CHAPITRE PREMIER
Antiseptiques actuellement employés dans le traitement des tuberculoses locales. De leur valeur antibacillaire.
En 1883, Parrot et H. Martin essayent sur le bacille tuberculeux l'action de l’acide salicylique, du sulfate de quinine, du sublimé, de l'acide phénique, de l’eau bromée, delà créosote. « Même au cinqcentième, l’acide salicylique permet à peu près toujours au microbe tuberculeux de se multiplier et d’infecter l’organisme, avec autant de rapidité que s’il n’avait point subi l’action nocive du réactif. Pour ce qui est du sublimé , son impuissance est relativement plus considérable encore. Au millième, c’est-à-dire en proportion cinq fois plus forte, il n’a pas une seule fois, dans le cours de nos expériences, détruit l’agent tuberculeux. L’acide phénique, qui en solution à 2 0/0 détruit en 48 heures la bactérie charbonneuse, doit être mis en proportion de 3 0/0 tout au moins pour agir sur le virus tuberculeux... En solution aqueuse à peu près saturée, la créosote n’agit que faiblement, ou pas du tout, sur les agents tuberculeux. »
Gozeet Simon, dans une première série d’expériences, mélangent 40 centigrammes environ de crachats avec du bichromate de potasse, du sublimé, de la créosote, de l’eucalyptol, de l’hydrogène sulfuré en solution; puis après 48 heures de contact, font une injection à des cobayes au niveau de l’aine. Le sublimé et la créosote semblent avoir entravé l’évolution tuberculeuse. Dans une deuxième série ils injectent tous les jours à des animaux inoculés des antiseptiques dissous
de manière à réduire le plus possible l’irritation locale : le sublimé, l’eucalyptol, le benzoate de soude, l’arséniate de soude, la créosote, le sulfure de sodium, le thymol ne donnent que des résultats négatifs au point de vue de la destruction des bacilles.
Lajoue rend tuberculeux des cobayes par inhalation d’un mélange de crachats avec divers désinfectants ; l’iode, le permanganate de potasse, l’acide phénique, la créosote et l’eau oxygénée à divers* degrés de dilution, n’ont dans aucun cas entravé le processus tuberculeux.
S chill et Fischer ont fait de très nombreuses expériences sur les crachats desséchés et non desséchés. De vieux crachats desséchés mélangés avec le sublimé, l’acide phénique, l’ammoniaque, l’iodure de potassium, les vapeurs d’iode n’ont point déterminé de tuberculose expérimentale. Avec l’acide arsénieux un animal sur deux a succombé ; avec l’iodoforme deux sur deux ont eu tous les viscères parsemés de tubercules. Les crachats frais non desséchés semblent plus virulents : mélangés avec la créosote, le thymol, la naphtaline, le bromure de potassium , l’eau bromée, l’eau iodée, l’iodoforme dissous dans l’huile ou l’essence de térébenthine, l’acide phénique à 1 et 2 0/0, le sublimé à 1/5000 et 1/1000, ils ont donné lieu à la mort des animaux presque aussi rapidement que les témoins. La solution saturée d’acide salicylique, l’acide acétique concentré, l’huile d’aniline, l’acide phénique en solution forte, ont dans la plupart des cas été plus efficaces.
Sormani et Brugnatelli, d’après leurs expériences sur l’action des antiseptiques sur les bacilles tuberculeux, classent dans l’ordre suivant, du moins au plus actif : l’acide lactique, l’acide camphorique, le camphre, le naphtol |3, l’essence de térébenthine, la créosote, le naphtol a, l’acide phénique et le bichlorure de mercure.
Chabannes et Perret ont mélél’eucalyptol aux crachats et obtenu des généralisations tuberculeuses chez tous leurs animaux.
Rovsing a inoculé dans la chambre antérieure de l’un et l’autre œil d’un animal des parcelles de tissu tuberculeux mélangées ou non avec de la poudre d’iodoforme : le développement de la tuberculose se fit plus rapidement dans le premier que dans le second cas.
Gosselin (de Caen) ne réussit qu’à retarder la mort des animaux tuberculeux en pratiquant des injections quotidiennes de sublimé et d’iodoforme.
P. Villemin, à qui nous empruntons la plupart des faits ci-dessous,
étudie dans sa Thèse inaugurale l’action de quelques agents chimiques sur le développement du bacille de la tuberculose. Nous ne rapporterons de ses expériences que les faits qui nous intéressent tout particulièrement. « L’iode n’entrave pas le développement de la culture ; avec le phosphore, la culture a présenté un développement remarquable ; avec l’acide arsénieux, il faut descendre à 1/1000 pour voir se produire un faible accroissement du bacille ; dans la liqueur de Fowler (arséniate de soude) même à la dose de dix gouttes pour cinq grammes de gélose, le développement se fait assez bien ; l’acide borique semble être nuisible à l’évolution du bacille ; cinq centigrammes de sulfate d’alumine liquéfient le milieu, le développement de la colonie est à peine appréciable à 1/1000. Lorsque les tubes ne contiennent plus que deux centigrammes de sulfate ou lactate de zinc, pour cinq grammes d’agar-agar, la culture commence à naître. Toujours le développement de la colonie a pu se faire avec des solutions sursaturées d’iodure mercurique. Les vapeurs d’alcool éthylique ne semblent pas entraver outre mesure les cultures. Avec l’alcool méthylique, leur marche est beaucoup plus lente, a même été nulle dans la moitié des cas. L’iodoforme détermine un retard constant dans l’éclosion de la culture qui reste médiocre, mais n’en est pas moins évidente. Le bacille cultive même quand le milieu contient 1/100 de chloral. Les vapeurs de créosote n’entravent pas l’extension du bacille à la surface del’agar. L’acide salicylique ne gêne en rien l’extension du microbe, même à 1/200 Avecle salol, faible développement et seulement à 1/1000. Dans l’atmosphère saturée de vapeurs d’essence d’eucalyptus, le microbe s’étend d’une façon manifeste. Le menthol semble efficace, la raie d’inoculation n’apparaît que comme une strie blanche à peine perceptible. »
Résumant ses expériences, P. Villemin conclut que l’acide benzoïque, l’acide salicylique, le benzoate de soude, le biborate de soude, le bromure de camphre, le chloral, le phosphomolybdate de soude, le phosphore blanc, n’entravent en rien la culture du bacille de la tuberculose. Avec l’arséniate de soude, le biiodure de mercure, l'eucalyptol, le lactate de zinc, le sulfate de zinc, les cultures sont évidentes, mais moins prospères et plus lentes à se mettre en train. L’acide arsénieux, l’acide borique, l’alcool éthylique, l’alcool méthylique, lacréosote, la benzine. Tiodoforme, le menthol, le salol, amènent un retard
notable dans le développement du bacille ; même lorsque les tubes d’agar en contiennent une faible dose, l’éclosion est peu appréciable.
M. C. Paul dans son étude sur les antiseptiques propres à chaque microbe pathogène, arrive, pour le bacille tuberculeux, aux mêmes conclusions que M. Villemin.
Fayot, sous l’inspiration de M. Poincaré (de Nancy), recherche la valeur de quelques antiseptiques ; voici ses conclusions :
L’iode, le sulfate de cuivre, l’acide benzoïque peuvent être considérés comme des antiseptiques très puissants. Le sublimé, lenaphtol sont des antiseptiques supérieurs. L’aseptol, le chlorure de zinc, le thymol, la résorcine, sont des antiseptiques bien moins énergiques. L’acide phénique et l’acide salicylique n’ont qu’une action momentanée, leur présence endort les germes mais ne les tue pas. L’eucalyptol, l’antipyrine, le salol et l’alcool ont une action antiseptique faible. L’acide borique n’agit que sur certains micro-organismes peu résistants.
L’iodoforme ne peut être considéré comme un antiseptique.
Yersin a étudié l’action de quelques antiseptiques et de la chaleur sur le bacille de la tuberculose. Il donne, comme conclusions de ses expériences, le tableau suivant, dans lequel la colonne a donne les durées de contact du microbe et de l’antiseptique pour lesquelles tous les germes ne sont pas tués, la colonne b, les durées d’actions suffisantes pour tuer tous les germes :
Acide phénique