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VII. Traitement pharmaceutique et symptomatique

Au point de vue général, le traitement de la phtisie par les médicaments n’existe pas dans les sanatoria. La créosote, le gaïacol, l’arsenic, toutes les drogues sont mises

de côté. Je n’ai guère vu employer la créosote qu’à-Reh burg, par le docteur Kaatzer, sous forme de café créosoté. Partout ailleurs, on attend tout du traitement dit hygiénique diététique. Parfois le gaïacol est toléré mais à la dose de une à deux capsules par jour pour faciliter les fonctions stomacales. Enfin quelques médecins font encore un usage, très restreint d’ailleurs, de la tuberculine de Koch. Mais il nous reste à parler du traitement symptomatique de la maladie et là la pharmacie reprend une partie de ses droits. Ce traitement ne diffère guère d’ailleurs de ce qu’il est dans la pratique ordinaire. Nous serons assez brefs à son sujet, insistant seulement sur quelques méthodes particulières plus volontiers mises en œuvre dans les sanatoria, comme, par exemple, contre la fièvre, l’insomnie, les sueurs nocturnes, la toux. Pour le reste, trouble gastrique, diarrhée,.constipation, hémoptysie même nous n’avons trop rien à dire.

A propos de cette dernière complication, nous ne pouvons pourtant rester absolument muet. Il ne s’agit point de faire ressortir la médication même de l’hémoptysie, mais son traitement pour amsi dire moral. Tout malade quia une hémoptysie garde le lit ; la durée du repos aq lit est plus ou moins longue suivant la gravité et la durée de l’hémorrhagie et aussi suivant le médecin. En mêmp temps que le repos au lit, on prescrit divers médicaments parmi lesquels l’opium tient la première place. Tout cela ne diffère point du traitement ordinaire, mais au point de vue psychique, le malade est tout autrement et bien mieux soigné. Le médecin arrive auprès de tout malade atteint d’hémoptysie, aussitôt que cet accident apparaît. Celui-ci est entouré immédiatement de soins calmes par tout un personnel infirmier bien dressé. L’entourage est donc propre à apaiser l’émoi du malade, mais cet émoi n’est pas en général aussi grand que lorsque le phtisique

est entouré- de sa famille. Au sanatorium' l’hémoptysie est un accident, presque un incident, que le tuberculeux voit surÿenir fréquemment autour de lui, et presque toujours sans qu’il en soit résulté un dommage grave. Ses compagnons s’en sont ordinairement tirés par quelques jours de repos au lit, une cure plus sévère ; la marche vers la guérison n’a pas été entravée. Certes au sanatorium comme ailleurs, les hémoptysies foudroyantes se voient, mais, là comme ailleurs, elles sont rares et ne peuvent par conséquent affecter profondément les malades. Le médecin joue aussi son rôle en expliquant que Themoptysie n’est pas, par elle-même, d’un pronostic défavorable. Le docteur Wolff même, à Reiboldsgrün, a soin de prévenir ses pensionnaires qu’ils pourront avoir une hémoptysie, que celle-ci fait pour ainsi dire partie del’évolutionde la maladie.Cette pratique excellente a pour résultat d’assurer le calme au malade si cet accident survient.

Il faut nous occuper maintenant d’un des plus grands ennemis des phtisiques, la fièvre. Ce symptôme est, dans les sanatoria, la préoccupation constante du médecin comme du malade, aussi l’un et l’autre font-ils tous leurs efforts pour la dépister. Les malades possèdent un thermomètre à maximum et prennent leur température plusieurs fois par jour, au lever, à midi, à 5 heures, au coucher (Falkenstein). Ils inscrivent les résultats quand leur température dépasse la normale, ou même quand elle est normale (Nordrach). Le docteur Dettweiler a introduit la pratique générale de prendre sa température dans la bouche. Le réservoir du thermomètre est placé sous la langue, la bouche fermée, les lèvres serrées; pendant les quelques minutes nécessaires pour que la colonne de mercure arrive au maximum, le malade ne souffle mot et respire tranquillement par le nez. Certes, cette prise de température n’est pas parfaite et ne pourrait servir pour des

expériences physiologiqaes (Dettweiler) mais elle est très commode puisqu’elle peut se faire sur la chaise-longue. Dans la pratique, il est assez amusant de voir, dans les galeries où ils sont couchés, tous les malades tirer leurs thermomètres à la même heure,, lire leur température et se communiquer leurs réflexions à ce sujet. Cet exemple enlève toute fausse honte au nouveau venu.

La température mesurée si souvent permet de dépister la moindre apparence de fièvre. Que va-t-on faire contre elle ? La règle uniqun egt simple : aussitôt que la température dépasse 37°5 le malade va se coucher et prévient le médecin. A Falkenstein, si cette légère élévation de température s’accompagne de malaises, de frissons, on fait suer le malade pendant deux heures ; cette suée est suivie d’une vigoureuse friction. Tant que la température n’aura pas atteint la normale, le malade sera maintenu à la chambre ou même au lit.

Nous venons d’indiquer une mesure générale, c’est dire qu’il y a de nombreuses exceptions. La fièvre chez les tuberculeux, n’est point une en effet ; elle a des causes diverses, difficiles à dégager et qui, dans la pratique, ne peuvent être attaquées directement. Ce qu’on appelle la fièvre tuberculeuse est un produit hybride qui peut fort bien être dû un seul bacille tuberculeux ou à ses produits, mais qui a, le plus souvent, pour origine une infection mixte, due aux associations microbiennes qui se partagent le poumon avec le bacille de Koch. Cette fièvre tuberculeuse, variable comme forme, marche, durée, intensité, né peut être efficacement combattue, de l’avis de tous les phtisiothérapeutes, par aucun médicament. Dans les sanatoria, on la voit pourtant dans la plupart des cas, céder peu à peu, mais uniquement sous l’influence du traitement général. Qu’en conclure ? C’est que, causée parles lésions pulmonaires, elle disparaît en même temps

que ces mêmes lésions régressent sous l’influence de la cure. Il ne faut donc point priver les tuberculeux qui en sont victimes des bienfaits de la cure d’air ; il suffit de prendre plus de précautions pour les alimenter, de les maintenir quelque peu plus à la chambre. Ils finissent, malgré leur température, à faire la cure d’air sous les galeries. Chose merveilleuse, tout en restant fébricitants, ils ne sont plus incommodés par la fièvre, quelques-uns même conservent un bon appétit.

N’emploie-t-on donc contre la fièvre aucun médicament ? Si, chaque médecin à un médicament préféré, antipyrine, antifébrine, phénacétine, etc., et les malades ont l’habitude d’en prendre quelques doses quand leur température subit une ascension anormale. En administrant ces médicaments, les médecins cherchent non point à combattre la fièvre, contre laquellg ils se sentent à peu près impuissants, mais les désagréments qu’elle apporte avec elle, la sensation de malaise qui parfois peut aller jusqu’à la disparition de l’appétit.

Quant à la fièvre de surmenage, si bien analysée par M. Sabourin {loc. cit.) on ne la connaît que trop dans les sanatoria. Elle survient chez tout malade qui a éprouvé une fatigue ou excitation quelconque dans le courant de la journée ; la température monte quelquefois très haut pour redescendre à la normale, souvent dès le lendemain. Elle existe chez presque tous les nouveaux arrivants, fatigués par le voyage ; Penzoldt l’a trouvée chez tous les tuberculeux après une promenade (1). Cette fièvre disparaît rapidement sous l’influence du repos absolu.

Mais la fièvre des tuberculeux ne s’en tient pas à ces

(i) Penzoldt. Thempie der Lungenluberhulose in Handbuch der speciellen Thérapie innerer Krarikheiten. Fischer, Jenal896.

deux modalités. Survenant après une longue période de calme, elle peut être l’indice d’une aggravation du processus, d’une suppuration éliminatrice (Sabourin) ou d’un accident aigu intercurrent. Toutes ces causes de lièvre existent chez les tuberculeux des sanatoria, moins pourtant que chez les tuberculeux qui ne suivent pas la cure hygiénique, Dans tous ces cas, le malade garde le lit et les médecins lui appliquent telle médication symptomatique indiquée par chaque fait particulier. Gomme nous l’avons déjà expliqué, la cure d’air n’en continue pas moins, malgré que le malade garde la chambre, les fenêtres restant toujours ouvertes.

Les sueurs nocturnes sont aussi soignées d’une façon spéciale. Disons de suite qu’elles disparaissent généralement très rapidement après l’établissement de la cure à l’air libre. La fenêtre ouverte pendant la nuit suffit souvent pour faire s’évanouir ce symptôme fâcheux, qui incommode tant les phtisiques. S’il ne disparaît pas complètement, il cède la plupart du temps si l’on prend le soir, suivant les conseils de Dettweiler et de Brehmer, un verre de lait additionné de quelques cuillerées à café de cognac. Ajoutons que lôs frictions et l’hydrothérapie, en activant les fonctions de la peau, contribuent aussi à obtenir le résultat cherché. On emploie aussi des médicaments tels que l’atropine ou l’agaiicine, mais rarement.

De même le traitement à l’air libre fait souvent cesser l’insomnie, par la sédation particulière qu’il produit Ajoutons aussi que la discipline de la toux, sa diminution qui succède toujours aux premiers jours de traitement,la disparition des sueurs nocturnes aidentle malade à retrouver le sommeil perdu. Si l’insomnie persiste, on conseille des repas légers le soir, l’abstention de toute boisson alcoolique, les bromures combinés (en Aile-

magne sous la forme de Bromwasser gazeuse), l’opium qui agira plutôt en calmant la toux qu’eû vertu de sa « propriété dormitive. » (Sabourin).

Contre les douleurs thoraciques, liées ou non à des lésions de pleurésie sèche, on emploie beaucoup, dans les sanatoria allemands-, la compresse échauffante de Priessnitz. La révulsion se fait aussi au moyen de sinapismes ; les pointes de feu sont inconnues.

Nous ne pouvons terminer ce chapitre sans parler d’une tuberculose locale, qui se présente chez beaucoup de tuberculeux et qu’il faut soigner dans tous les sanatoria, la phtisie laryngée. Chaque sanatorium possède une chambre noire pour l’examen laryngoscopique. Les remèdes employés presque partout sont les attouchements à l’acide lactique et les grattages, suivant la méthode de Heryng. Dans quelques sanatoria, on fait aussi des inhalations de médicaments divers, qui ont pour hut de modifier la pharyngite plutôt que la laryngite elle-même. Ajoutons que de l’aveu de tous les phtisiothérapeutes que nous avons consultés au sujet de la phtisie laryngée, cette guérison , peut s’obtenir par le simple traitement hygiénique-diététicfue et que c’est à lui bien plus qu’aux applications locales qu’on en est redevable la plupart du temps.

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