‹ Contribution à l'étude du traitement de la tuberculose des os, des articulations et des synoviales tendineuses, de l'emploi des antiseptiques et en particulier du naphtol camphréChapitre 5 sur 32 · MILLIÈMES · texte numérisé non relu

MILLIÈMES

30 secondes

Acide phénique

minute

Alcool absolu

minutes

Éther iodo formé

Éther

minutes

Bichlorure de mercure

Thymol

heures

heures

Eau saturée de créosote

Eau saturée de naphtol (3

Acide salicylique

heures

Acide borique ...

heures

Il a remarqué que plus l’antiseptique est énergique, plus la culture du bacille après son action est lente.

Nous avions l’intention de rechercher, avec notre collègue et ami Girode, l’action des différents antiseptiques employés actuellement dans le traitement des tuberculoses locales ; des circonstances indépendantes de notre volonté, nous ont empêché de mettre notre projet à exécution. Nous pensons qu’il ne nous aurait pas suffi d’expérimenter in vitro, faction de ces antiseptiques sur le bacille -tuberculeux, mais que nous aurions dû faire des inoculations à des animaux. Dans l’étude des agents antituberculeux , on doit tenir grand compte de l’organisme et des milieux vivants, qui créent des conditions tout autres que dans les expériences in vitro. Si, laissant le côté purement expérimental, on s’en rapporte à la clinique, on voit que les opinions les plus variées ont été émises sur l’utilité des divers antiseptiques dans le traitement des tuberculoses locales.

Nous nous bornerons à parler des antiseptiques le plus souvent employés actuellement dans le traitement de la tuberculose des os, des articulations et des synoviales tendineuses.

La teinture d'iode est entrée depuis longtemps dans le traitement des tuberculoses locales. Velpeau, Chassaignac, Jobert, faisaient des injections de teinture d’iode dans les synovites tendineuses et obtenaient de bons résultats.

Bienfait l’emploie pour des abcès froids. B o i net généralise son usage et obtient de belles guérisons d’abcès froids, d’origine osseuse ou articulaire, de tumeurs blanches.

Chopin, Notta, Forget, Dubreuil, Bon ne t (de Lyon) s’en servent avec succès. Depuis lors de nombreux chirurgiens ont obtenu des guérisons avec cet antiseptique, et cependant lès expériences in vitro ne confirment pas toujours les résultats cliniques.

Le baume du Pérou a été employé par S a y r e dès 1854, dans les arthrites tuberculeuses. L’usage du baume du Pérou s'est étendu dans ces dernières années. Landerer (de Leipzig) l’emploie en injections parenchymateuses dans la tuberculose articulaire et osseuse. S ch o p f, Rabl, Riedlin, Go 11 stei n, en obtiennent des Succès remarquables. Van Vamossy généralise ses applications, et considère le baume du Pérou comme ayant une action antituberculeuse. 11 agit probablement par la créosote qu’il contient ; or, l’on

sait, d’après les recherches de M. le professeur Bouchard, que la créosote agit puissamment sur le bacille de la tuberculose.

Le phosphate acide de chaux a donné à Ko lis cher de beaux résultats. Se basant sur le fait de la calcification des tubercules pulmonaires, cet auteur fait des injections interstitielles de ce liquide dans les tumeurs blanches ; il est probable qu’il agit non seulement en déterminant la calcification des produits tuberculeux, mais encore comme antiseptique ; quoique d’après les recherches expérimentales le phosphate acide de chaux paraisse avoir un faible pouvoir antibacillaire.

L 'acide phénique a une action certaine sur le bacille tuberculeux, mais pour qu’elle soit effective, il faut l’employer en solution forte, ce qui n’est pas sans dangers. Quoi qu’il en soit, l’usage de l’acide phénique en solution faible ou en solution forte a rendu de grands services, et Nicaise, Notta, Dupont, Humbert, Houzel, Bouilly, Ardle, Schwartz, Périer, Piéchaud, Boeckel, Kocher, Sacré, Weiss, Pou let, Weir, Richardson, ont publié des observations où l’emploi de l’acide phénique en injection ou en irrigation, a donné de bons résultats dans la tuberculose articulaire, osseuse ou synoviale.

Le chlorure de zinc n’a qu’une faible action sur le bacille tuberculeux, il agit surtout comme caustique et antiseptique ; beaucoup employé depuis quelques années, par son action caustique, il paraît déterminer une irritation franche succédant à l’inflammation tuberculeuse : Boeckel, Bouilly, Quénu, Schwartz, Kocher ont obtenu de bons résultats avec cet antiseptique.

Le tannin dont l’action antituberculeuse a été indiquée par Raymond et Artaud, est considéré par Ceccherelli, d’après ses expériences et ses observations, comme « un moyen excellent dans le traitement des affections osseuses de nature tuberculeuse, capable de favoriser la réunion des plaies et doué, en outre, d’une action antiseptique énergique, empêchant le développement général de la tuberculose et détruisant les foyers déjà existants. Il est incontestablement supérieur à fiodoforme par son innocuité et sa puissance ». Tricomi n’admet pas l’opinion de Ceccherelli, l’effet du tannin ne serait autre que celui d’une poudre inerte.

Le sulfobenzoate de spude a été employé dans le pansement des plaies s,ur les indications de M. He.ckel, par M. F on tan (de Marseille) et M. Tédenat (de Montpellier); c’est un bon antiseptique en

général, mais insuffisant dans la tuberculose, il n’est pas toxique.

Le sous-nitrate de bismuth a donné à Kôcher et à M. Sée quelques résultats dans la tuberculose des os et des articulations. D’après Gosselin et Héret, il agirait comme germicide et coagulant.

Kôcher s’est servi du sesquichlorure de fer comme antiseptique dans quelques cas de tuberculose osseuse avec guérisons.

L’acide salicylique, qui, expérimentalement, n’entrave en rien la culture du bacille de la tuberculose, a donné quelques résultats à Kôcher.

Le thymol a été utilisé par Kôcher et Yerneu il avec succès. Ses propriétés antiseptiques ont été signalées par Lewin, Aussman, Liebreicht, Paquet.

L’acide lactique a été employé dans le traitement de la tuberculose des os, des articulations. Les bons effets que l’on obtient avec cet acide dans la tuberculose de la peau et des muqueuses (Môsetig, R a fin) et les résultats de l’expérimentation, paraissent pouvoir le faire considérer comme ayant une action antibacillaire.

L’acide fluorhydrique dont la valeur comme antituberculeux est discutée et qui donne, en solution à 1 ou 2 p. 100, de bons résultats dans la tuberculose des parties molles et les productions fongueuses, paraît, d’après M. Quénu, être inefficace contre les altérations osseuses.

Le sublimé a une réelle valeur comme agent antituberculeux : la démonstration est faite expérimentalement et cliniquement. Les observations de Sendler, Hâger, Fraenkel, Burrel, Martell, Kôcher, etc., etc., prouvent combien cet antiseptique est précieux dans le traitement des tuberculoses locales. Malheureusement, pour obtenir une action certaine sur les bacilles tuberculeux, il faut user de solutions assez concentrées, au moins au 1/1000 et, à ce titre, les phénomènes .d’intoxication surviennent parfois. Les solutions de sublimé même étendues peuvent être très utiles en injections ou en irrigations des plaies opératoires, dans les foyers tuberculeux ,et combinées ayec d’autres antiseptiques, assurer l'asepsie et prévenir les dangers d’infection bacillaire. Hâger considère le sublimé comme ayant une action antituberculeuse bien plus grande que l’acide phénique à 5 0/0.

Martell comparant le calomel au sublimé et à l’iodoforme, trouve

-lG-

que les résultats du calomel, ont été de beaucoup meilleurs que les autres.

Le biiodure de mercure , moins toxique que le sublimé, paraît jouir, en chirurgie, d’un pouvoir antituberculeux très notable, quoique expérimentalement il soit insuffisant à empêcher le développement des cultures (Ville min).

Le salol amène un retard notable dans le développement du bacille, même lorsque les tubes d’agar en contiennent une faible dose, l’éclosion est peu appréciable. M. Périer l’a employé le premier en France dans le pansement des plaies. Avant la découverte du naplitol camphré, le salol a donné, dans le service de notre maître, de bons résultats pour le traitement des tuberculoses locales. Son innocuité paraît absolue quoi qu’en disent certains chirurgiens qui ne l’ont peut-être pas suffisamment expérimenté pour pouvoir en parler avec compétence.

De beaux succès ont été obtenus avec des injections d’éther salolé ou de salol camphré dans les abcès froids idiopathiques ou symptomatiques de lésions osseuses ou articulaires.

L 'iodoforme est depuis quelques années beaucoup employé dans les pansements et jouit auprès de nombreux chirurgiens d’une faveur toute spéciale pour le traitement des tuberculoses chirurgicales ; cependant, l’action antituberculeuse de l’iodoforme est actuellement très discutée et l’iodoforme après avoir été prôné comme l’antiseptique spécifique de la tuberculose, commence à perdre du terrain ; les uns craignent, et avec juste raison, l’intoxication, les autres se basant soit sur l’expérimentation, soit sur la clinique, pensent qu’il est insuffisant contre le bacille tuberculeux, même lorsqu’on l’emploie à des doses dangereuses.

En 1880, Môsetig (de Vienne), faisant connaître ses expériences sur l’emploi de l’iodoforme dans le pansement des plaies et particulièrement pour les cas de lésions fongueuses, prétend que l’iodoformè aune action spécifique manifeste sur les produits tuberculeux. Mi kuliez et Gussenbauer confirment l’opinion de Môsetig. Les travaux de E. et J. Boeckel, M. Sée, Le Dentu, Poinsot, Môsetig, Mikulicz, Delbastailleet Troisfontaine, Mook sur les pansements à l’iodoforme, reconnaissent à cet antiseptique une action spécifique sur la tuberculose. Rohrmer etM. Berger, dans leurs revues

sur ce sujet, M. Nélaton, dans sa thèse d'agrégation (L883), concluent de même et engagent à employer l’iodoforme. Le professeur Ver neuil publie en 1885 les bons résultats qu’il a obtenus dans le traitement des abcès froids par les injections d’éther iodoformé ; il admet la valeur antiseptique de l'iodoforme et l’action curative spéciale de ce médicament contre la tuberculose. Ver chère rapporte de nouvelles observations d’abcès froids traités avec succès par les injections d’éther iodoformé et préconise cet antiseptique dans le traitement des affections tuberculeuses. Le professeur Lannelongue. le professeur Trélat, M. Reclus, dans des travaux successifs recommandent l’iodoforme dans la tuberculose chirurgicale. D’après Villemin et C. Paul, l’iodoforme semble amener un retard notable dans le développement du bacille. Wendelstadt insiste sur l’action puissante de l’iodoforme contre les bacilles tuberculeux.

A la suite des nombreux faits d’intoxication iodoformée, rapportés par Henry, Schede, Hœfmann, Kœnig, Kôcher, Behring, Czerny, Le Dentu et si bien décrits dans la thèse d’agrégation de M. Brun, une vive réaction s’est élevée contre ce médicament.

Rovsing conclut de ses expériences que l’iodoforme est insuffisant à empêcher le développement des bacilles de la tuberculose.

Tilanus, Lubbert, Kœnig, Binz, B aumgarten contestent à l’iodoforme son utilité contre la tuberculose.

Tricomi, se basant sur l’expérimentation et la clinique, dit que l’iodoforme a une influence nulle sur les micro-organismes, qu’il ne détruit pas la virulence de la substance caséeuse et qu’il faut lui associer l’acide pliénique ou le sublimé dans le traitement des tuberculoses chirurgicales. Durante pense que la valeur de l’iodoforme comme antiseptique est sans doute en rapport avec le développement de l’iode à l’état naissant, par la décomposition que cette substance subit au contact des tissus vivants. Wasserzug etSattler pensent de même.

Duclaux dans une revue sur la valeur de l’iodoforme comme antiseptique conclut ainsi : « au total, essayé sur les êtres vivants comme dans les milieux inertes, l’iodoforme se révèle comme un antiseptique médiocre » .

C. B. T il anus, dans un travail récent (Revue cle chirurgie, février 1890) a étudié la valeur antiseptique de l’iodoforme. « Dans la tuber-

eulose, l’iodoforme est le seul agent dont on puisse user systématiquement, à cause de son action sur le non développement des bacilles et à cause aussi de sa fixité et de la facilité de son administration, qui permet d’en faire prendre de grandes quantités. Nous concluons en disant que l’iodoforme est un médicament antiseptique, puisque, même dans des proportions très faibles, il s’oppose (très lentement) au développement de certains microbes, sans que pour cela il soit prouvé qu’il les tue. »

J. Coll on, après avoir comparé les résultats fournis par les divers antiseptiques à la clinique de Ko cher de 1872 à 1884, conclut ainsi :

« Comme antiseptique dans les cas de résections, nous préférons le sublimé, parce qu’il est très sûr comme désinfectant, et parce qu’il semble avoir un effet local sur les granulations fongueuses. On évite presque toujours une intoxication, parce que l’on opère le plus souvent avec l’E s mar ch et que la résorption ne se fait pas d’une manière aussi étendue.

L’iodoforme donne de très beaux résultats, semble agir énergiquement contre les granulations fongueuses, donne souvent lieu à une intoxication.

L’acide phénique est un antiseptique très commode. Son action désinfectante vient bien longtemps après celle du sublimé. Il est à éviter chez les enfants, à cause de l’intoxication.

Le bismuth mériterait plutôt le nom d’un excellent aseptique que celui d’un antiseptique. Il forme une excellente couche protectrice, et l’on obtient avec lui très souvent de belles premières intentions. En solution dans l’eau distillée, il forme une bouillie qui durcit et suffit dans bien des cas comme pansement.

Le chlorure de zinc ne peut pas, comme antiseptique, rivaliser avec les précédents. Il n’a qu’un avantage sur eux, c’est de pouvoir être employé plus débonnairement, parce qu’il ne donne pas lieu aussi facilement à une intoxication. On l’emploiera surtout lorsqu’on voudra faire des irrigations, lorsqu’il y aura beaucoup de pus dans une articulation, dans les cas d’abcès para-articulaires.

Nous avons trop peu de cas traités à l’acide salicylique et au thymol, pour avoir une idée très exacte de leur action et de leur efficacité dans les résections. Cependant, lorsqu’il s’agit de changer l’antiseptique employé jusqu’alors, pour cause d’intoxication ou autre, nous

nous adresserions volontiers à ces deux agents qui sont très inoffensifs. »

Von Bartha comparant, dans son étude sur la résection du genou, les différents antiseptiques qu’il a employés dans ses opérations, donne le tableau suivant :

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