HISTORIQUE
La méthode de Fontan consiste essentiellement dans l'injection à l’intérieur du bubon chancrelleux de vaseline iodoformée après PRG étroite et évacuation du pus.
Ce qu’il y avait d’original dans cette méthode, au moment où Fontan la préconisait, c'était d’une part la ponction au bistouri substituée à la ponction capillaire ou à l’incision large pour évacuer le pus, c'était d'autre part la distension de la poche, une fois vidée de son pus, par un agent antiseptique l'iodoforme avec de la vaseline comme excipient.
Le professeur Fontan, alors chargé du service des maladies vénériennes à l'hôpital de Saint-Mandrier, a montré dans une de ses cliniques comment il avait été amené à cette double conception.
Si on tient pour nécessaire l'évacuation du pus, on ne peut en effet recourir à la ponction capillaire ; car, dit Fontan, « le produit des adénites suppurées est trop épais pour être extrait par aspiration ». Il n’y aura possibilité de vider la poche que par äineision.
H, Dupuy 1.
Mais on savait, dès cette époque, les mauvais résultats que donnent, en clinique, l'incision large d’un bubon et Fontan croyait en trouver la raison dans le mémoire que Strauss avait déposé à la Société de Biologie en 1884. Il était alors classique d'admettre que le bubon fermé était stérile et qu'il ne devenait chancreux qu’une fois ouvert, par inoculation secondaire. L'agent pathogène du chancre mou, encore inconnu à celte époque, était apporté sur la plaie par les mains du malade ou les souillures du pansement. Aussi Fontan tenait-il pour essentiels des soins antiseptiques (lavage de la région et lavage de la poche au sublimé) sur la rigueur desquels il n’est plus nécessaire d'’insister aujourd’hui. Nous savons maintenant que le bubon chancrelleux contient d'emblée le strepto-bacille pathogène, découvert en 1889 par Duerey ; mais il reste certain que la fistulisation prélude trop souvent à des suppurations interminables, qu’elle doit être évitée autant qu'il est possible. Or il n’est plus à démontrer aujourd’hui, que les larges débridements des bubons et même les petites incisions conduisent trop souvent à la chancrellisation des lèvres de la plaie.
« Pour éviter, concluait Fontan, la plupart des inconvénients du Bubon (décollement, suppuration prolongée, phagédénisme, etc.), il faut éviter la transformation chancreuse, c'est-à-dire le mettre avant tout à l’abri de l’inoculation. Le mieux serait de le traiter par occlusion., Il faut, cependant, l’ou-
vrir: il faut en évacuer le pus ; mais, celte évacuation faite, il faut refermer la plaie aussi complètement que possible. »
« Enfin pour obtenir que la poche s’accolle promptement, il faut la mettre hors d'état de fabriquer du pus et, pour cela, la stériliser par la pénétration d’un antiseptique ; le maintien de cet antiseptique à demeure sera même le moyen le plus efficace. » Quant au choix de cet antiseptique, Fontan s’est tout naturellement adressé à l’iodoforme, alors très en vogue. « Depuis quelques années, dit-il, les médecins, qui ont employé l’iodoforme dans le traitement des bubons largement ouverts, en avaient obtenu d’assez bons résultats ; mon procédé est, en réalité, une sorte de pansement à demeure iodoformé à l’intérieur d’un ganglion suppuré étroitement ouvert. L’injection d’iodoforme utilise la vaseline tiède comme véhicule, parce que l’éther, employé dans quelques cas, s'échappe aussitôt par une ouverture qui n’est pas capillaire. La vaseline, au contraire, portée à 5o degrés se fige dans l2 poche en redescendant audessous de 42 degrés qui est son point de liquéfaction, » C'était, d’ailleurs, le moment où Laborde venait de faire sa thèse sur « les injections cavitaires et interstitielles d’éther iodoformé dans le traitement des tuberculoses locales », mais déjà il indiquait que « malheureusement beaucoup de ces abcès, ceux des ganglions surtout, se vident mal. Des gru- -meaux viennent boucher la canule et fréquemment on est obligé de ponctionner au bistouri. Dans ces
cas l'injection est encore possible, elle est cavitaire, mais la cavité n’est plus absolument fermée ; l’éther n’est plus alors utilisable et nous pratiquons linjection de vaseline iodoformée chaude coagulable avec occlusion consécutive de la plaie ».
La méthode de Fontan s'était trouvée vulgarisée - surtout parmi les médecins de la marine et de l’armée coloniale. C’est ainsi que les rares publications à ce sujet avaient paru dans les Archives de Médecine navale, dans les Archives de Médecine et de Pharmacie militaires, dans le Bulletin de la Société médicale d’Indochine. Puis le silence s'était fait sur elle et peut-être même serait-elle tombée dans l’oubli, si elle ne nous était revenue d'Amérique. On parle aujourd’hui couramment de méthode d’Otis-Fontan, comme si Otis en avait été l'instigateur. Il nous a paru intéressant de préciser avec quelques détails ce petit point d'histoire médicale.
La communication d'Otis dansle Journal of cutaneous and genito-urinary diseas de New-York date de 1895. >
Il commence par y rappeler les déboires que lui ont donnés les autres méthodes et ajoute qu’il n’avait jamais eu de résultats constants jusqu’en 1890; « quand, écrit-il, Potain fit connaître une série de quarante et un cas traités par l'injection d’un mélange d’iodoforme et de vaseline, la moitié des malades ayant guéri en moins de cinq jours et la plus longue guérison s'étant fait attendre vingt-trois jours ; d’où je fus améèné à essayer ce traitement ».
Il eut l’occasion de soigner seize malades dans le service des voies urinaires de la Clinique Vanderbill avec son assistant le D' Geo H. Gaïdzakiar.
De ces 16 cas.
9 furent guéris en 6 jours
2 furent perdus en cours de-traitement.
Or la technique qu'Otis dit avoir suivie est, point par point, la technique même de Fontan. La série de 41 observations qu'il attribue à Potain est la série de Fontan. On voit donc qu'Otis ne revendique nullement la paternité de la méthode, qu'il n'y apporte aucune modification de technique ; la seule originalité de son travail est d’avoir, par une référence malheureuse, attribué à Potain ce qui était à Fontan. Ainsi en va-t-il de cette modeste acquisition médicale comme de bien d’autres découvertes en d’autres domaines ; découvertes nées en France et qui n’ont été vulgarisées qu'après avoir élé à l'étranger y prendre un nom usurpé.
Balzer, en effet, dans le traité classique de Brouardél et Gilbert (1906) parle de la « méthode d'Otis Fontan ».
Dubreuilh en mai 1914 écrit : « La méthode d'Otis reprise et popularisée par Fontan... » ; et tous les travaux récents continuent à accoler ces deux noms.
Pendant la guerre, l’article de Dubreuilh et Mal-
lein rappela l'attention sur cette méthode et, comme les centres de vénéréologie hospitalisaient alors de nombreux bubons, elle fut appliquée sur une grande échelle et les publications se multiplièrent à son sujet : chacun apportant non pas seulement sa statistique, mais encore les modifications de détail qu’il avait cru bon de proposer,
Fontan, dès 1889, avait apporté quelques changements à son procédé originel : il abaïssait le titre de
sa vaseline iodoformée de un sixième à un dixième
et il reconnaissait que plusieurs injections successives pouvaient se trouver indiquées.
Dubreuilh et Mallein injectent la vaseline froide ou refroidie et conseillent de vider la poche au bout de quarante-huit heures tout en reconnaissant «qu'il n'y a pas d'inconvénient à laisser la vaseline plus longtemps si le pansement tient bien et-s’il n'y a pas d'inflammation ou de douleur ».
On peut évidemment concevoir bien des variantes de technique : modifier le titre de la vaseline iodoformée ; recourir à l’huile xylo-iodoformée ; laisser la vaseline séjourner plus ou moins longtemps, tantôt l’abandonnant définitivement dans la poche et tantôt l’évacuant systématiquement au bout de deux à huit jours. Ce sont là modifications de détail, qui ne sont pas en contradiction avec les principes énoncés par Fontan.
D’autres méthodes voisines ont été également proposées pour le traitement des Bubons. On peut distendre la poche; une fois ponctionnée et vidée ce
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son contenu, par une pâte comme celle que préconisait Balzer et qui est à base de chlorure de zinc et d'oxyde de zinc ; on peut combiner à la ponction au bistouri des lavages au nitrate d'argent; on peut incorporer l'iodoforme dans un véhicule comme l’éther et alors plus n’est besoin de bistouri; c’est uve simple injection modificatrice. Mais ce serait abus de langage que de prétendre encore, en ce faisant, appliquer la méthode de Fontan.
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