HISTORIQUE
La méthode thérapeutique que nous étudions a une origine déjà ancienne, et nous allons en marquer les étapes
1° Le moyen le plus simple de traiter un malade par un produit spécifique est de lui injecter son propre sang où cette substance doit se trouver * mais l’autohémothérapie donne parfois des chocs violents et des réactions alarmantes qui en limitent l'emploi.
2° Aussi une nouvelle méthode a pris jour : c’est en 1891 que Debove et Remond commencent à traiter par aulosérothérapie les malades qui présentaient une péritonite tuberculeuse. De même en injectant sous la peau du liquide d’ascite pris aux cirrhotiques, Bayo, en 1903, puis Sicard, virent fondre les épanchements et le foie s'améliorer. Mais c’est surtout à Gilbert que l’on doit une étude documentée sur cette question, et, dès 1894, le médecin de Genève rapportait au Congrès de Rome la guérison ou l’amélioration de 27 pleurésies, traitées par l'injection sous-cutanée de leur exsudat pleurétique. De nombreux médecins français (Mongour et Gentes-Breton), étrangers (Scarpa, Bourget, etc.), rapportèrent par la suite un nombre impressionnant de guérisons par cette méthode, et depuis de nombre des maladies traitées par ce moyen si efficace s'étend tous les jours davantage.
3° C’est en 1908 que Modinos (médecin à l'Hôpital d’Alexandrie) voulut employer dans le traitement des maladies infectieuses le sérum des phlyctènes artificiellement créées sur la peau par un vésicatoire. De nombreuses affections furent
Eu
ainsi traitées avec succès : le rhumatisme articulaire aigu s'améliore rapidement; la grippe, les fièvres typhoïde et paratyphoïde tournent court; la coqueluche, la pneumonie, l'asthme, sont amendés; la fièvre de Malte, si tenace et si persistante, guérit en quelques injections du sérum de la vésicule créée par le vésicatoire (D (Modinos). Une nouvelle méthode d’autosérothérapie était créée, que Lassablière proposa d'appeler Phlycténothérapte.
Divers auteurs ont élargi les indications de cette méthode qui s'attaque maintenant à Fl’arthrite blennoragique (Artault de Vevey), à l’accès de goutte (Finck, de Vittel), au cancer, aux annexites. Rhomer (de Nancy), l’emploie en ophtalmologie et constate des résultats étonnants dans l’iritis, les cataractes infectées, les ulcères cornéens, etc. Ces diverses maladies s’améliorent rapidement, eté#Artault peut déclarer qu'il ne connaît pas « de traitement capable de juguler les infections aiguës avec autant de promptitude et de sûreté que ce procédé, qui est supérieur à toutes les sérothérapies ».
4° Les bons effets relatés dans le traitement de la grippe et des affections pulmonaires aiguës ont encouragé les médecins à traiter ainsi une des maladies les plus fréquentes, la tuberculose pulmonaire, dont le traitement spécifique nous échappe encore.
a) Déjà, en 1910, deux médecins bordelais, Ferrier et Tiéron, de Saint-Médard, conseillaient, dans la tuberculose, d’employer des injections sous la peau du malade de son propre séruin, car le sérum de cobayes tuberculeux injecté à ces mêmes animaux améliore leur état tandis que des témoins meurent rapidement.
b) Ramond (1912) aussi guérit de graves hémoptysies par autosérothérapie; «et il remarque que chez les tuberculeux fébriles « la fièvre diminue, la tachycardie se calme, les mamifestations septicémiques et toxiques s’atténuent, l’état général s'améliore ».
(4) M. le Médecin général Dargein a expérimenté cette médication dans la fièvre de Malte avec des résultats inégaux.
c) Les Allemands, qui ont beaucoup étudié cette question, déclarent que cette méthode « semble devoir justifier la poursuite des recherches » (Peus), et Weiksel obtient dans 31 cas d'excellents résultats dans les phtisies au début et les formes torpides.
d) La phlycténothérapie commence elle aussi à être appliquée dans la tuberculose et les résultats paraissent encourageants. Lassablière étudie depuis longtemps cette question, et, par des travaux biologiques et cliniques de grande valeur, arrive à conclure que « cette médication est douée des plus vastes perspectives » et qu'elle contribuera puissamment à la guérison de cette maladie.
Notre Maître, M. le Professeur Micheleau, ayant essayé cette thérapeutique séduisante dans un cas de tuberculose évolutive, fut frappé des résultats obtenus et nous encouragea à poursuivre des recherches sur cette question dans son service de l'Hôpital Saint-André. Dans une communication récente à la Société de médecine de Bordeaux, notre Professeur, après avoir relaté les effets obtenus dans des maladies diverses, en vante les heureux résultats dans les maladies infectieuses en général et dans trois cas de tuberculose dont l’évolution s'arrête et dont les lésions semblent régresser. Nous donnerons dans ce travail les réflexions que nous suggère le traitement de cette désespérante maladie.