‹ Contribution à l'étude du traitement de la tuberculose par une méthode d'autosérothérapieChapitre 12 sur 23 · DISCUSSION DES OBJECTIONS APPORTEES À CETTE METHODE · texte numérisé non relu

DISCUSSION DES OBJECTIONS APPORTEES À CETTE METHODE

On pourrait faire à cette méthode quelques critiques, et nous voudrions étudier les objections posées et tâcher d'y répondre.

1° Tout d’abord cette thérapeutique est-elle dangereuse? Tous les auteurs qui l'ont employée s'accordent pour en vanter l’innocuité; cependant le vésicatoire, si longtemps prèné et qui a connu ces temps derniers une défaveur imméritée, a la réputation de causer des accidents.

Et en second lieu, l'injection äu liquide UL peut apporter des troubles dans l’organisme qui le reçoit.

a) Nous ne voudrions pas retracer l’historique des débats qu’a causés l’emplâtre cantharidé : vers le début du xix° siècle, plusieurs thèses sont consacrées à cette étude et de nombreux articles en vantent les effets, en décrivent les inconvénients, relatant les opinions d’Arétée ou d’Asclépiade, de Bithynie (thèse de Bablon). Cependant plusieurs auteurs ont signalé les lésions . toxiques de tout l’appareil urinaire, et Archigène, médecin de Néron, conseillait déjà de prendre du lait pour garantir la ves-

e : Cormil, Potain, etc., étudient les lésions du rein et conduisent à modérer l'emploi abusif de ce mode de révulsion.

Mais entre le grand vésicatoire laissé en place plusieurs Jours, aussitôt remplacé par un autre agent vésicant, et le petit carré que nous laissons une nuit, la marge est grande, et elle explique.ici l’absence de toute réaction au niveau de l'appareil rénovésical. Déjà Guyon notait que dans sa longue pratique il n’avait jamais observé de cystite cantharidienne, et Artault de

NN Vevey, qui emploie le vésicatoire dans nombre de maladies infectieuses, ne signale pas la plus légère atteinte du parenchyme rénal.

Faut-il rappeler les ulcérations, les plaies que Trousseau décrivait dans un langage pathétique et expressif : les règles d’asepsie empêchent la production de ces irritations cutanées et des lésions plus marquées. Aussi nous ne croyons guère aux dangers causés par un petit vésicatoire appliqué tous les quinze jours et sommes loin de croire que ce traitement « a été inventé par un esprit diabolique » (Van Helmont).

b) Mais l'injection sous la peau des liquides exsudés pourrait avoir des inconvénients : ce liquide, dont tous les produits nous sont encore mal connus, qui contient parfois des germes ou le virus filtrant tuberculeux (Nasta), a causé parfois un abcès froid au lieu de l’inoculation. Ainsi Cordier rapportait, en 1920, le cas d’une suppuration bacillaire du flanc droit après la plasmothérapie dans une péritonite tuberculeuse. Mais ici, pareilles complications n’ont jamais été signalées, soit que l’appel leucocytaire détruise tout agent pathogène, soit que ce liquide du vésicatoire soit dépourvu de tout germe virulent.

Cette méthode, dans ses deux temps, est donc inoffensive et son emploi est légitime lorsqu'un examen d'urine ne signale

aucune atteinte antérieure du rein.

2° Mais nous avons à peine démontré l’innocuité de cette thérapeutique qu'une autre objection se présente : « C’est un procédé insuffisant et illogique », déclare Jousset, qui donne à l’appui de celte assertion des résultats expérimentaux.

« Le traitement de cobayes par les liquides pleuraux a tantôt un effet aggravant, tantôt un résultat nul, exceptionnellement un résultat favorable. » C’est aussi l'opinion de Paraf, « qui ne trouve dans les exsudats spontanés de l’homme aucune propriété antituberculeuse ».

Cependant, cette opinion est controversée : Eisner démontre le pouvoir leucocytogène des injections; Courmont découvre le pouvoir bactéricide du sérum et des sérosités pleurales tuberculeuses; et nous ne voudrions pas omettre les expériences de

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Péron à la Société de biologie. Cet auteur remarque que le liquide d’une pleurésie aiguë jouit de propriétés thérapeutiques envers les infections à bacille de Koch : il injecte à des cobayes des bacilles tuberculeux après une inoculation de sérosité pleurale. Et tandis que des témoins injectés, avec du bacille de Koch seulement « présentent une tuberculose évolutive avec amaigrissement, des cavernes, une adénopathie médiastine, et qu'ils meurent rapidement, les premiers, au conträire, ont un état général excellent, présentent une forme de tuberculose fibreuse à marche lente, comme si on leur avait injecté des bacilles inoffensifs ». Ces exsudations ont donc bien un pouvoir immunisant et leur emploi est logique comme moyen de traitement.

3° Il nous reste un dernier point à élucider : dans les deux temps de cette méthode, production d’une phlyctène par un agent révulsil et l’injection du liquide obtenu, quelle est la part qui revient à chacun des deux actes dans l’amélioration constatée ?

Le vésicatoire a, depuis longtemps, été employé dans la tuberculose : Pidoux conseillait des cures de vésicatoire. Grancher et Arnozan « le considéraient comme un des meilleurs moyens d’enrayer la phtisie ». Dieulafoy le recommandait, et Peter trouvait qu'il « soulageait le malade, diminuait l’étendue des râles » et arrêtait la marche de la maladie. Rolin rapportait ses bons effets à l’augmentation des échanges respiratoires, et Maragliano l’attribuait à l’augmentation du pouvoir bactéricide du sérum sanguin : les résultats obtenus par le vésicatoire seul ne suffiraient-ils pas à expliquer les résultats observés par la vésiculothérapie ?

Remarquons, en premier lieu que, dans d’autres maladies où l’on emploie cette méthode, l'effet curatif est si brusque, si instantané, que le vésicatoire ne peut en expliquer seul les bons effets : « C’est ainsi qu’elle coupe littéralement la grippe en quelques heures, guérit la fièvre, relève l’état de dépression, amène une convalescence prématurée : elle agit instantanément, comme si l'agent infectieux était supprimé. » (Artault.)

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