‹ Contribution à l'étude du traitement de la tuberculose pulmonaire dans les sanatoriaChapitre 13 sur 33 · VIII. Education du malade. — Rôle du médecin · texte numérisé non relu

VIII. Education du malade. — Rôle du médecin

Jusqu’à présent, nous n’avons pas parlé du rôle du médecin directeur d’un sanatorium. Les règles multiples du traitement hygiénique-diététique nous ont bien laissé entrevoir l’intervention continuelle du médecin dans la vie du phtisique, mais c’est à lui aussi qu’incombe [le rôle d’éducateur vis-à-vis de son malade.

L’éducation du phtisique est la partie du traitement qui réclame le plus la patience, le tact, l’énergie et l’autorité du médecin. Tous les phtisiothérapeutes reconnaissent en effet qu’on ne peut espérer la guérison d’un tuberculeux si lui-même n’est pas en partie son propre médecin, s’il ne collabore pas à l’œuvre entreprise par celui qui le soigne. Il va donc falloir l’initier à sa maladie, lüimontrer les dangers qui l’entourent et aussi toutes les chances de guérison qu’il peut avoir. Grâce à cette éducation, le médecin peut espérer voir ses malades suivre les prescriptions sévères exigées par la prophylaxie de la tuberculose en fnême temps qu’exécuter dans tous ses détails, le traitement long et monotone que nous venons d’exposer.

Le malade arrive parfois à l’établissement sans avoir le moindre soupçon sur la gravité de son affection. Beaucoup ne commencent à avoir l’esprit en éveil qu’à la lecture du prospectus du sanatorium auquel on leur a conseillé d’avoir recours. Les termes de poitrinaire et de phtisique s’y trouvent assez répétés pour qu’ils ne puis sent se faire aucune illusion' sur la nature de leur maladie Si le malade a résisté aux premiers soupçons, il acquérera laxertitude dès son arrivée, en ne voyant autour de lui que des tuberculeux et des tuberculeux parfaitement au courant de leur état.

Les médecins du sanatorium, après le premier examen, donnent au malade une vue d’ensemble, aux traits estompés, sur l’état de son affection. Ils lui annoncent tout d’abord qu’il est tuberculeux, s’il ne le sait déjà. Il est en effet de toute nécessité que le nouvel hôte du sanatorium soit instruit de l’existence du terrible ennemi qu’il porte en lui-même. Le médecin entre même parfois dans plus de détails, expliquel’existence du bacille, sa présence dans les crachats, la salive, etc., le montre mêmesurune prépa-

BEAÜLAVON

ration microscopique. Après avoir ainsi fait quelque peu l’éducation du malade, il lui montre la nécessité de se soumettre aux règles prophylactiques, pour préserver son entourage contre l’infection ou lui-même contre une réinfection éventuelle. Il lui fait voir aussi la guérison non pas assurée, mais probable et lui cite l’exemple de ses compagnons de cure.

Pour faire obéir le phtisique, iln’y a ordinairement pas besoin de longs discours lorsqu’il est instruit de la nature de son mal. Les termes de phtisie et de tuberculose ont, dans le public, un assez mauvais renom pour'que chacun s’empresse de mettre en œuvre tous les moyens qu’on lui indique pour échapper à la terrible maladie. Cette obéissance s’obtient facilement en France comme en Allemagne. Le renvoi de malades indisciplinés est absolument rare. Le docteur Sabourin, au Ganigou, affirme que les Français sont tout aussi disciplinables que les habitants des autres pays, et il s’appuie sur une observation déjà longue de cinq années {loc. dit.).

Les moyens mis en œuvre pour obtenir l’obéissance varient naturellement avec chaque médecin. Les uns agissent par le raisonnement et la patience, c’est la majorité; d’autres font montre d’une sévénté extrême, ne laissant aucune liberté à leurs malades, les surveillant de près et ne leur permettant aucune infraction au règlement. Les uns et les autres réussissent. Non seulement ils arrivent à être obéis, mais à litre vénérés par leurs malades. Il suffit de causer quelque peu avec les pensionnaires d’un sanatorium pour se rendre compte de cet état d’àme particulier.

Nous venons de voir que le médecin instruit le maladé de son état, mais jusqu’à quel point ? Dit-il la vérité au malheureux arrivé à la dernière période de la maladie, à celui qui n’a plus aucun espoir de guérison ? Certes non.

II. ne la dira peut-être pas tout entière à celui qui ne présente que quelques chances de guérison . Il doit être psychologue en même temps que médecin et pouvoir distinguer ce qu’il doit révéler et ce qu’il doit cacher. Il ne traitera pas de la même façon les ignorants et les gens instruits ; il usera de ménagements vis-à-vis de ceux qu’il sent faibles et de peu de courage.

Cet examen psychique du malade n’est point facile à faire et ne peut être rapide, aussi le médecin dose-t-il souvent ses révélations jusqu’à ce qu’il connaisse mieux le caractère de son client. 11 faut qu’il arrive à le pénétrer à fond et pour cela ne doit négliger a,ucun détail d’observation. Le docteur Dettweiler cite toujours à ce propos l’exemple d’un malade qui se préoccupait vivement de l'absence d’un bouton de chemise pendant qu’on lui faisait les observations les plus sérieuses sur sa maladie. Il est bien certain que dans ce cas, lorsque l’insouciance du malade est extrême, le médecin est obligé d’insister d’une façon toute particulière. Il n’en fera jamais trop pour attirer et retenir l’attention de son client. Dans ce cas, la sévérité et les ordres sans discussion font merveille.

Le rôle moral du médecin ne se borne pas à l’éducation du malade. Il doit pénétrer dans son intimité et sa confiance. Aussi, dans les sanatoria, voit-on les médecins vivre en contact permanent avec leurs hôtes. Ils mangent avec eux, se mêlent à eux, vont les visiter à maintes reprises dans la journée, au moment où ils font leur cure. Pendant les promenades, on trouve à chaque instant le médecin. Cette présence continue ne pèse nullement au malade, car le médecin pendant ces rencontres multiples n’est plus qu’un homme sè plaisant à la conversation de ceux qu’il aborde. Son influence s’en accroît, à la confiance au médecin se joint la confiance en l’homme.

Le phtisique, mêoie le plus intelligent, reste toujours un grand enfant dhine insouciance extrême. Il faut lui laisser quelque liberté pour ne pas le pousser à la révolte ; il faut aussi le surveiller de très près pour le remettre dans le droit chemin quand il s’en écarte. Ayant une tendance à s’exagérer ses propres forces, il se surmènera aussitôt qu’il sentira son état général redevenir passable. La comparaison favorable qu’il fait avec son état précédent, le pousse toujours à se croire en meilleure santé qu’il n’est en réalité. Le médecin doit toujours être là pour s’opposer aux écarts qui compromettraient la cure.

Il doit tantôt jeter de l’eau froide sur l’enthousiasme de son malade, tantôt au contraire le réchauffer. Il entreprend une bataille perpétuelle avec l’état d’âme de tout son monde, pour le maintenir au juste niveau, nécessaire à la réussite de la cure. Il faut au phtisique un repos morale ou psychique, comme il lui faut un repos intellectuel et physique ; ce repos est assez difficile à obtenir. L’éloignement delafamille, des affaires, des occupations, excellent en principe pour le repos intellectuel, peut parfois engendrer une mélancolie et une tristesse très préjudiciables. L’état général s’en ressent, le malade périclite, il est obligé de quitter. le sanatorium pendant quelque temps, de prendre des sortes de vacances. Ajoutons pourtant que ces cas sont rares, qu’ordinairement les malades supportent bien la vie du sanatorium.

Nous n'avons pu que tracer une esquisse du rôle du directeur d’un sanatorium. Elle n’est point parfaite,-nous voulions seulement indiquer toute l’importance que nous attachons à la personnalité du médecin. C’est lui, bien mieux que le confort des bâtiments et les avantages de remplacement, qui fait la valeur du sanatorium. L’êxem- pie d’un sanaforium mal installé, où les succès sont nom-

breux, serait facile à trouver et à citer à l’appui de cette opinion.

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