‹ Contribution à l'étude du traitement de la tuberculose pulmonaire dans les sanatoriaChapitre 10 sur 33 · IV. La cure de repos · texte numérisé non relu

IV. La cure de repos

Que faut-il entendre par cure de repos ? Les chaiseslongues où se couche le phtisique, les verandahs et les galeries de cure pourraient faire croire que le malade reste couché, dans les sanatoria, pendant la journée tout entière. Il n’en est rien. Nous .avons déjà dit pourquoi il fallait que le tuberculeux se reposât : pour dépenser moins. Mais un excès de repos, en ralentissant les échanges organiques, serait aussi préjudiciable qu’un excès d’exercice. Dans ce chapitre, suivant en cela l’exemple du doc-

teur Sabourin, nous exposerons aussi les exercices auxquels sont soumis les malades. La cure de repos n’est que relative. N’est-ce pas d’ailleurs le sens qu’on donne d’habitude au mot repos ? Un médecin qui envoie un malade se reposer à la campagne .n’entend pas que celui-ci devra y rester couché, sans rien faire, pendant toute la journée.

Le repos physique n’est pas le seul visé par les sanatoria ; les médecins demandent^aussi le repos intellectuel et j’y ajouterais volontiers le repos moral, peut-être le plus essentiel et bien difficile parfois à obtenir.

Pour obtenir le repos physique, le médecin défend au malade de prendre aucun exercice en dehors de ceux qu’il lui prescrit lui-même. Le directeur du sanatorium indique, pour ainsi dire, chaque jour et la longueur de la promenade, et là route ou l’allée suivant laquelle elle doit être faite. Il gradue ainsi là longueur et la pente suivant les forces du malade. Les allées qui entourent l'établissement, dans le parc ou en dehors de lui sont faciles à désigner au malade, par le nom des kiosques ou points de vue auxquels ils conduisent, par exemple. Les promenades qu’on y peut faire sont connues, si bien qu’il suffit au médecin de demander au malade où il est allé, pour savoir exactement, non seulement le point atteint, mais toute la route faite. 11 lui est facile ensuite de donner les indications nécessitées par l’état du malade.

Les promenades sont progressives ; très courtes au début, elles finissent, par additions sucessives, à atteindre

2 heures par jour, quelquefois même, mais très rarement

3 heures. Dans ce dernier cas, ellês sont toujours faites en trois fois. Toute promenade de 3/4 d’heure est regardée comme longue. Je parle en ce moment de la pratique de Falkenstein : je dois ajouter qu’elle n’est pas suivie partout. Dans l’étahllssement de Brehmer, les malades

marchent beaucoup plus, font une sorte de cure-de-terrain pour augmenter l’activité du cœur, tout en ne se fatiguant pas. De même à Reiboldsgrün, dont le directeur, le docteur Woltf, dit que, sans l’exercice, il ne pourrait pas entreprendre de soigner un malade.

L’exercice,'de l’avis de tous les directeurs de sanatoria, est une arme à deux tranchants qu’on ne saurait manier avec trop de prudence. Il ne faut guère compter que le malade saura s’arrêter à temps : lui demander pour unique règle de ne pas se fatiguer est illusoire. 11 a une tendance à exagérer ses forces, à entreprendre des promenades qui le fatigueront sans qu’il s’en doute. Mieux vaut peut-être exagérer les bienfaits du repos, en dosant sévèrement les exercices.

La progression à suivre a été fort bien exposée par Brehmer et c’est en suivant ses principes qu’on arrive aux meilleurs réultats. Au début, les malades se promènent sur des allées horizontales, puis sur des allées de pentes diverses sans que pourtant jamais l’ascension devienne trop dure. Ils doivent se reposer le plus possible, bien avant qu’ils se sentent fatigués ou que leur respiration devienne oppressée. « Le malade doit faire justement le contraire de l’homine sain. Celui-ci se repose lorsqu’il est fatigué, tandis qu’il faut que le phtisique se repose, bien qu’il ne le soit pas ; il s’asseoit uniquement parce qu’on le lui a ordonné, afin qu’il ne puisse se fatiguer. » (Brehmer). La promenade doit se faire sans but, lentement, c’est une sorte de flânerie tranquille, ne pouvant amener aucune lassitude.

Il faut craindre cette fatigue par , dessus tout. Son moindre inconvénient est de causer de la fièvre à ceux qui n’en ont pas, ' d’élever celle de ceux qui en ont (Sabourin). C’est parfois la fièvre qui réglera la durée des promenades, et même leur lieure. Mais toute fatigue,

BEAULAVON

tout surmenage peut avoir de plus graves inconvénients. Ecoutons Brehmer (1) ;

Un médecin part en voiture pour Heidelberg, revient à pied, rapidement, à cause du mauvais temps. Avant son retour, il a une forte hémoptysie et meurt en 5 jours.

Et Dettweiler (3) :

Une dame gravement malade, avec une phtisie rapide, voit ses lésions s’améliorer, sa fièvre^diminuer par son séjour au sanatorium et donne les meilleures perspectives de guérison. Comme l’état de son cœur inspirait des inquiétudes, on lui mesurait très sévèrement ses promenades. Elle veut un jour gagner un point de vue qu’on lui a signalé (elle donne un but à sa promenade). Au bout de 10 minutes, elle revient en sueur, dans un état presque syncopal ; son cœur est forcé. Elle se met au lit, la maladie fait des progrès ; mort l’année suivante.

On pourrait trouver d’autres exemples, ces deux-là suffisent pour montrer le danger de tout surmenage et combien prudemment les exercices doivent êtres gradués par le médecin.

Nous ne parlons,comme exercices, que de promenades, c’est, qu’en effet, ce, sont les seuls permis. La marche seule assure l’activité fonctionnelle de tout le corps sans qu’il en puisse résulter une fatigue, à la condition, bien entendu, d’éviter tout entraînement sportif. Les exercices des bras auront toujours l’inconvénient de s’effectuer trop près du poumon rnalade.

Dans les sanatoria, le repos intellectuel des malades est déjà en partie obtenu par l’éloignement des affaires et de la famille. Tout travail un peu long est défendu, en unmot

(1) Brehmer. — Loc. cit. p. 251.

(2) Dettweiler.— Behandlung der Lungenschwindsucht.'ÿ. 107.

, tout ce qui peut demander une attention soutenue. Les lectures même sont mesurées, ne doivent point être trop longues ; certains livres sont interdits aux fébricitants docteur Wollï). Le malade peut causer, mais pas trop longtemps, il doit éviter toute discusion un peu vive.

Mais repos intellectuel ne veut pas dire ennui, bien ■ que certains médecins prétendent que l’ennui fait partie de la cure. Pour rompre la monotonie du temps, il reste au malade quelques distractions tranquilles, comme le croquet ; certains établissements possèdent même des lacs pour le patinage en hiver, des allées pour le tobogging, en été, un emplacement pour le tennis. Mais ^esjeux sont désapprouvés par la majorité des phtisio-thérapeutes. La passion qu’ils excitent les faits vite dégénérer en exercices violents, redoutés pour les malades. Les dominos, quelquefois les cartes, les dames, les échecs, le billard sont permis. Les malades ont encore la ressource des promenades en voiture ou en traîneau, suivant la saison. Cette distraction est.très goûtée; les sanatoriaétant généralement construits dans des contrées favorisées au point de vue pittoresque, les excursions qu’on peut faire dans leur voisinage sont charmantes. Les courses en traîneau sont particulièrement agréables et, malgré des froids de 10 à 15“, parfaitement supportées par les malades.

Les autres distractions sont les concerts, les représentations théâtrales et, dans les sanatoria allemands, les fêtes organisées pour la Noël ou le carnaval; ces jours de joie, attendus avec impatience, se soldent malheureusement presque toujours par l’apparition d’hémoptysies chez quelques-uns desq)ensionnaires. Gomme occupation pendant les promenades, on recommande aussi la photographie,les herborisations les collections entomologiques, etc.; ce sont prétexte à flâneries, la meilleure forme de la promenade, comme nous l’avons dit plus haut.

Pour les hommes, fumer est souvent unp distraction. On ne les en prive pas, on leur demande seulement de ne fumer qu’en plein air, modérément, de ne pas avaler la fumée et de s’abstenir des pigarettes. On interdit le tabac à ceux qui ne peuvent fumer sans tousser et à ceux qui ont des lésions du pharynx et du larynx.

C’est dans le calme fourni par une vie régulière que les malades cherchent la guérison. La confiance, l'espérance renaissent peu à peu, apportent avec elles le repos moral a la plupart des phtisiques. Mais, à ce point de vue, c’est le médecin qui a le principal rôle ; nous en reparlerons plus loin.

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