée ; les mouvements sont impossibles. La pression en avant et en arrière de l’articulation détermine les plus vives douleurs.
Arthrotomie (incision postérieure), infiltration séro-purulente des tissus profonds. A l’ouverture de l’articulation, issue d’un pus grumeleux, mal lié, lavage de l’articulation à la solution de sublimé à 0,50 p. 1000. Dans la crainte de lésions du grand trochanter, deux trépanations sont faites sur la face externe de l’os : sang, pas de pus. Drainage. Pansement au salol. Compression ouatée.
(Nous avons examiné le pus et des fongosités grattées et nous avons constaté la présence de bacilles de Koch, en petite quantité.)
Malgré cette intervention, les douleurs ont peu diminué, la température se maintient au-dessus de 40°, l’état général n’est pas amélioré.
Nous instituons un traitement tonique : vin de champagne, vin vieux, etc. , Le malade prendra tous les jours 2 gr. 50 de naphtol (3, en 10 paquets ; une injection hypodermique de bibromhydrate de quinine à 1 p. 50.
Le 4 octobre, je fais un lavage de l’articulation au naphtol camphré, puis un drainage avec une mèche de gaze imbibée de naphtol camphré. Pansement ouvert au naphtol camphré. Immobilisation.
Le 5. La température ne dépasse pas 38° : le faciès estmeilleur, moins de douleurs.
Le 7. Pendant la visite du matin, je constate un érythème de la face ayant débuté par le nez, il disparaît en deux heures. Pas d’élévation de température.
Le 10. Pansement. Lavage de l’articulation et de la plaie au naphtol camphré. Pansement avec la gaze imbibée de ce liquide.
Le 18. Pansement. La plaie bourgeonne activement, même pansement. Suppression des paquets de naphtol.
Le 23. Excellent état de la plaie. Nouvelle injection de naphtol camphré dans l’articulation. 2 greffes épidermiques sur les surfaces bourgeonnantes.
10 novembre. La plaie marche activement vers la cicatrisation. Pansement au salol.
Le 20. La plaie a beaucoup diminué d’étendue. Les douleurs ont complètement disparu ; l’état général est excellent, l’appétit est bon; le malade reprend ses forces. J’applique un appareil silicaté de Cazin. Extension et légère rotation externe.
20 janvier 1889. L’appareil silicaté est enlevé. La plaie est presque complètement fermée, il ne reste plus qu’une petite surface bourgeonnante ; pas de pus. Malheureusement, je constate deux escarres, l’une
à la région sacrée, l’autre à la région dorsale et produites probablement par le décubitus prolongé et les bandes métalliques de l’appareil^ malgré l’ouate. Je touche les deux escarres au naphtol camphré, pansement au salol maintenu par du collodion.
Le 31 . Je quitte le service ; le malade a repris de l’embonpoint, il mange avec appétit, ne souffre plus de la hanche, qui est un peu ankylosée, en bonne position ; les deux escarres ont bien diminué.
Obs.CCLXXV (personnelle, inédite).— O stèo- arthrite tuberculeuse
du genou droit. — Résection ; insuccès : fistules , mobilité. — Nouvelle
résection : grattage et lavage au naphtol camphré. — Guérison. —
Bonne consolidation.
R.., Henriette, 19 ans, sans profession, entre le 23 novembre 1888 à l’hôpital Beauj on, service de M. leDrL. Labbé, salle Laugier, n° 1, pour une ostéo-arthrite tuberculeuse du genou droit remontant à plusieurs mois. Le 15 janvier on fait une résection du genou : sutures osseuses, lavage au sublimé au 1/1000, drainage. Pansement iodoformé, immobilisation avec attelle de Boeckel.
17 janvier. Premier pansement : on retire les drains.
Le 31. 2e pansement.
5 février. 3e pansement, motivé par une élévation de la température et des douleurs. C’est la première fois que nous voyons la malade. Les deux fragments sont mobiles ; la réunion est faite en grande partie sauf en dedans où se trouve une fistule à la place d’un drain. Petites escarres sur le dos du pied et la face postérieure du talon ; elles sont recouvertes de gaze au salol imbibée de naphtol camphré. Pansement au salol sur la ligne de suture. Compression. Immobilisation avec l’attelle de Boeckel.
Le 6. Temp. 39°. Angine herpétique. Gargarisme boriqué.
2 mars. Pansement ; la fistule de la partie interne de l’articulation persiste et suppure.
Le 16. Nouvel orifice fistuleux à l’extrémité externe de la ligne de suture. Pas de consolidation.
7 avril. Mobilité latérale et antéro-postérieure.
2 mai. La mobilité du tibia sur le fémur persistant sans aucune amélioration, ainsi que les trajets fistuleux, interne et externe, l’état général s’altérant, on décide une nouvelle intervention.
7 mai. Mon cher maître, M. le D1’ Labbé, a la bonté de me confier cette opération, en me laissant toute liberté d’action. Il adroit à tous mes remerciements.
Après avoir pris toutes les minutieuses précautions antiseptiques, je fais une incision en U sur la cicatrice de la résection antérieure, elle atteint en dedans et en dehors les deux orifices fistuleux. Les tissus souscutanés sont infiltrés de matière tuberculeuse, de même que les ligaments et les muscles. Je gratte soigneusement toutes les parties suspectes
(tendons, ligaments, surfaces osseuses) avec la curette de Volkmann, constamment imprégnée de naphtol camphré ; excision de lambeaux de ligaments et de tissus farcis de granulations tuberculeuses. Résection de 2 centimètres du fémur et du tibia. Ces deux os sont infiltrés de matière tuberculeuse : évidement avec la curette de leurs canaux médullaires ; lavage de ces cavités osseuses et des surfaces cruentées et grattées avec le naphtol camphré. La surface d’affrontement du fémur a 5 centimètres de long sur 3 de large, celle du tibia mesure 10 centimètres de long et est formée par le plateau tibial et la tête du péroné.
Deux sutures osseuses au catgut n° 4. Le plateau tibial s’applique exactement à la surface fémorale. Sutures profondes et superficielles au crin de Florence. Deux gros drains en caoutchouc courts et debout, aux deux extrémités de la ligne de suture. Pansement au salol : poudre, gaze, ouate. Immobilisation avec un appareil plâtré.
9 mai. 1er pansement. Levée des drains. Pas de suppuration. Suintement sanguinolent peu abondant. Réunion avancée. Je touche les orifices des drains avec le naphtol camphré. Pansement au salol. Bonne position du membre. L'appareil plâtré est maintenu et la malade est placée dans une gouttière de Bonnet.
10 juillet. 2e pansement. Réunion absolue.
Le membre est solide, en bonne position.
Levée des points de suture. Pansement au salol maintenu par du collodion. Immobilisation avec un appareil silicaté.
30 juillet. La malade se lève et marche, malgré un raccourcissement très notable.
I/état général s’est beaucoup amélioré: la malade a repris de l’appétit et ses forces.
15 octobre. La malade sort de l’hôpital. La consolidation se maintient en bonne position ; la marche est facile grâce à une genouillère en cuir moulé et une bottine à semelle et talon épais,
Obs. CCLXXVI (inédite).— (Service de M. Périer, hôpital Lariboisière.)
C..., Ernestine, 16 ans, journalière, entrée le 14mars 1889, salle Gosselin, 10. Synovite fongueuse du genou. Le 28 mars, arthrectomie : grattage de la synoviale. Lavage au naphtol camphré. Immobilisation : appareil plâtré. Guérison.
Obs. CCLXXVII (inédite). — Arthrite tuberculeuse aiguë du genou.
— Arthrotomie , grattage de la synoviale. — Injection de naphtol
camphré. — Guérison. (Observation communiquée par mon excellent
collègue et ami Répin.)
L..., Jules, 30ans, cordonnier, entre le 18 mars 1889, à l’hôpital Lariboisière, service de M. Périer.
Un mois avant l’entrée du malade, entorse tibio-tarsienne à la suite d’un faux pas. Deuxjours après, le genou du même membre se tuméfie et devient douloureux. Le malade est obligé de s’aliter. Presque aussitôt, la fièvre s’allume, les douleurs deviennent tellement violentes qu’elles rendent le sommeil impossible, les mouvements du genou sont très limités.
Le malade entre à l’hôpital 15 jours après. L’articulation du genou est le siège d’une tuméfaction considérable, fluctuante. Le moindre contact arrache des cris au malade; la température oscille entre 38° le matin et 39° le soir. Immobilisation. Cataplasmes laudanisés pendant 17 jours. Pas d’amélioration.
2 avril. Arthrotomie. Incision sur la face externe de l’articulation. Issue de pus mal lié, contenant des grumeaux et des débris fongueux. Curettage de la synoviale. Injection de naphtol camphré, massage pour favoriser la pénétration du liquide et son contact avec les parois articulaires. Sutures, drain, appareil plâtré.
Dès le lendemain, la douleur est diminuée. Cette amélioration s’accentue les jours suivants. A partir du 5e jour après l’opération, la température ne dépasse plus 38<> le soir et regagne graduellement la normale.
Premier pansement le 12e jour. Peu de suintement, le drain est retiré.
Au bout de huit jours, le trajet du drain est oblitéré. Un mois après l’opération, l’appareil plâtré est enlevé, on commence quelques mouvements communiqués. Au bout de 25 jours, le malade marche avec des béquilles. Il est envoyé à Vincennes.
A son retour, il marche sans béquilles; les mouvements du genou sont à peu près normaux; plus dégonflement, d’empâtement, ni de douleurs.
Le malade est revu six mois après, la guérison s’est maintenue.
Obs. CCLXXVIII (inédite). — (Service de M. Périer, hôpital Lariboisière.)
M. .., Marie, entrée le 27 mai 1889, salle Gosselin, 33.
Péri-arthrite tuberculeuse suppurée du genou droit. Arthrectomie le 19 juin. Grattage des fongosités et delà synoviale, irrigation au naphtol camphré. Drainage. Sutures. Pansement au salol. Compression. Guérison : quelques mouvements. Légère flexion de la jambe.
Obs. CCLXXIX (inédite). — Arthrite tuberculeuse suppurée du genou .
— Arthrotomie. — Naphtol camphré. (Note communiquée par mon
ami Cocquelet.)
D..., Victorine, 23 ans, entrée le 19 novembre 1889, salle Gosselin, n° 34, à l’hôpital Lariboisière, service de M. Périer. Arthrite tuberculeuse suppurée du genou droit : immobilisation et compression sans résultats.
Arthrotomie le 21 janvier 1890. Injection articulaire de naphtol camphré. Drainage. Pansement compressif au salol. La température qui était au-dessus de 38°, descend rapidement à la normale, après l’opération.
Le 25. Pansement. Bon état, on enlève le drain.
Le 28. Température normale, pas de douleurs.
Obs. CCLXXX (personnelle, inédite). — Fongosités tuberculeuses
péri-articulaires. — Grattage. — Lavage, drainage et pansements au
naphtol camphré ; en voie de guérison.
L..., Hippolyte, 19 ans, menuisier, entre le 2 janvier 1890, à Phôpital Beaujon, service de M. le D1’ Labbé, salle Blandin, 14.
Depuis au moins 6 mois, le malade souffre du genou droit. Gêne des mouvements ; il y a deux mois, trois fistules se sont produites sur la face interne et antérieure du genou.
Le genou droit est déformé, globuleux, empâté. On sent une fausse fluctuation, dans toute la région externe de l’articulation, au-devant de la rotule et sur la partie interne du membre. Peu de liquide dans l’article. Mouvements libres. Pas de position vicieuse. Un stylet introduit dans les fistules ne permet pas de découvrir une lésion osseuse. Le poumon droit présente des lésions manifestes de tuberculose.
10 janvier. Large incision des trajets fistuleux; on constate la présence de fongosités grisâtres, occupant toute la face externe du genou, remontant au-dessus du condyle externe, et dans la région poplitée, et descendant vers la partie moyenne de la face antéro-externe de la jambe. Même traînée de fongosités au-devant et sur la face interne de l’articulation. Grattage des fongosités. Pas de lésions osseuses ou articulaires appréciables. La plaie est soigneusement lavée et imbibée de naphtol camphré.
Réunion des plaies interne et antérieure. Réunion partielle de la plaie externe ; drainage et pansement à plat avec la gaze imbibée de naphtol camphré.
Les parties suturées sont recouvertes de salol. Compression ouatée, immobilisation.
22 janvier. Pansement. Réunion des parties suturées, on enlève les crins de Florence, la plaie non réunie bourgeonne activement.
31 janvier. Nous quittons le service ; réunion absolue. La plaie de la face externe a beaucoup diminué d’étendue et a un aspect excellent, cicatrisation avancée.
L’état général est amélioré.
L’examen histologique et bactériologique des fongosités nous a montré leur nature tuberculeuse.
Obs. CCLXXXI (inédite). — Ostèo-arthrite tuberculeuse du cou-depied. — Lésions très étendues. — Résection partielle. — Pansement au naphtol camphré. — Guérison. (Observation communiquée par mon excellent collègue et ami Couder.)
Eugénie B... entre le 18 septembre 1888, dans le service de M. le Dr Périer, salle Gosselin, 12, hôpital Lariboisière, pour une ostéo-arthrite du cou-de-pied droit avec trajet fistuleux en avant et au-dessous de la malléole externe.
État général bon, rien aux poumons.
28 septembre. M. Nélaton, qui suppléait M. Périer, pratique deux longues incisions latérales : il extrait l’astragale, puis, avec la curette tranchante, enlève une partie de la face supérieure du calcanéum et l’extrémité inférieure friable et profondément altérée des deux os de la jambe. La plaie est bourrée de gaze salolée. Pansement à l’ouate salolée, appareil plâtré.
Le soir, T. 38°, 4.
29 septembre. T. m. 38°, 8; s. 39°, 2.
30 septembre. T. 38°, 6. Suintement abondant. M. Nélaton fait le pansement. La plaie n’a pas bon aspect, rougeur tout autour. M. Nélaton déclare qu’il croit ne pas avoir atteint les limites du foyer d’ostéite; un raclage complet entraînerait peut-être la destruction de tout le tarse postérieur et d’une grande partie des os de la jambe ; ce délabrement serait incompatible avec les fonctions du membre ; il pense qu’il n’y a d’autre ressource que l’amputation faite le plus tôt possible.
Le 2 octobre. M. Périer reprend son service et voit la malade avec M. Nélaton. Avant de se décider à l’amputation, il est d’avis d’essayer le naphtol camphré. La plaie est bourrée de gaze salolée imbibée de naphtol camphré.
3 octobre. La température descend graduellement.
4 octobre. T. m. 37°, 4; s. 37°, 8. On renouvelle le pansement. La malade accuse de vives démangeaisons ; il existe de la rougeur et quelques phlyctènes sur les parties de la peau en contact avec le médicament. On enduit la peau de vaseline boriquée et on continue l’emploi du naphtol camphré.
La malade n’accuse pas de douleurs et n’a pas de fièvre les jours suivants; on laisse le pansement en place pendant quinze jours.
20 octobre. La plaie a très bon aspect. On touche au naphtol camphré la cavité d’évidement sans la bourrer de gaze et l’on panse à plat. Ce pansement n’est enlevé qu’au bout de 25 jours. (Pendant ce temps la malade a présenté sur tout le corps une éruption papuleuse rubéoliforme ne s’accompagnant d’aucune fièvre et qui a disparu en deux jours. Comme elle ne prenait aucun médicament à l’intérieur, il est probable que c’est le naphtol camphré qui est en cause.)
14 novembre. La cavité d’évidement est comblée; il ne reste plus que deux plaies linéaires. La partie restante du calcanéum est rapprochée de l’extrémité des os de la jambe raccourcis; cette union est déjà assez solide pour soutenir le pied. Il existe une atrophie considérable des muscles du mollet. Pansement au salol.
30 novembre. Toute plaie a disparu. Pas de fistule. Le membre a un raccourcissement de 3 centim. On applique un bandage roulé pour permettre aux nouvelles attaches du pied de prendre plus de consistance.
13 décembre. La malade sort de l’hôpital avec un brodequin à tuteurs et à épaisse semelle intérieure ; elle peut appuyer sur son pied, mais elle a encore besoin de béquilles.
Obs. CCLXXXII (inédite). — (Service de M. Périer, hôp. Lariboisière.)
Ch..., Florentine, 29 ans, ménagère, entrée le 22 septembre 1888, salle Gosselin.
Ostéo-arthrite tuberculeuse tïbio- tarsienne. Le 25 septembre, M. le Dr Nélaton, suppléant M. Périer, fait la résection des extrémités tibiale et péronière, l’ablation de l’astragale et le curage du calcanéum. Grattage des tissus infiltrés de fongosités. Pansements au naphtol camphré.
12 janvier. Exeat. Guérison complète [avec un raccourcissement de 3 centim. 1/2.
Obs. CCLXXXIII (personnelle, inédite). — Tuberculose diffuse du
cou-de-pied (os, articulations , synoviales tendineuses) . — Grattage. —
Naphtol camphré. — Guérison absolue. (La seconde partie de cette
observation m’a été fort obligeamment communiquée par M. Périer.)
X..., enfant de 4 ans 1/2 (de Passy), est adressé à M. Périer, à l’hôpital Lariboisière, en décembre 1888, pour une ostéo-arthrite tuberculeuse tibio-tarsienne. Les gaines synoviales interne et externe sont tuméfiées.
Grattage avec la curette des os et des articulations et des synoviales fongueuses. Les cavités sont bourrées de gaze imbibée de naphtol camphré. Pansement au salol. Compression ouatée, immobilisation
Tous les huit à dix jours, l’enfant est ramené à Fhôpital. Injections de naphtol camphré dans les cavités; même pansement.
31 janvier 1889. Quand nous quittons le service, l’état du malade est très amélioré; la tuméfaction du cou-de-pied a disparu, les tissus sont souples, l’enfant ne souffre plus. Les cavités opératoires tendent à se combler et bourgeonnent activement. A la fin de février, la cicatrisation était complète ; il ne restait qu’un peu de raideur dans les mouvements du pied ; massage, électrisation.
En mai, le malade marchait et courait sans douleurs. Il fait un séjour à Berck-sur-Mer.
Au mois de décembre, la guérison s’était maintenue parfaite; l’enfant avait une santé florissante.
Obs. CCLXXX1V (inédite).— (Service de M. Périer, hôp. Lariboisière.)